Haïfa, jusqu’ici épargnée par le virus, est rattrapée par la réalité du COVID-19
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Haïfa, jusqu’ici épargnée par le virus, est rattrapée par la réalité du COVID-19

Mystérieusement, le COVID-19 avait largement épargné la ville du nord ; mais aujourd'hui, alors que les cas augmentent, les médecins locaux craignent que la chance ne tourne

Un exercice au Rambam Health Care Campus pour transformer le parking souterrain en hôpital d'urgence pour un grand nombre de patients atteints de coronavirus. (Avec l'aimable autorisation du Rambam Health Care Campus)
Un exercice au Rambam Health Care Campus pour transformer le parking souterrain en hôpital d'urgence pour un grand nombre de patients atteints de coronavirus. (Avec l'aimable autorisation du Rambam Health Care Campus)

Dans la troisième plus grande ville d’Israël, jusqu’à présent largement épargnée par le coronavirus, le nombre de cas augmente rapidement et les médecins se demandent si la chance dont ils ont bénéficié jusqu’à présent ne tournerait pas.

Les cas grimpent également au niveau national. Mercredi soir, le ministère de la Santé a confirmé 980 nouvelles contaminations par le coronavirus au cours des 24 heures précédentes, ce qui représente le nombre le plus élevé d’infections en une journée en Israël depuis le début de la pandémie.

La dernière fois que ce genre de poussée épidémique nationale s’est produite, les habitants de Haïfa ont observé, attendu et constaté que, pour une raison quelconque, le virus ne faisait pas de percée dans leur région.

De ce fait, Haïfa jouit d’une réputation de ville israélienne à l’épreuve du coronavirus. Elle abrite un peu moins d’un tiers du million de personnes, mais n’a vu jusqu’à présent que 304 cas confirmés de coronavirus.

La comparaison est frappante avec les deux plus grandes villes d’Israël. Jérusalem, qui compte environ trois fois plus d’habitants, a connu près de 16 fois plus de cas : 4 798. La population de Tel Aviv n’est pas tout à fait le double de celle de Haïfa, mais elle compte presque cinq fois plus de cas, soit 1 419.

Mais la situation de Haïfa semble changer. « Je m’attends à que ce qui arrive maintenant affecte Haïfa tout comme le reste du pays », a déclaré le Dr Oren Caspi, chercheur principal à la faculté de médecine du Technion-Israel Institute of Technology.

Du personnel du centre médical Sheba au service de quarantaine du coronavirus à Ramat Gan, le 30 juin 2020. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Selon lui, le faible nombre de malades traités jusqu’à présent à Haïfa ne s’explique pas. « Cela peut se résumer en un seul mot – le hasard », a-t-il dit, en déclarant que tout indique que la chance est en train de tourner pour Haïfa, et que l’augmentation du nombre de cas montre que cette nouvelle réalité est déjà là.

« Nous devrions tous être inquiets », a déclaré M. Caspi, qui est médecin en chef au Rambam Health Care Campus et chercheur au Technion.

Les cas à Haïfa grimpent déjà d’une manière inédite. Bien que le nombre total de cas, 304, soit faible, M. Caspi a déclaré qu’il est révélateur qu’un si grand nombre d’entre eux soient actifs – un signe d’une réalité changeante.

Les 114 cas actuellement actifs à Haïfa représentent l’équivalent de plus d’un tiers des patients que la ville a connus tout au long de la pandémie.

C’est un schéma familier aux villes qui, au départ, obtiennent un résultat relativement satisfaisant, puis commencent à traiter un nombre important de cas. À Tel Aviv, près de la moitié des cas, soit 739 sur 1 419, sont actuellement actifs.

Tel Aviv a désormais dépassé Jérusalem en termes de cas actifs pour 1 000 citoyens : 1,33 contre 0,83. Haïfa est toujours en dessous des deux, à 0,35, mais la progression de Tel Aviv au-dessus de Jérusalem montre que la situation est fluide.

À Rambam, l’hôpital principal de Haïfa, le personnel se prépare à un éventuel afflux de patients. « Nous disposons d’une structure pour 900 patients, dont 300 en soins intensifs ou sous respirateur », a déclaré le directeur général Michael Halbertal, ajoutant que si cela représente une augmentation massive par rapport aux 25 patients actuels du COVID-19, son établissement est prêt.

Michael Halbertal, directeur général du Rambam Health Care Campus. (Autorisation du Rambam Health Care Campus)

Des exercices sont régulièrement organisés pour préparer la transformation éventuelle d’un grand parking souterrain en hôpital d’urgence.

M. Halbertal explique n’avoir pas de réponse claire quant à la raison pour laquelle Haïfa a été épargnée jusqu’à présent, mais suggère une raison possible.

Haïfa est moins touristique que le centre du pays et Jérusalem, et moins d’habitants sont partis en vacances d’hiver – la voie d’entrée initiale du virus, mais qui n’est plus pertinente puisque la transmission se fait désormais à l’intérieur d’Israël. « Moins de gens de cette région sont allés à l’étranger que ceux du centre, où l’économie est meilleure et où les gens sont allés skier », a-t-il déclaré.

Photo illustrative de voyageurs israéliens arrivant à l’aéroport Ben Gurion, le 23 mars 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Cela n’est plus pertinent aujourd’hui, alors que très peu de vols arrivent en Israël et que les risques de COVID-19 proviennent de la transmission du virus entre Israéliens. Aujourd’hui, Haïfa est en danger comme le reste du pays, estime M. Halbertal.

« Le pire scénario [au niveau national] est que nous aurons un fardeau de patients », a-t-il déclaré au Times of Israël. « Nous pourrions perdre le contrôle très facilement et passer d’un faible nombre de patients à des centaines ou des milliers. »

Lors du précédent pic de la pandémie en avril, Rambam comptait 100 patients, originaires de Haïfa et d’autres régions du nord d’Israël, dont six étaient sous respirateur, et l’hôpital a libéré des capacités dans les services réguliers au cas où l’afflux serait plus important. Aujourd’hui, M. Halbertal explique que Rambam doit être prêt à réduire le nombre de patients non atteints par le COVID-19 de 1 100 à 600 si le virus n’est pas maîtrisé.

« Ce serait une étape majeure. Cela affecterait notre capacité à traiter d’autres patients », a-t-il déclaré, exprimant l’espoir que l’ouverture de capacités dans d’autres hôpitaux du nord – qui ne prennent pas actuellement de patients COVID-19 mais commenceront à le faire si le nombre de cas augmente – permettra d’éviter cela.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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