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Grands importateurs, les Emirats veulent leur propre industrie de défense

Le consortium Edge s'est hissé parmi les 25 plus importantes entreprises de défense avec un chiffre de plus de 5 milliards de dollars, une première pour un pays du Moyen-Orient

Le véhicule aérien sans pilote (drone ou UAV) "Reach-S" sur le stand d'EDGE advanced technology group for defence, lors du salon aéronautique de Dubaï 2021 dans l'émirat du Golfe,14 novembre 2021. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)
Le véhicule aérien sans pilote (drone ou UAV) "Reach-S" sur le stand d'EDGE advanced technology group for defence, lors du salon aéronautique de Dubaï 2021 dans l'émirat du Golfe,14 novembre 2021. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

Des drones, des missiles guidés, des simulateurs : les Emirats sont à l’offensive pour développer des « capacités nationales » pour leur industrie de défense et moins dépendre de leurs énormes importations d’armements, explique à l’AFP un responsable du consortium émirati de défense Edge.

Ce groupe public, basé dans la capitale Abou Dhabi, a été créé il y a deux ans et regroupe 25 sociétés d’armements émiraties, marquant « la maturité de notre industrie de défense », estime Khalid Al Breiki, président d’une des cinq divisions d’Edge.

Edge s’est hissé l’an dernier parmi les 25 plus importantes entreprises de défense au monde avec un chiffre d’affaires de plus de 5 milliards de dollars (plus de 4,4 milliards d’euros), une première pour un pays du Moyen-Orient, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

« Nous avons réalisé que nous devions regrouper nos capacités sous un même toit pour nous concentrer sur ce que nous voulons fabriquer dans le pays, et nous pouvons désormais le faire à l’échelle mondiale », explique Khalid Al Breiki.

« Nous avons une mentalité de start-up, mais avec les économies d’échelle » permises par une grosse structure, plaide-t-il.

Le groupe compte 13 000 salariés « venus du monde entier » mais veut embaucher davantage d’Emiratis, notamment en nouant des accords avec les universités du pays ou à l’étranger.

Des participantes se tiennent à côté du système d’hélicoptère sans pilote de livraison de cargaison Edge QX-6, exposé au pavillon Edge lors du Salon aéronautique de Dubaï 2021, dans l’émirat du Golfe, le 16 novembre 2021. (Crédit : Giuseppe CACACE / AFP)

Au salon aéronautique de Dubaï, l’un des sept émirats qui composent le pays avec entre autres Abou Dhabi, l’énorme stand de l’industriel expose une panoplie de produits fabriqués aux Emirats, des bombes guidées aux systèmes de cybersécurité.

Et il fait feu de tout bois, multipliant les contrats, quasi exclusivement au profit des forces armées émiraties, notamment pour l’entretien des avions militaires de l’armée de l’air (près de 4 milliards de dollars, soit plus de 3,5 milliards d’euros) ou la fourniture de munitions guidées (880 millions de dollars ou plus de 707 million d’euros).

Coopération avec Israël

Comme leur voisins saoudien et qatari, les Emirats arabes unis, riches de leur pétrole, figurent parmi les tout premiers importateurs mondiaux d’armements et cherchent à diversifier leur économie.

Dans la défense, cela commence par les « offsets », ces compensations industrielles de plus en plus exigées quand un pays acquiert un matériel à l’étranger, afin de développer son économie et ses compétences.

« Nous avons déjà 20 produits réalisés dans le cadre de l’initiative ‘Made in the UAE’ (fabriqué aux Emirats arabes unis, ndlr) et 13 ont été annoncés cette année », s’enorgueillit Khalid Al Breiki.

« Nous aspirons à disposer de capacités nationales, mais nous n’avons pas un degré de maturité suffisante pour nous passer de partenaires », convient-il.

Le véhicule aérien sans pilote (drone ou UAV) « Reach-S » sur le stand d’EDGE advanced technology group for defence, lors du salon aéronautique de Dubaï 2021 dans l’émirat du Golfe,14 novembre 2021. (Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP)

L’industriel multiplie donc les accords, avec les américains Lockheed-Martin et Raytheon par exemple, ou le brésilien Embraer, et « fait partie de l’écosystème Airbus ».

Si certains partenariats consistent en l’attribution de licences de production à Edge, l’entreprise en conclut d’autres plus ambitieux, dans lesquels le partenaire « achète nos produits et les vend pour nous », selon lui.

L’établissement de relations diplomatiques officielles avec Israël l’année dernière a ouvert de nouvelles opportunités avec les industriels de défense de l’Etat hébreu, présents en nombre pour la première fois au salon de Dubaï.

« Nous discutons et signons des contrats avec eux », confie Khalid Al Breiki, « nous suivons la politique de notre gouvernement ».

Le géant israélien de l’armement de pointe Elbit Systems, qui conçoit notamment des drones, a ainsi annoncé dimanche la création d’une filiale aux Emirats destinée notamment à « diriger le transfert de technologies vers les partenaires locaux ».

Edge, qui a glané une vingtaine de contrats à l’export pour des services ou des munitions, espère bien s’imposer sur la scène internationale. EPI, l’une de ses entités spécialisée dans l’ingénierie de précision pour l’aéronautique, exporte ainsi plus de 60 % de sa production.

« L’export est important, pas simplement du point de vue économique » mais aussi la démonstration de la qualité des armements émiratis, explique-t-il : « si nous avons un bon produit, nous devrions pouvoir le vendre à l’étranger ».

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