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Galilée: Des mosaïques bibliques découvertes dans une synagogue du 5e siècle

Ces portraits antiques de Déborah et de Yaël, les deux héroïnes du livre des Juges qui avaient vaincu Sisera de Canaan, ont été trouvés par les archéologues sur le site de Huqoq

Le commandant israélite Barak sur une mosaïque de la synagogue de Huqoq. (Crédit : Jim Haberman)
Le commandant israélite Barak sur une mosaïque de la synagogue de Huqoq. (Crédit : Jim Haberman)

Les archéologues qui effectuaient des fouilles dans la ville de Huqoq, en Galilée, ont trouvé les tous premiers portraits jamais connus de Déborah et de Yaël, deux héroïnes bibliques, sur des mosaïques qui auraient été créées il y a presque 1 600 ans.

Cette découverte, qui a été annoncée par la professeure Jodi Magness de l’université de Caroline du nord – Chapel Hill, rejoint une collection croissante de vieilles mosaïques qui ont été sorties de terre au cours de la dernière décennie sur ce site de Basse-Galilée qui accueillait une synagogue.

Magness, professeure d’études religieuses à l’université, supervise depuis plus de dix ans une équipe formée d’étudiants et d’archéologues qui effectuent des fouilles sur ce site. Le travail d’excavation a recommencé au début de l’année après un arrêt de près de trois ans pour cause de pandémie de coronavirus.

Les mosaïques représentent un récit biblique du Livre des Juges – dans lequel la prophétesse Déborah demande au chef militaire Barak de mobiliser les troupes de Naftali et de Zevulun dans le combat contre Canaan, dont les forces sont dirigées par Sisera. Barak lui répond qu’il n’ira à la bataille que si Deborah se joint à lui et cette dernière, à son tour, annonce dans une prophétie que c’est une femme qui vaincra l’armée de Sisera. Sisera, fuyant les inondations, cherche à se réfugier dans la tente de Yaël qui lui enfonce dans la tête un piquet de sa tente, le tuant.

« C’est la toute première représentation de cet épisode et c’est la première fois que nous pouvons voir une illustration de Déborah et Yaël, ces héroïnes de la Bible, dans l’art juif antique », a dit Magness dans une déclaration prononcée depuis l’université. « En lisant le livre de Joshua, au chapitre 19, nous pouvons comprendre pourquoi cette histoire a pu avoir une résonnance particulière pour la communauté juive de Huqoq, dans la mesure où, selon le récit, elle se déroule dans la même région géographique – le territoire des tribus de Naftali et de Zevulun. »

Selon l’université, cette mosaïque en trois parties montre, dans sa première portion, Deborah regarder Barak ; dans la deuxième, Sisera est assis (une seule petite partie de la mosaïque est préservée) et sur la troisième, Sisera est mort, étendu au sol, après avoir été tué par Yaël. L’UNC n’a diffusé que des photos de la mosaïque où apparaît Barak et il est difficile de dire le niveau de préservation des représentations où figurent, pour leur part, les deux femmes.

Une mosaïque montrant un renard en train de manger des raisins dans la synagogue antique de Huqoq, en basse Galilée. (Crédit : Jim Haberman)

L’équipe travaillant dans l’ancienne synagogue, qui avait été construite à la fin du quatrième siècle et au début du cinquième siècle de l’ère commune, a aussi trouvé une mosaïque avec des vases contenant de petites pousses de vignes et avec quatre animaux en train de manger des grappes de raisin : un lièvre, un renard, un léopard et un sanglier.

Toutes les mosaïques qui ont été récemment découvertes ont été emmenées à des fins de conservation, a fait savoir l’université.

Ces dernières découvertes rejoignent une longue liste de mosaïques illustrées découvertes sur le site. En 2019, avant le gel du projet en raison de la pandémie de COVID, les archéologues avaient trouvé des mosaïques montrant les toutes premières représentations artistiques actuellement connues de l’histoire d’Elim, dans l’Exode, et le portrait des quatre bêtes du livre de Daniel qui augurent de la fin des temps.

En 2018, les mosaïques trouvées dans cette synagogue de la fin de l’ère romaine avaient compris des images du récit biblique des espions israélites à Canaan. Et un an plus tôt, la mosaïque la plus ancienne à être connue jusqu’à présent montrant Jonas et sa baleine avait été découverte. En 2016, des sols en mosaïque représentant des scènes emblématiques de l’arche de Noé et de la mer Rouge coupée en deux avaient été sortis de terre.

L’équipe de 2019 dévolue aux fouilles continues à Huqoq, dirigée par la professeure de l’UNC-Chapel Hill Prof. Jodi Magness (à l’extrême-gauche, assise) (Crédit : Jim Haberman, Autorisation : UNC-Chapel Hill)

Les fouilles faites par Magness sur le site ont amené à la professeure à réexaminer un certain nombre d’idées préconçues sur la pratique du judaïsme à l’ère byzantine, avait-elle confié dans le passé.

« Les mosaïques qui décorent le sol de la synagogue de Huqoq révolutionnent notre compréhension du judaïsme à cette période », avait dit Magness dans un communiqué de presse émis en 2018. L’art juif ancien est souvent considéré comme aniconique, ou manquant d’images. Mais ces mosaïques, pleines de couleurs et remplies de scènes réfléchies, attestent de l’existence d’une culture visuelle riche, ainsi que du dynamisme et de la diversité du judaïsme à la fin de la période romaine et à l’ère byzantine »

En 2011, la synagogue byzantine – qui avait été relativement peu touchée et bien préservée – avait été découverte sous les décombres du village arabe moderne de Yakuk, qui avait été construit sur le site jusqu’au moment où il avait été détruit par un incendie volontaire en 1948. Magness et son équipe ont commencé à y travailler en 2012 et ils y sont retournés tous les été jusqu’à ce que la pandémie s’abatte sur le monde et n’oblige les archéologues à renoncer aux excavations en 2020 et 2021.

Amanda Borschel-Dan a contribué à cet article.

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