Erdogan dénonce « une croisade » anti-islam de l’Union européenne
Rechercher

Erdogan dénonce « une croisade » anti-islam de l’Union européenne

En pleine campagne pour un référendum qui lui permettrait d'étendre son pouvoir, le président turc trouve son compte dans l'aggravation des relations avec l'Allemagne et les Pays-Bas

Un immense portrait du président turc Recep Tayyip Erdogan sur la place Taksim à Istanbul, le 15 mars 2017. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)
Un immense portrait du président turc Recep Tayyip Erdogan sur la place Taksim à Istanbul, le 15 mars 2017. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a ouvert jeudi un nouveau front dans la crise diplomatique avec l’UE, accusant la justice européenne de lancer « une croisade » contre l’islam après un arrêt autorisant une entreprise à interdire le port du voile au travail.

« Qu’en est-il de la liberté religieuse ? Qui a pris cette décision ? C’est la Cour de justice de l’Union européenne. Chers frères, ils ont lancé une croisade contre le croissant », symbole de l’islam, a déclaré jeudi Erdogan.

« L’Europe retourne doucement vers les jours qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale », a-t-il ajouté.

Dans un arrêt rendu mardi, la CJUE a estimé qu’une entreprise pouvait interdire dans son règlement intérieur le port visible de signes religieux, comme le foulard islamique.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, le 11 mars 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, le 11 mars 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

La Turquie et l’UE traversent la pire crise diplomatique de ces dernières années, Ankara étant furieux du refus par certains pays européens d’autoriser des meetings en faveur du référendum du 16 avril portant sur le renforcement des pouvoirs du président Erdogan, qui a qualifié à plusieurs reprises ces décisions de pratiques nazies.

Alors que le résultat de ce référendum s’annonce serré, le gouvernement s’efforce de recueillir les voix des Turcs de l’étranger. Par ailleurs, selon des analystes, Erdogan veut se placer en homme fort face à l’Europe dans l’objectif de séduire l’électorat nationaliste turc.

‘Inacceptables’

Lors d’une nouvelle attaque, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a agité mercredi la menace d’une annulation unilatérale du pacte migratoire avec l’UE.

Il a reproché à Bruxelles de ne pas avoir donné son feu vert, contrairement à ce que prévoyait le pacte, à la libéralisation des visas pour les séjours courts de citoyens turcs dans l’UE.

Le pacte migratoire entre l’UE et la Turquie a été conclu il y a un an à Bruxelles pour faire cesser l’arrivée quotidienne de milliers de migrants par bateau sur les îles grecques en mer Egée.

« C’est un engagement de confiance mutuelle, visant à produire des résultats », a rétorqué jeudi Margaritis Schinas, un porte-parole de la Commission européenne. « Nous nous attendons à ce que les deux parties honorent leurs engagements, car c’est dans l’intérêt et au bénéfice des deux parties, ainsi que pour les réfugiés syriens. »

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande. (Crédit : AFP)
La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande. (Crédit : AFP)

Le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel ont pour leur part jugé jeudi « inacceptables » ces « comparaisons avec le nazisme ou des déclarations agressives contre l’Allemagne ou d’autres états membres » de l’UE.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est dit « scandalisé » par ces propos sur le « nazisme », les jugeant incompatibles avec l’ambition d’Ankara de rejoindre l’UE.

‘Précipice’

Si Ankara n’a de cesse de mettre en garde contre l’islamophobie croissante en Europe, la défaite mercredi du parti islamophobe de Geert Wilders aux législatives néerlandaises n’a pas apaisé les tensions.

« Il n’y a pas de différence entre les sociaux-démocrates et le fasciste Wilders, c’est la même mentalité », a déclaré jeudi matin, Mevlüt Cavusoglu.

Le député néerlandais d'extrême-droite Geert Wilders au parlement à La Haye, le 18 décembre 2014. (Crédit : Evert-Jan Daniels/ANP/AFP)
Le député néerlandais d’extrême-droite Geert Wilders au parlement à La Haye, le 18 décembre 2014. (Crédit : Evert-Jan Daniels/ANP/AFP)

Le parti libéral de Mark Rutte est arrivé en tête des élections aux Pays-Bas avec 33 sièges, contre 20 sièges pour le Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders, selon des résultats compilés par l’agence de presse néerlandaise ANP, sur la base de 97 % des voix.

« Vous avez commencé à désintégrer l’Europe et la conduire vers le précipice », a lancé Cavusoglu à l’adresse des dirigeants européens. « Bientôt, des guerres de religion vont commencer en Europe », a-t-il ajouté.

« Rutte, votre parti est peut-être arrivé en première position aux élections, mais vous devez savoir que vous avez perdu l’amitié de la Turquie », a lancé pour sa part Erdogan au cours d’un discours à Sakarya, dans le nord-ouest de la Turquie.

La municipalité d’Istanbul a par ailleurs décidé unilatéralement d’annuler mercredi son accord de jumelage avec Rotterdam, où la police néerlandaise avait dispersé pendant le week-end des manifestants pro-Erdogan devant le consulat de Turquie à l’aide de chiens et de canons à eau. L’annulation du jumelage a été décidée peu après un discours d’Erdogan dans lequel il l’avait réclamée.

Manifestation devant le consulat de la Turquie à Rotterdam, aux Pays-Bas, le 11 mars 2017. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)
Manifestation devant le consulat de la Turquie à Rotterdam, aux Pays-Bas, le 11 mars 2017. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Jeudi, deux nouveaux rassemblements politiques turcs ont été interdits en Europe, le premier dans la ville allemande de Hanovre, le second dans la ville autrichienne d’Innsbruck.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...