Greenblatt veut réparer le « paradoxe » des relations entre Israël et la diaspora
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Greenblatt veut réparer le « paradoxe » des relations entre Israël et la diaspora

Le directeur-général de l'ADL affirme que les Juifs n'ont jamais été plus liés avec Israël même s'ils semblent s'en éloigner

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Jonathan Greenblatt, directeur-général de l'ADL (Anti-Defamation League)  (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
Jonathan Greenblatt, directeur-général de l'ADL (Anti-Defamation League) (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

WASHINGTON — Jonathan Greenblatt voit un « paradoxe » au coeur des relations actuelles d’Israël avec la communauté juive américaine.

« Dans un monde qui a été redessiné par la mondialisation et les technologies, nous sommes plus proches d’Israël que nous ne l’avons jamais été », dit-il.

A travers Birthright-Taglit et les programmes d’échange universitaires, à travers les innovations israéliennes qui sont utilisées aux Etats-Unis, à travers Netflix qui amène les séries de télévision produites dans l’Etat juif comme « Fauda« , il y a une « trans-pollinisation » entre les deux cultures que Greenblatt qualifie « d’extraordinaire ».

Et pourtant, il y a également des éléments qui montrent que les Juifs américains se sentent de plus en plus éloignés d’Israël.

Ce sentiment a touché assurément son apogée ces derniers mois lorsque le cabinet israélien a décidé d’annuler ses plans de l’établissement d’une zone pluraliste de prière au mur Occidental.

Des femmes prient dans la section féminine du mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, pendant Souccot, le 30 septembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des femmes prient dans la section féminine du mur Occidental de la Vieille Ville de Jérusalem, pendant Souccot, le 30 septembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Vous avez constaté les tensions sur des choses comme le Kotel [mur Occidental] », dit Greenblatt. « On s’en est encore rendus compte dans de nombreuses synagogues aux environs des grandes fêtes cette année, au moins dans les lieux de culte réformés ou conservateurs – et 90 % de la communauté juive identifiée est réformée et conservatrice ».

« Alors c’est un peu paradoxal de voir combien nous sommes proches de si nombreuses manières et que pourtant, les gens évoquent cet éloignement ».

En tant que chef de l’ADL (Anti-Defamation League), Greenblatt, 46 ans, a bien l’intention de faire quelque chose.

Dans une longue interview accordée en octobre au Times of Israel, cet ancien employé de l’administration Obama souligne que le débat a pour objectif « d’encourager la compréhension mutuelle entre les communautés » et de faire davantage connaître le type de travail assumé par l’ADL aux Etats-Unis – comme la défense des Juifs et de l’état d’Israël ou prôner une police qui refléterait une société plus tolérante, plus ouverte – en Israël.

« L’idée de la manière dont nous pouvons défendre Israël en aidant le pays à se renforcer ressemble beaucoup au travail que nous faisons ici, aux Etats-Unis, et je pense que nous tentons de construire notre expertise et que nous essayons d’apporter une contribution à valeur ajoutée au pays », dit-il.

L’une des divisions les plus mutuellement destructrices, au sein d’Israël et entre le gouvernement israélien et sa communauté de la diaspora, reste le débat sur la signification du pluralisme religieux. Il y a également des différences importantes, depuis des années, sur le conflit israélo-palestinien, en particulier chez les jeunes Juifs américains.

« C’est certainement impossible à ignorer », explique Greenblatt. « Le manque de résolution, ou le manque d’une voie vers la résolution a un impact sur la manière dont les Juifs de la diaspora voient le pays. Jusqu’à ce que nous trouvions une voie ouverte vers la résolution, cela continuera à être une inquiétude pour les jeunes aux Etats-Unis ».

Un président compliqué et déroutant

Mais il y a un autre problème, ajoute-t-il, qui divise les Juifs en ce moment : la présidence de Donald Trump.

« Je pense que le président Trump est un paradoxe lui-même », dit Greenblatt. « D’un côté, nous n’avons jamais eu un président qui soit aussi intime avec la communauté juive par l’entremise de ses enfants, de ses petits-enfants, de sa vie professionnelle avant ce travail. C’est tout simplement remarquable. Nous n’avons jamais eu quelqu’un d’aussi engagé et empêtré dans sa vie personnelle avec la communauté juive ».

Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain, au mur Occidental avec Donald Trump, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Jared Kushner, à gauche, conseiller du président américain, au mur Occidental avec Donald Trump, à Jérusalem, le 22 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

« Et pourtant », poursuit-il, « nous n’avons jamais eu non plus un président qui parle de manière si équivoque des néo-nazis ou des suprématistes blancs et qui envoie des signaux si mitigés à leur sujet. Il est donc compliqué et déroutant. Le pays lutte encore pour savoir comment réconcilier ces dimensions très divergentes de son administration ».

La fille de Trump, Ivanka, s’est convertie au judaïsme après avoir épousé Jared Kushner, un Juif orthodoxe. Ils sont tous les deux pratiquants et élèvent leurs enfants dans le judaïsme.

Trump lui-même a fait de la négociation d’un accord de paix israélo-palestinien une priorité absolue de sa politique étrangère. Il a actuellement une équipe, avec Kushner à sa tête, qui se consacre à travailler avec les deux parties pour trouver un accord.

Greenblatt, depuis la campagne de 2016, n’a jamais hésité à s’exprimer en défaveur de Trump sur un certain nombre de questions.

Il est l’un des critiques les plus affirmés de la Maison Blanche de Trump au coeur de la communauté juive américaine organisée. Il s’est montré particulièrement féroce après que Trump a réagi aux violences de Charlottesville, l’été dernier, en disant que « les deux parties étaient à blâmer » et qu’il « y avait des gens très bien » qui manifestaient avec les suprématistes blancs.

Le président américain Donald Trump à Cincinnati, dans l'Ohio, le 7 juin 2017. (Crédit: Nicholas Kamm/AFP)
Le président américain Donald Trump à Cincinnati, dans l’Ohio, le 7 juin 2017. (Crédit: Nicholas Kamm/AFP)

Malgré cet épisode et d’autres, le président a conservé la loyauté d’un certain nombre de partisans juifs. Tandis que les Juifs américains s’engagaient dans de nombreuses questions politiques, Trump a réussi à conserver le soutien d’un grand nombre de membres de la communauté, notamment par la manière dont il conduit sa politique au Moyen-Orient.

L’antisémitisme croissant

Quelque chose d’autre est troublant à observer pour les Juifs américains – quelque chose que l’ADL surveille étroitement : C’est l’augmentation des incidents antisémites aux Etats-Unis.

Tandis que « les attitudes antisémites » ont baissé, indique Greenblatt, les incidents antisémites sont en hausse. Le Centre pour l’extrémisme de l’ADL a compilé des données qui notent une augmentation de 50 % des incidents antisémites pour la première moitié de 2017, comparé avec la première moitié de 2016.

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now  à  New York City,le 17 novembre  2016. (Crédit : ADL)
Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

Jonathan Greenblatt, CEO And National Director of the Anti-Defamation League testifies on Capitol Hill in Washington,

« Nous sommes dans un environnement où il s’agit en fait d’actes de harcèlement, de vandalisme et de violence », dit Greenblatt. « Et nous sommes maintenant à un moment où, en tant que communauté, nous devons être vigilants, de manière à repousser les préjugés quels que soient leurs sources ».

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