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Exercice de Tsahal à Chypre : Simulation d’attaque contre le Hezbollah au Liban

Dans un scénario en territoire inconnu, l’armée a simulé le transport de milliers de soldats, par voie aérienne et maritime, et contrant des tirs de roquettes de longue portée

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Les Forces armées israéliennes ont terminé, jeudi, un exercice militaire de grande ampleur à Chypre, simulant une offensive militaire terrestre au Liban lors d’une guerre contre le Hezbollah, soutenu par l’Iran.

L’île méditerranéenne a été choisie à la fois pour son relief, semblable à celui du Liban – montagneux, le long d’une plaine côtière – et sa proximité avec Israël.

L’exercice a simulé un certain nombre de difficultés inhérentes à un assaut au sol, tels l’approvisionnement en nourriture, eau et munitions, les problèmes de communication et complications générales liées à l’intervention en territoire inconnu.

« Le premier défi auquel nous nous sommes préparés a été de faire venir et gérer un grand nombre de soldats », a déclaré le brigadier-général Ofer Winter, commandant de la 98e division de parachutistes, qui a dirigé l’exercice.

Winter a expliqué que des milliers de soldats avaient été acheminés, par bateau, avion ou hélicoptère. « Nous sommes arrivés sur le terrain en très grand nombre. Nous avons dispersé les troupes, et elles ont commencé à opérer contre des zones clés et des cibles importantes », a-t-il ajouté, évoquant sites ennemis et bases de lancement de roquettes.

Selon Winter, les unités ont mené des opérations en autonomie, à distance les unes des autres, « testant leur capacité à travailler tout en étant limitées dans leurs communications ». Les soldats ont simulé l’absence de liaisons avec le quartier général, pour se centrer sur la communication entre unités à l’aide de technologies satellitaires.

Les soldats de la 98e division se sont également entraînés à travailler aux côtés des forces spéciales, en territoire inconnu, et à réagir à des événements inattendus.

La finalité de l’exercice était de parvenir à stopper des tirs de roquettes incessants du Hezbollah sur Israël, par une offensive terrestre menée depuis le Liban. Selon les autorités militaires, la seule façon d’atteindre cet objectif est d’être « significativement présent » dans les zones d’où les attaques sont lancées, en gardant l’ennemi à distance de la frontière.

Le groupe terroriste libanais soutenu par l’Iran constitue depuis longtemps la menace militaire la plus importante pour Tsahal, et son arsenal est estimé à près de 150 000 roquettes et missiles susceptibles d’atteindre Israël dans toute sa géographie.

Des soldats israéliens participent à un exercice de grande ampleur à Chypre, selon une image publiée par les militaires le 2 juin 2022. (Crédit : Forces armées israéliennes)

Selon une étude militaire récente, les villes israéliennes pourraient être la cible de 1 500 roquettes par jour et le nombre de morts pourrait rapidement se chiffrer à plusieurs centaines dans l’éventualité d’une guerre avec le Hezbollah.

L’armée israélienne a déclaré qu’une campagne militaire entraînerait probablement la mort de milliers de personnes au Liban, combattants du Hezbollah et civils confondus.

Lors de la deuxième guerre du Liban, en 2006, le Hezbollah avait tiré plus de 4 000 roquettes sur les villes israéliennes, et Israël avait bombardé des cibles dans le sud Liban. Les combats, longs d’un mois, avaient tué quelque 1 200 Libanais (pour la plupart, des civils selon les autorités libanaises, en majorité des combattants selon l’armée israélienne) ainsi que 44 civils et 121 soldats israéliens.

Tsahal estime de 1 000 à 3 000 le nombre de roquettes susceptibles d’atteindre Israël chaque jour lors d’une telle guerre.

Des combattants du Hezbollah se tiennent sur le toit d’un véhicule sur lequel a été installée une fausse roquette, alors qu’ils défilent lors d’un rassemblement pour marquer le septième jour d’Achoura, dans le village de Seksakiyeh, dans le sud du Liban, le 9 octobre 2016. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

Pour minimiser les tirs de roquettes à longue portée sur Israël, lors de l’exercice, les soldats ont été chargés de mener des raids sur les centres de commandement ennemis et d’autres sites stratégiques, afin d’établir le contrôle sur les zones de lancement.

Alors que les combats contre les terroristes basés dans la bande de Gaza s’appuient grandement sur des campagnes aériennes, une guerre au Liban devrait très certainement recourir à une opération terrestre, selon des études récentes.

Des soldats israéliens prennent part à un exercice de grande ampleur à Chypre, selon une image publiée par les militaires le 2 juin 2022. (Crédit : Forces armées israéliennes)

Par ailleurs, les forces spéciales – dont l’unité d’élite du génie de combat Yahalom – se sont entraînées à démolir ce que l’armée appelle « les infrastructures critiques ennemies ».

L’unité du génie a également simulé la gestion d’explosifs, entre autres obstacles, et la démolition de tunnels ennemis. Le Hezbollah disposerait d’un réseau de tunnels, dans certaines régions du Liban, même si une partie a été détruite par Israël en 2018.

Les unités de Marine ont simulé des manœuvres défensives et offensives en mer, en plus du transport et du sauvetage des soldats tout au long de l’exercice.

Des soldats israéliens prennent part à un exercice de grande ampleur à Chypre, selon une image publiée par les militaires le 2 juin 2022. (Crédit : Forces armées israéliennes)

Chypre n’a pas directement participé à l’exercice. Pourtant, le ministre de la Défense, Benny Gantz, et le chef de Tsahal, Aviv Kohavi, ont salué « l’alliance stratégique » entre les deux pays.

L’armée israélienne considère la Méditerranée orientale comme une zone d’intérêt indispensable au maintien de la stabilité et de la sécurité. La « coopération stratégique » avec les partenaires – tels que Chypre et la Grèce – est d’une grande importance, ont assuré des responsables.

Toujours au cours de la dernière semaine de l’exercice de grande ampleur qui aura duré un mois – baptisé “Chariots de feu” –, l’armée de l’air a simulé des frappes aériennes sur des installations nucléaires iraniennes, en mer Méditerranée.

« Chariots de feu » est l’exercice le plus important mené par l’armée depuis des décennies.

Il a permis de travailler le scénario d’événements soudains, déclarés sur plusieurs théâtres simultanément, avec un accent sur la lutte contre le Hezbollah.

Des soldats israéliens prennent part à un exercice de grande ampleur à Chypre, selon une image publiée par les militaires le 2 juin 2022. (Crédit : Forces armées israéliennes)

La semaine passée, le Commandement du Front intérieur a simulé une flambée de violence de plusieurs jours avec le Hezbollah, débouchant sur d’intenses tirs de roquettes endommageant lourdement 80 sites et faisant quelque 300 victimes.

Selon le chef de la Direction technologique et logistique de Tsahal, le général de brigade Pini Ben Moyal, les exercices ont soulevé « un certain nombre » de problèmes en matière de logistique. Il a déclaré que l’armée examinerait ces questions et trouverait le moyen de les résoudre, sans plus de précisions.

Les autorités militaires ont expliqué que les exercices avaient vocation à optimiser la préparation des soldats et de leur hiérarchie à une guerre sur plusieurs fronts, ainsi que la coordination avec les services d’urgence, autorités locales et ministères.

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