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En Israël, l’équivalent d’une ville moyenne perdue en espaces verts chaque année

Un rapport annuel note les conséquences négatives de l'urbanisation galopante avec la croissance de la population, notant toutefois l'augmentation des zones protégées

Des pélicans blancs dans la vallée de Hefer, dans le centre d'Israël, le 22 octobre 2022. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
Des pélicans blancs dans la vallée de Hefer, dans le centre d'Israël, le 22 octobre 2022. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Israël perd, chaque année, l’équivalent d’une ville moyenne en matière d’espaces verts. De plus, il y a des incendies de plus en plus fréquents et de plus en plus importants en intensité et en ampleur, et les deux-tiers du pays sont exposés à une pollution lumineuse qui nuit aux écosystèmes et à la biodiversité.

D’un autre côté, les réserves naturelles terrestres et maritimes s’agrandissent, et la couverture végétale se renforce dans la partie nord du pays, plus pluvieuse, grâce aux efforts de conservation menés par le pays.

Ces conclusions et de nombreuses autres apparaissent dans le rapport annuel, qui a été publié jeudi par HaMaarag (« La toile » en hébreu), un programme national d’évaluation de l’état de la nature.

HaMaarag est issu d’une collaboration entre le musée de la nature Steinhardt à Tel Aviv, le ministère de la Protection environnementale, le Fonds national juif KKL-JNF et l’Autorité israélienne de la nature et des parcs.

Entre 2017 et 2020, une moyenne de 30 kilomètres-carrés de terres naturelles, boisées et agricoles, ont disparu, chaque année, pour laisser place à l’urbanisation, selon le rapport.

Cela représente l’équivalent de villes de Zichron Yaakov ou de Césarée.

Une gazelle de montagne regarde l’autoroute en Israël. (Crédit : Amir Balaban, Société pour la protection de la nature en Israël)

L’urbanisation galopante a entraîné une fragmentation de plus en plus importante des espaces naturels, et les animaux sauvages ont de plus en plus de difficultés à se déplacer autour de ces zones peuplées.

Cela signifie aussi que dans 83 % du pays, et plus précisément au nord de Beer Sheva, tous les habitants résident dorénavant à moins d’un kilomètre d’une route (le désert du sud de Beer Sheva, ainsi que le plateau du Golan, à l’extrême nord, sont peuplés de manière relativement peu dense).

Dans la partie supérieure d’Israël, où le climat est méditerranéen, environ 500 kilomètres-carrés – ou 15 % des forêts naturelles ou plantées – ont connu au moins un incendie entre les années 2015 et 2021 et c’est aussi le cas d’environ un quart des zones où poussent arbustes et broussailles. La plupart des secteurs touchés par les incendies se trouvent dans des zones d’entraînement militaire – ou dans leurs alentours directs – et c’est particulièrement le cas sur le plateau du Golan, à Lachish, au sud-ouest de Jérusalem, et sur les collines de Samarie, en Cisjordanie.

En l’absence d’orages et de la foudre qui les accompagne pendant l’été, les feux sont toujours entraînés par les humains, que le feu soit déclenché par négligence ou volontairement.

Le rapport attribue le nombre d’incendies en augmentation à une densité croissante de population – ce qui multiplie les risques de négligences – au changement climatique et à une couverture végétale plus épaisse qui résulte des efforts de préservation.

Les pompiers tentent d’éteindre un incendie à proximité du moshav Givat Yearim, près de Jérusalem, le 16 août 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’été dernier, les collines de Jérusalem avaient connu d’importants incendies.

Les zones urbaines plus larges reflètent la population en hausse et avec cela, les sources de pollution lumineuse se sont multipliées, a noté le rapport.

La lumière artificielle, la nuit, n’empêche pas seulement de voir les étoiles. Elle a un impact sur toute la vie sauvage, sur le déplacement des insectes, par exemple, mais aussi sur les activités de reproduction et de chasse des animaux – elle nuit aussi aux capacités d’orientation des tortues qui rejoignent la mer ou sur celles des oiseaux, qui ont des difficultés à se repérer pendant leur vol et ne peuvent pas toujours éviter de s’écraser contre des bâtiments.

Une tortue verte qui vient d’éclore se dirige vers la mer la nuit. (Crédit : BBC/Screenshot)

Le rapport qui, pour la première fois, fixe un seuil au-delà duquel la pollution lumineuse devient nuisible pour la nature, fait savoir que les lumières artificielles ont augmenté de 30 % au cours de la dernière décennie.

Au nord de Beer Sheva, 67 % des terres subissent dorénavant une telle pollution, au point que, selon HaMaarag, cette nature – écosystèmes et biodiversité – en subit les conséquences néfastes.

À Eilat, une ville touristique du sud du pays, la pollution lumineuse côtière menace l’avenir de la barrière de corail, connue dans le monde entier, note le rapport.

Ces lumières pénètrent même dans 30 % des forêts qui ont été plantées par le KKL-JNF et dans 16 % des réserves naturelles situées au nord de Beer Sheva.

Des résidents de Netanya, dans le centre du pays, sur des bancs entourant la place principale de la ville à la nuit tombée, le 26 septembre 2008. (Crédit : Lara Savage/Flash 90)

Le long de la côte méditerranéenne densément peuplée, environ 78 % des terres sont exposées à une pollution lumineuse élevée – une situation, selon le rapport, qui a été exacerbée par la création de deux plateformes d’exploitation de gaz offshore, ces dernières années.

Le rapport examine les effets attendus du changement climatique sur la biodiversité pour la première fois, affirmant que ce dérèglement se ressent particulièrement dans la mer, où des dizaines d’espèces de mollusques ont disparu sur plusieurs décennies, probablement en raison du réchauffement de l’eau de mer.

Israël se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale et l’État juif devrait aussi devenir plus sec.

En raison du réchauffement, les oiseaux migrateurs migrent plus tôt et s’arrêtent moins longtemps dans le pays pour se reposer et pour se nourrir, remarque le rapport.

Il avertit aussi que les actions humaines peuvent dissimuler les effets du changement climatique.

Un exemple de cela est l’augmentation de la couverture végétale dans le secteur méditerranéen d’Israël, et ce malgré le réchauffement climatique, parce que les pâtures et les coupes de bois ont été réduites dans le cadre de mesures de conservation.

La bonne nouvelle est que les espaces naturels protégés par les réserves ont augmenté de 9,6 % entre les années 1017 et 2021 – elles représentent dorénavant 26 % du pays. C’est une surface d’environ 4 % de la zone maritime souveraine d’Israël qui est aussi protégée aujourd’hui.

Dans le monde, plus de 15 % des surfaces terrestres et 7,4 % des océans sont protégés, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.

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