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Feu vert au raccordement des avant-postes de Cisjordanie au réseau électrique

La mesure est soumise à l'approbation du ministère de la Défense ; l'avis du procureur général adjoint pourrait contribuer à apaiser Orbach en pleine crise de la coalition

Les forces de sécurité israéliennes utilisent une grue pour enlever des maisons modulaires construites illégalement lors de l'évacuation des habitants de l'avant-poste de Beit Dror, dans les collines au sud de la ville d'Hébron en Cisjordanie, le 27 juillet 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)
Les forces de sécurité israéliennes utilisent une grue pour enlever des maisons modulaires construites illégalement lors de l'évacuation des habitants de l'avant-poste de Beit Dror, dans les collines au sud de la ville d'Hébron en Cisjordanie, le 27 juillet 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Le ministère de la Justice a donné son feu vert mardi au raccordement à l’électricité de certains avant-postes illégaux de Cisjordanie, une mesure controversée qui va maintenant être soumise au ministère de la Défense pour autorisation.

Cette mesure pourrait également servir à apaiser le député de droite de Yamina Nir Orbach, qui en a fait l’une de ses demandes pour rester dans la coalition en péril.

Le ministère de la Défense devra déterminer les critères de raccordement des maisons au réseau électrique, selon l’avis émis par la procureure générale adjointe aux affaires civiles, Carmit Yulis.

« Je salue l’avis… qui autorise en principe le raccordement à l’électricité des implantations récentes qui pourraient potentiellement être autorisées », a écrit le ministre de la Justice, Gideon Saar, dans une déclaration sur Twitter, en utilisant la formule familière pour désigner les avant-postes illégaux.

Une source du ministère de la Justice proche du dossier a confirmé que l’avis ne s’appliquait qu’aux avant-postes construits sur des terres publiques israéliennes, et non sur des terres privées palestiniennes. En outre, la source a déclaré qu’un processus d’approbation similaire pour connecter les maisons palestiniennes au réseau dans la zone C de Cisjordanie est prévu pour l’avenir, mais ne fait pas partie de l’effort actuel.

« Il s’agit d’une mesure importante pour les citoyens israéliens des implantations récentes et j’espère que le processus complet sera achevé dans un délai raisonnable, vu que les gouvernements israéliens précédents se sont abstenus d’aborder la question », a ajouté Saar.

Le député Nir Orbach assiste à une réunion du comité des arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le terme « implantations récentes » est souvent utilisé par la droite israélienne pour décrire les avant-postes illégaux. Ces implantations dans la zone C de la Cisjordanie, qui est sous contrôle civil et militaire israélien, sont parfois légalisées rétroactivement par un processus dit de régularisation.

Une source proche du ministre de la Justice a déclaré que, malgré le moment choisi, il n’y a aucun lien entre la décision du ministère de la Justice et Orbach, qui a menacé la semaine dernière d’être le prochain membre du parlement à quitter la coalition si certaines exigences n’étaient pas satisfaites.

« L’ultimatum » d’Orbach au Premier ministre et leader de Yamina Naftali Bennett comprenait : le raccordement des avant-postes illégaux à l’électricité, l’approbation de nouvelles constructions en Cisjordanie et l’annulation des réformes prévues pour réduire les subventions aux garderies pour les étudiants des yeshiva.

En plus de l’avancée concernant la question de l’électricité, le ministre des Finances Avigdor Liberman a accepté la semaine dernière de geler ses projets de réforme des subventions pour les garderies jusqu’à la fin de 2023.

Le député Nir Orbach (debout) en compagnie du ministre des Finances Avigdor Liberman lors d’une séance plénière de la Knesset, le 29 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’approbation de nouvelles constructions en Cisjordanie nécessite de convoquer la commission supérieure de planification de l’administration civile, qui relève du ministre de la Défense Benny Gantz. Dans les jours qui ont précédé la défection de la députée Idit Silman, les tensions avaient atteint leur paroxysme entre Yamina et le ministre de la Défense, qui traîne les pieds pour réunir le comité de planification nécessaire à l’approbation des plans de construction de 4 000 nouveaux logements dans les implantations.

La prochaine étape du raccordement de ces avant-postes à l’électricité incombe au ministère de la Défense, qui, selon une source proche du dossier, établira une liste des villes éligibles. Ensuite, elle reviendra au ministère de la Justice pour approbation finale.

Gantz a été remarquablement silencieux dans la semaine qui a suivi le départ de l’ancien membre de la coalition, Silman, faisant perdre à la coalition sa faible majorité et donnant le coup d’envoi d’une série de consultations au sein de la coalition et de l’opposition sur les options concernant l’avenir du gouvernement.

L’opposition dirigée par le Likud poursuit ses efforts pour rallier d’autres députés. Avec ses 54 sièges actuellement détenus dans une configuration droite-religieuse, le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu et ses comparses devront attirer sept partisans supplémentaires pour faire passer une loi visant à dissoudre la Knesset et à forcer la tenue d’élections, ou sept transfuges pour remplacer le gouvernement par l’un des leurs au sein de la Knesset en place.

L’heure est peut-être venue pour d’autres membres de Yamina, dont Orbach, de décider s’ils rejoignent ou non Silman et Amichai Chikli en se dissociant du parti. Chikli, qui n’est un député de Yamina que de nom et qui s’est ouvertement allié à l’opposition depuis l’assermentation du gouvernement, a été déclaré « transfuge » par son parti la semaine dernière.

Ce faisant, Yamina a déclaré son intention d’évincer Chikli du parti, ce qui entraîne une série de sanctions, notamment l’interdiction de rejoindre la liste de toute faction actuelle de la Knesset lors du prochain tour des élections.

Le député Amichai Chikli lors d’une conférence organisée par le journal Makor Rishon au Centre international des congrès de Jérusalem, le 21 février 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

La Commission de la Chambre de la Knesset, présidée par Orbach et qui doit se réunir le 25 avril pour discuter du cas de Chikli, est chargée de déterminer les défections.

« Il a jusqu’à ce que la Commission de la Chambre se réunisse et se prononce sur son cas pour former une nouvelle faction, sinon il perd cette option », a expliqué Assaf Shapira, directeur du projet de réforme politique du Israel Institute for Democracy.

Selon les règles de la Knesset, si 30 % d’un parti se sépare pour former une nouvelle faction, ses députés ne sont pas considérés comme des transfuges. Dans le cas de Yamina, cela nécessiterait trois députés. Si un autre député se dissociait et rejoignait Chikli et Silman, les trois pourraient former une nouvelle faction et échapper à une éventuelle censure.

Yamina n’a pas pris l’initiative d’étiqueter Silman comme transfuge, mais la mesure prise à l’encontre de Chikli est considérée comme un avertissement pour elle et d’autres députés – y compris Orbach et le député Abir Kara, qui s’impatiente depuis longtemps – pour qu’ils suivent la ligne du parti.

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