Génocide arménien : Berlin fait un petit geste en direction d’Ankara
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Génocide arménien : Berlin fait un petit geste en direction d’Ankara

Le parlement allemand avait voté en juin une résolution "non contraignante" reconnaissant le génocide arménien

Le Bundestag, chambre basse du Parlement allemand (Crédit : Jürgen Matern /Wikimedia Commons, CC-BY-3.0)
Le Bundestag, chambre basse du Parlement allemand (Crédit : Jürgen Matern /Wikimedia Commons, CC-BY-3.0)

Le gouvernement allemand a réaffirmé vendredi le caractère non contraignant d’une résolution du Bundestag reconnaissant le génocide arménien tout en affirmant ne pas céder ainsi aux pressions de la Turquie, furieuse depuis des mois du vote de ce texte.

« Il y a des affirmations fausses selon lesquelles le gouvernement allemand veut prendre ses distances avec la résolution du Bundestag, ceci n’est absolument pas vrai », a déclaré le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert, lors d’une point de presse régulier, affirmant que la chambre des députés allemande, en tant qu’organe indépendant, avait le droit de s’exprimer sur les sujets qu’elle souhaite.

Dans le même temps, il a réaffirmé que la résolution votée au mois de juin par le Bundestag était « une opinion sur un sujet politique » qui « n’est juridiquement pas contraignante, comme l’indique du reste le site internet du Bundestag ».

Le porte-parole réagissait à un article publié peu avant par l’édition en ligne de l’hebdomadaire Der Spiegel, selon lequel M. Seibert s’apprêtait à prendre ses distances avec la résolution sur le génocide arménien, en réaffirmant son caractère non contraignant, afin d’amadouer le président turc Recep Tayyip Erdogan qui réclame un tel geste depuis des semaines.

Selon le Spiegel, les autorités turques ont fait savoir aux diplomates allemands négociant à Ankara qu’elles se satisferaient d’une mise au point en ce sens de Berlin pour réchauffer les relations entre les deux pays, très tendues depuis le mois de juin notamment à cause de la résolution.

Le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier s’est aussi exprimé sur le sujet vendredi à Berlin, en des termes voisins de ceux du porte-parole du gouvernement.

« Le Parlement allemand a bien sûr le droit et la liberté de s’exprimer sur les questions politiques mais, comme le dit le Parlement lui-même, toutes ses résolutions n’ont pas un caractère légalement contraignant », a déclaré à la presse le ministre à Berlin.

L’article du Spiegel faisant état d’une opération de communication concertée du gouvernement et parlant d’une initiative d’Angela Merkel « pour faire un geste en faveur d’Erdogan », a toutefois placé la chancelière dans une position délicate. Plusieurs de ses proches sont montés au créneau pour démentir tout signe de faiblesse à l’égard de la Turquie ou désaveu de la chambre des députés.

L’initiative du Bundestag, reconnaissant à une large majorité le génocide arménien de 1915 sous l’empire ottoman, a ulcéré le gouvernement turc.

Ankara a décidé depuis en représailles d’interdire aux parlementaires allemands l’accès à la base militaire d’Incirlik, dans le sud de la Turquie, où sont stationnés des soldats allemands dans le cadre de la lutte contre l’organisation Etat islamique.

L’Allemagne pourrait du coup retirer ses avions de reconnaissance basés à Incirlik si aucune solution n’est trouvée entre les deux pays.

Les « zones de friction » ont été « multiples » ces derniers mois entre Berlin et Ankara, dont les relations se sont encore envenimées avec le coup d’Etat manqué en Turquie et la répression qui a suivi, a rappelé M. Steinmeier.

« Bien sûr, c’est le travail des diplomates de réduire ces zones de friction et de chercher le moyen de maintenir des relations avec la Turquie », a ajouté le ministre allemand des Affaires étrangères.

« Dans les récentes discussions, nous avons eu l’impression que c’était aussi un intérêt partagé par la Turquie », a assuré M. Steinmeier.

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