Eurovision : La prochaine menace envers Israël viendra de l’intérieur
Alors que les Israéliens saluent la décision de l'UER de ne pas exclure Israël, les parlementaires de la coalition tentent de faire passer une réforme de la radio publique qui pourrait le faire exclure

On aurait pu penser que le diffuseur public Kan pousserait un soupir de soulagement en apprenant qu’Israël ne serait pas exclu de l’Eurovision l’an prochain.
Mais la menace d’éviction d’Israël a-t-elle effectivement été levée ?
L’un des obstacles a effectivement été levé mais le prochain viendra de l’intérieur.
Depuis des années, nombre de militants anti-Israël crient à qui veut les entendre, sur Internet, qu’Israël n’a pas sa place à l’Eurovision au motif que le pays ne se trouve même pas en Europe.
Mais les véritables fans, eux, savent pertinemment que le critère de participation n’est pas géographique, mais relève de l’appartenance à l’Union européenne de radio-télévision.
(L’Australie, qui participe à l’Eurovision depuis 2015, n’est clairement pas en Europe.)
Pour rester membre de l’Union européenne de radio-télévision, Israël doit disposer d’un diffuseur public indépendant et fonctionnel en mesure de proposer à la fois des programmes d’information et de divertissement.
Là est précisément le problème.
Depuis plusieurs années, les alliés du Premier ministre Benjamin Netanyahu tentent de faire fermer ou de vider de sa substance le diffuseur public israélien, ce qui aurait pour effet de rendre Israël inéligible à l’Union européenne de radio-télévision et de mettre un terme à ses 53 ans à l’Eurovision.
Le gouvernement n’est pas encore parvenu à ses fins mais il a fait un pas en avant, cette semaine, avec la création d’un comité ad hoc chargé de faire adopter une loi pour réformer les médias en contournant l’opposition d’un comité permanent.
Depuis sa prise de fonctions, fin 2022, le ministre des Communications, Shlomo Karhi – membre du Likud, le parti au pouvoir dirigé par Netanyahu – n’a jamais caché son intention de fermer Kan.
Mais ses efforts semblent s’être heurtés à un mur, en janvier dernier, lorsque son collègue député du Likud, David Bitan, président de la commission des affaires économiques de la Knesset, a opposé une fin de non-recevoir au projet de loi qui aurait permis de fermer Kan – alors même que le projet avait déjà été adopté en lecture préliminaire, à la Knesset, par 49 voix contre 46 l’an dernier – au motif que « la radio publique était nécessaire ».
Mais ce lundi, la Knesset a voté par 59 voix contre 51 – contre l’avis du conseiller juridique de la Knesset – pour mettre en place un comité capable de court-circuiter Bitan et de faire passer une loi conférant au gouvernement un contrôle significatif sur les médias audiovisuels, les sites d’information et les autres médias, contre l’avis de ce même Bitan.
Le projet de loi de Karhi pour faire fermer Kan ne figure pas à l’ordre du jour de ce nouveau comité mais la facilité avec laquelle il a contourné Bitan et la voie retenue pour faire passer les lois interpelle les personnes attachées à la liberté des médias.
Même si la loi de fermeture de la radiodiffusion publique ne revient pas [à la Knesset], il demeure que Karhi a proposé un projet de loi pour placer le budget de Kan sous contrôle direct du gouvernement et un autre pour vendre la partie Information de la chaîne – deux éléments qui entraîneraient probablement l’éviction d’Israël de l’Union européenne de radio-télévision.
L’Union européenne de radio-télévision a pris note de ces projets de loi et rappelé les initiatives prises par le gouvernement, ces dernières années, pour faire fermer Kan, dans le but de justifier sa décision de maintenir Israël au sein de l’Eurovision, autour du thème de l’indépendance du diffuseur public.
Lorsque la Knesset a voté en faveur du projet de loi Karhi pour faire fermer Kan, lors d’une lecture préliminaire, fin 2024, l’Union européenne de radio-télévision a publié un communiqué dans laquelle elle se disait « très inquiète » de cette mesure et elle a envoyé une lettre aux députés israéliens pour leur dire que cela « conduirait presque certainement à l’exclusion de Kan » de l’Union européenne de radio-télévision. Elle a par ailleurs dit son inquiétude envers un autre projet de loi concernant le budget de Kan, susceptible de mettre « en danger l’indépendance éditoriale et financière des médias publics ».
Ce n’est pas la première fois que pareille chose se produit en Israël.
En 2017, la Knesset avait en effet déjà adopté une loi pour séparer la division de l’Information du diffuseur public – un geste voulu par Netanyahu mais par la suite temporairement bloqué par la Cour Suprême israélienne.
Lorsque Netta Barzilai a remporté l’Eurovision, un an plus tard, Netanyahu a finalement renoncé à mettre ses projets à exécution afin de ne pas ruiner les chances d’Israël d’organiser le concours 2019 à Tel Aviv.
Mais si l’Union européenne de radio-télévision avait décidé, jeudi, d’exclure Israël de l’Eurovision, les parlementaires de la coalition auraient presque certainement réagi avec consternation et indignation.
Jeudi soir, le ministre de la Culture, Miki Zohar, a publié un communiqué affirmant que l’Union européenne de radio-télévision avait « pris la bonne décision en maintenant Israël dans le Concours Eurovision de la chanson », ajoutant que « le peuple israélien continuerait de créer pour relier les peuples et apporter de la lumière au monde. »
En 2023, Zohar avait déclaré à Ynet que les électeurs de droite souhaitaient que Kan soit purement et simplement fermé et que la partie « problématique » du diffuseur public était sa division Information, « pas toujours professionnelle », laissant entendre qu’il conserverait les programmes culturels et de divertissement.
À Zohar et d’autres députés de la coalition de décider s’ils souhaitent maintenir Israël dans l’Eurovision ou mettre fin à la radiodiffusion publique israélienne telle que nous la connaissons. Car il est impossible d’avoir les deux.
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