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Eli Cohen a transmis les messages de Blinken à Sergueï Lavrov – diplomate israélien

Le fonctionnaire n'a pas révélé la nature de l'entretien téléphonique ; Jérusalem est critiquée pour avoir accepté de s'entretenir avec le ministre des Affaires étrangères russe

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, s'exprimant au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, s'exprimant au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, avait demandé au nouveau ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, de transmettre certains messages à la Russie lors d’un appel téléphonique lundi, a déclaré mardi un haut responsable diplomatique au Times of Israel.

Cohen s’est entretenu avec son homologue russe Sergueï Lavrov mardi après-midi et lui a transmis ces messages.

Le responsable israélien n’a pas voulu révéler la teneur des messages américains.

Ni les comptes-rendus israéliens ni les messages américains ne faisaient mention de la guerre en Ukraine, qui dure depuis dix mois. Le département d’État n’a pas répondu à une demande de confirmation.

Le responsable israélien a déclaré que Blinken était au courant de l’appel prévu avec Lavrov avant de s’entretenir avec Cohen lundi. Les Russes avaient sollicité cet appel, a déclaré le fonctionnaire israélien au Times of Israel.

S’adressant aux diplomates israéliens lundi, le ministre des Affaires étrangères Cohen a révélé qu’il s’entretiendrait avec Lavrov le lendemain. Il n’a pas indiqué qu’un appel était prévu avec son homologue ukrainien Dmytro Kuleba. Vers midi mardi, Israël a demandé à s’entretenir avec Kuleba.

Les critiques, dont un éminent sénateur américain républicain, y ont vu un signe que le nouveau gouvernement de Jérusalem s’oriente dans une direction pro-Kremlin concernant l’invasion et la guerre déclenchées par la Russie en février 2022.

Un haut fonctionnaire ukrainien avait déclaré que Kiev s’attendait à ce que Cohen retarde ou annule son appel avec Lavrov et s’entretienne d’abord avec Kuleba, ce qui ne s’est pas produit. Le fonctionnaire avait indiqué que si Cohen devait d’abord s’entretenir avec Lavrov, Kuleba pourrait refuser tout appel avec Cohen dans un avenir proche.

Il n’y a eu aucune demande de Kiev concernant un appel entre Kuleba et Cohen.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov à Nusa Dua, Bali, en Indonésie, le 8 juillet 2022. (Crédit : Willy Kurniawan/Pool Photo via AP)

Pas de changements de politique envers Moscou

Le responsable diplomatique israélien a fermement rejeté l’idée qu’Israël modifie sa politique sur la guerre Russie-Ukraine, la qualifiant de « méprise ».

Cohen a souligné dans son discours de lundi que l’aide humanitaire d’Israël à l’Ukraine se poursuivrait, mais avait fait remarquer que si les détails supplémentaires de la politique israélienne en la matière étaient encore en cours d’élaboration, « une chose est sûre (…) nous en parlerons moins en public ».

Le fonctionnaire a déclaré que « lorsque le ministre a dit ‘nous en parlerons moins’, il faisait référence aux tentatives de médiation d’Israël, dont le caractère public – à son avis – a nui à Israël ».

Au début de l’invasion russe, le premier ministre de l’époque, Naftali Bennett, avait téléphoné à plusieurs reprises à Vladimir Poutine et au dirigeant ukrainien Volodymyr Zelensky, cherchant à exploiter les relations de travail d’Israël avec les deux pays pour aider à négocier un cessez-le-feu afin de mettre fin à la guerre. Il s’était même rendu à Moscou en mars 2022, devenant alors le premier dirigeant étranger à rencontrer Poutine en personne depuis le début de l’invasion le 24 février.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, après une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 7 avril 2022. (Crédit : Evelyn Hockstein/Pool Photo via AP/Dossier)

Mais cette initiative n’avait pas porté ses fruits et le dossier avait été mis de côté après plusieurs mois, pour se concentrer sur les troubles politiques dans son pays, qui ont finalement conduit à l’effondrement de son gouvernement.

Des sources israéliennes ont déclaré au Times of Israel que le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, serait ouvert à une médiation si l’une des parties le lui demandait.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président russe ,Vladimir Poutine, inaugurant le monument Memorial Candle, en commémoration du peuple de Leningrad pendant le siège de la ville par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit : Amit Shabi/POOL/AFP/Dossier)

Lors du dernier mandat de Netanyahu, avant le début de la guerre,  Zelensky lui avait demandé de parler à Poutine pour organiser une discussion, mais le Kremlin s’était montré peu intéressé par un dialogue avec Kiev.

Le sénateur américain républicain Lindsey Graham, une voix franche en faveur de l’aide à l’Ukraine, était parmi ceux qui ont vu dans les remarques de Cohen une indication que le gouvernement Netanyahu éviterait de dénoncer publiquement la Russie pour son invasion de l’Ukraine.

« L’idée qu’Israël devrait moins parler de l’invasion criminelle de l’Ukraine par la Russie est un peu déconcertante », avait écrit Graham sur Twitter.

Le sénateur républicain de Caroline du Sud, Lindsey Graham, s’adressant aux journalistes au Capitole, à Washington, le 10 mars 2016. (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite/Dossier)

« J’espère que Cohen comprend que lorsqu’il s’entretient avec Lavrov de la Russie, il parle à un représentant d’un régime criminel qui commet des crimes de guerre à une échelle industrielle tous les jours. Rester silencieux sur le comportement criminel de la Russie ne présage rien de bon », avait ajouté Graham.

Le gouvernement précédent avait refusé les demandes ukrainiennes d’armes, mais le Premier ministre sortant, Yaïr Lapid, s’était exprimé à plusieurs reprises contre l’invasion russe, accusant le Kremlin de commettre des crimes de guerre. Ces commentaires avaient été salués par l’Occident mais avaient attisé les tensions avec Moscou, alors même que Jérusalem tentait de maintenir un semblant de neutralité.

Kiev avait déclaré qu’elle avait besoin de l’aide d’Israël en matière de technologie de défense aérienne pour contrer les frappes continues de la Russie sur son infrastructure civile. Israël a jusqu’à présent refusé de fournir une telle aide, par crainte de la réaction de la Russie.

Au cours de ses précédents mandats, Netanyahu avait vanté ses relations étroites avec Poutine et avait insisté sur le fait qu’elles étaient essentielles au maintien de la capacité de Tsahal à opérer librement depuis le ciel contrôlé par la Russie au-dessus de la Syrie afin d’empêcher le retranchement des forces iraniennes à la frontière nord d’Israël. Il avait initialement critiqué le gouvernement précédent pour avoir négligé les liens avec la Russie, Jérusalem ayant pris plusieurs mesures limitées pour soutenir l’Ukraine après l’invasion des forces de Poutine en février.

Des sauveteurs dégageant les débris de maisons détruites par une attaque de missiles, après une frappe de missiles russes dans la banlieue de Kiev, en Ukraine, le 29 décembre 2022. (Crédit : Genya Savilov/AFP)

Toutefois, Netanyahu a récemment changé de ton. Dans une interview précédant les élections législatives du mois dernier, il avait qualifié de « pragmatique » la politique ukrainienne du gouvernement Bennett-Lapid, qui a vu Israël fournir de l’aide humanitaire, gérer un hôpital de campagne en Ukraine et accueillir un nombre limité de réfugiés majoritairement juifs, sans pour autant fournir l’aide militaire à l’Ukraine malgré les demandes répétées de Zelensky.

Netanyahu avait même déclaré qu’il envisagerait d’armer l’Ukraine s’il revenait au pouvoir, et avait déclaré à Zelensky, après les élections législatives, qu’il n’avait pas encore déterminé la politique d’Israël. Il avait également assuré au président ukrainien qu’il resterait de la partie.

Netanyahu avait déclaré dans l’interview du mois d’octobre que l’offre de médiation « reviendrait probablement sur le tapis » s’il revenait au pouvoir.

Netanyahu et Poutine se sont entretenus la semaine dernière lors d’un appel de félicitations alors que Zelensky prononçait un discours devant une session conjointe du Congrès américain, dans lequel il implorait une aide américaine supplémentaire pour repousser l’invasion russe.

Netanyahu et Zelensky se sont entretenus par téléphone vendredi. Netanyahu aurait insisté auprès du dirigeant ukrainien pour qu’il vote contre une récente résolution de l’ONU, mais n’a pas voulu s’engager sur une quelconque mesure lorsqu’il a été interrogé sur un quiproquo impliquant le transfert d’une aide défensive pour intercepter les frappes russes.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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