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Gantz : Les accords d’Abraham peuvent servir à renforcer l’Autorité palestinienne

Le ministre a dit soutenir la "solution à deux entités", évitant soigneusement le terme "État", et vante la participation d’Israël à de nombreux exercices militaires internationaux

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a exprimé jeudi son soutien à l’idée de tirer parti des nouveaux liens d’Israël avec plusieurs pays arabes pour renforcer l’Autorité palestinienne, une première pour un haut responsable israélien.

« Je crois que nous pouvons tirer parti des accords d’Abraham et des liens avec les partenaires régionaux afin de renforcer l’Autorité palestinienne et de promouvoir des mesures de confiance », a-t-il déclaré lors d’une interview en direct au Forum d’Aspen sur la sécurité.

« Nous devons, nous pouvons et nous devrions profiter de [nos nouveaux alliés du Moyen-Orient] pour soutenir ces dynamiques en termes d’investissement au sein de [l’AP] », a déclaré M. Gantz lors d’une interview avec le journaliste Jeffrey Goldberg à l’occasion de cet événement dans le Colorado.

Israël a noué des liens avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn par le biais des accords d’Abraham négociés par les États-Unis en 2020, et a normalisé ses relations avec le Maroc et le Soudan peu après. Israël avait déjà établi des liens avec l’Égypte et la Jordanie.

Le point de vue de M. Gantz selon lequel les accords pourraient être utilisés pour soutenir l’AP a été fréquemment avancé par l’administration Biden, en réponse aux critiques de la gauche selon lesquelles les accords étaient une tentative de contourner les Palestiniens.

Les Palestiniens réclament depuis longtemps que leur propre État soit établi avant qu’Israël ne soit accepté dans la région, et ils ont qualifié les accords d’Abraham de « honteux » et de trahison à leur cause.

Les commentaires de Gantz jeudi sont la déclaration la plus claire d’un haut responsable israélien établissant un lien entre les accords et l’avancement de la question palestinienne. Le Premier ministre Yair Lapid avait manifesté sa volonté de lier les deux domaines, mais en privé, notamment en acceptant, lors du sommet du Néguev en mars dernier, alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, que chacun des six groupes de travail du forum cherche également des moyens d’aider les Palestiniens.

Cette position semblait aller à l’encontre de l’opinion défendue par le précédent gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, qui se vantait d’avoir contourné et affaibli l’AP, notamment par le biais des accords d’Abraham. Des responsables de l’administration Trump, qui a négocié les accords, ont exprimé des points de vue similaires.

Gantz s’est également dit fier d’avoir rencontré le président de l’AP, Mahmoud Abbas, à trois reprises au cours de l’année écoulée et d’avoir fait progresser ce qu’il a appelé les 30 mesures de confiance destinées à relancer l’économie palestinienne. Ramallah a cependant indiqué que nombre de ces initiatives n’avaient pas été mises en œuvre.

Le ministre de la Défense a déclaré lors de l’interview de jeudi avoir dit à Abbas, lors d’une de leurs rencontres : « Je rêve que vous ne soyez pas là et je suis sûr que vous avez fait le même rêve à mon sujet. Mais devinez quoi, nous sommes tous deux ici et nous devons trouver des moyens de vivre les uns avec les autres. »

En clôture du Sommet du Néguev, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à gauche, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, à Sde Boker, en Israël, le 28 mars 2022. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Il a appelé à investir davantage dans le dialogue stratégique, les infrastructures, la stabilité, la sécurité et le développement économique de la Cisjordanie.

« Ensuite, j’espère que nous pourrons créer… ce que j’appelle un cadre à deux entités », a déclaré Gantz, évitant soigneusement le terme de « solution à deux États ». Cette déclaration semble le résultat d’une volonté de se positionner à droite de Lapid et d’autres, à gauche de l’échiquier politique, qui soutiennent ouvertement la solution à deux États.

« Je souhaite avant tout qu’Israël reste fort, sûr, démocratique et juif, et cela passe par le règlement de nos problèmes avec les Palestiniens », a déclaré Gantz.

Il a ajouté s’être « opposé à l’annexion » des terres de Cisjordanie sous le précédent gouvernement de Netanyahu, qui en avait finalement abandonné l’idée en contrepartie d’une normalisation avec les Émirats arabes unis.

« Si nous avions annexé ces zones, je ne pense pas que nous aurions pu conclure [les] accords d’Abraham », a déclaré Gantz.

Gantz a également rappelé qu’Israël et ses nouveaux partenaires du Moyen-Orient « créaient une architecture régionale de défense », allusion au réseau intégré de défense aérienne discuté ces derniers mois.

Le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : AP/Collage)

D’autres pays ont été plus réticents à l’idée d’une telle initiative. Des responsables de la Maison Blanche ont déclaré que le réseau intégré était toujours en cours d’élaboration et le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal, a assuré, samedi, n’avoir aucune information sur la question.

Gantz a indiqué jeudi qu’Israël avait pris part à 10 exercices militaires internationaux depuis la signature des accords d’Abraham, et depuis qu’Israël est passé du ressort de l’EUCOM américain, centré sur l’Europe, à celui du CENTCOM, qui comprend des pays du Moyen-Orient.

« Nous avons eu des centaines de réunions et discussions avec nos partenaires régionaux », a affirmé Gantz.

« Je suis très heureux que les États-Unis aient rendu tout ceci possible et que les dirigeants de la région aient réalisé et saisi cette opportunité. Nous sommes en train de créer un meilleur Moyen-Orient », a-t-il assuré.

« L’État d’Israël et ses partenaires régionaux ont un intérêt commun à assurer la liberté de navigation et de commerce, la défense aérienne et le renforcement de la cyberdéfense. »

La « liberté de navigation » pourrait être une allusion à un accord, promu par les États-Unis la semaine dernière, aux termes duquel l’Égypte va transférer deux îles de la mer Rouge à l’Arabie saoudite. L’accord était subordonné à la garantie qu’Israël continuerait à jouir de la liberté de navigation autour des îles Tiran et Sanafir, comme convenu dans le traité de paix d’Israël de 1979 avec l’Égypte.

L’Arabie saoudite a également accepté que les compagnies israéliennes empruntent son espace aérien et devrait prochainement autoriser des vols directs entre Israël et l’Arabie saoudite pour les pèlerins musulmans.

Israël et les États-Unis ont qualifié ces gestes de premiers pas vers la normalisation israélo-saoudienne, ce que l’Arabie saoudite a nié, subordonnant la paix avec Israël à l’adoption d’une solution à deux États, comme règlement du conflit israélo-palestinien.

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