Hamas : l’assassin de Foqaha a avoué travailler pour le compte d’Israël
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Hamas : l’assassin de Foqaha a avoué travailler pour le compte d’Israël

Le groupe a diffusé une vidéo dans laquelle 3 suspects présumés reviennent sur les faits et sur les ordres reçus des services de renseignement israéliens

Le corps de Mazen Foqaha, responsable du Hamas, pendant ses funérailles, est porté par les membres des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, à Gaza Ville, le 25 mars 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Le corps de Mazen Foqaha, responsable du Hamas, pendant ses funérailles, est porté par les membres des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, à Gaza Ville, le 25 mars 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Le Hamas a rendu public mardi un enregistrement présenté comme celui des « aveux » de l’homme accusé par le mouvement terroriste palestinien d’avoir assassiné un de ses commandants pour le compte d’Israël.

Mazen Foqaha, un responsable militaire de la branche armée du Hamas, a été abattu de plusieurs balles le 24 mars devant chez lui. Le Hamas a immédiatement accusé Israël en invoquant le professionnalisme de l’opération.

Lors d’une conférence de presse à Gaza, le ministère de l’Intérieur dans le territoire contrôlé sans partage par le Hamas a diffusé une vidéo de 14 minutes. Des images de vidéo-surveillance montrent trois hommes, présentés comme le meurtrier et ses complices, approchant des lieux de l’assassinat de Mazen Foqaha.

« Les services de sécurité ont été en mesure d’arrêter l’assassin de Mazhen Foqaha ».

Dans les enregistrements diffusés mardi, celui qui est présenté comme le suspect numéro un, identifié par ses seules initiales comme ses deux complices présumés, dit qu’il coopérait avec le renseignement israélien depuis 2004. Un agent israélien lui demandait des informations sur des bases militaires ou policières ou gouvernementales, dit-il.

Sa « dernière mission » a consisté à assassiner Mazen Foqaha, sur lequel il dit avoir tiré cinq ou six balles dans le torse et la tête.

« Il a avoué ses crimes et ses liens avec les services de sécurités israéliens », a déclaré Abu Naim.

« Nous avons également arrêté deux agents de l’occupation qui ont avoué avoir joué un rôle dans l’assassinat en surveillant et en filmant la scène du crime », a ajouté Abou Naim, en identifiant les complices par les initiales, H.A, 44 ans, et A.N., 38 ans.

Deux individus sont originaires de Gaza, le troisième est originaire de Cisjordanie, a indiqué le groupe terroriste du Hamas. Ils ont tous les trois été arrêtés la semaine dernière.

Mazen Foqaha à sa libération après l'accord Shalit, en 2011. (Crédit : capture d'écran Twiter)
Mazen Foqaha à sa libération après l’accord Shalit, en 2011. (Crédit : capture d’écran Twiter)

Peu après l’assassinat, les services de sécurité ont lancé une campagne contre la « collaboration » durant laquelle « 45 personnes ont été arrêtées », a-t-il dit.

Le Hamas a annoncé officiellement jeudi l’arrestation du meurtrier présumé, identifié comme Achraf Abou Leïla, 38 ans, originaire de Gaza. Son procès s’est ouvert lundi. Il comparaît aux côtés de deux complices présumés.

Une source de sécurité avait récemment indiqué que le suspect avait appartenu pendant plusieurs années à la branche armée du Hamas avant d’en être exclu en 2008, en raison de « transgressions morales ».

Les médias palestiniens affirment qu’Abou Leïla aurait rejoint un groupe salafiste radical avant d’être recruté par le Mossad pour organiser cet assassinat.

La vidéo contient aussi des enregistrements sonores décrits comme les confessions du meurtrier présumé et des deux autres hommes. Leur visage n’apparaît pas. Aucune source indépendante n’a eu accès aux trois suspects, détenus depuis des jours, et ne peut authentifier les images et les enregistrements, ni clarifier les conditions dans lesquelles les « aveux » auraient été obtenus.

« Les forces de sécurité du Hamas à Gaza ayant fréquemment recours aux moyens de coercition et à la torture et violant couramment les droits des prisonniers, on peut se demander si ces confessions étaient bel et bien volontaires ou si elles ont été extraites de force », a dit Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens.

Dans la vidéo diffusée mardi par le Hamas, les trois suspects parlent de leur implication et de la façon dont ils ont été abordés par deux agents israéliens du renseignement, « Sayid » et « Balel ».

Durant les aveux présumés, Abou Leïla aurait raconté qu’il avait reçu l’ordre d’assassiner Foqaha de la part d’un agent du renseignement israélien.

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par le Hamas, qui montrerait l'assassin de Mazhen Foqaha quitter la scène de crime, le 24 mars 2017. (Crédit : YouTube/mikstarsky)
Capture d’écran d’une vidéo diffusée par le Hamas, qui montrerait l’assassin de Mazhen Foqaha quitter la scène de crime, le 24 mars 2017. (Crédit : YouTube/mikstarsky)

“Vendredi [jour de l’assassinat], l’agent du renseignement m’a contacté et m’a dit de me rendre à Tel al-Hawa, près de l’hôpital Jérusalem [à Gaza]. »

L’agent lui aurait ensuite dit qu’au “moment où la voiture [de Foqaha] entre dans le garage, suis-le à l’intérieur, et tire au niveau de la tête et de la poitrine. »

“J’ai fait vite, et j’avais une arme sur moi. La voiture du martyr est descendue, et je l’ai immédiatement suivi. Je me suis arrêté près de sa fenêtre et j’ai toqué. Il a ouvert à moitié, parce qu’il pensait que je demandais de l’aide. Avant qu’il ne puisse dire un mot, je lui ai tiré 5 balles dans la poitrine et dans la tête. Je me suis échappé grâce à un chemin que l’agent de sécurité avait prévu », a-t-il ajouté.

H.A., un résident de Cisjordanie, qui aurait été recruté en tant qu’espion en 1998 après avoir demandé un permis de travail en Israël, est présenté en train d’avouer avoir photographié les maisons de plusieurs leaders du Hamas tués, notamment le fondateur de l’organisation Khaled al-Dahduh, Masud Iyad, Raed Fanuna et Muhammad al-Homs.

Israël a préparé l’assassinat pendant huit mois, employant « des collaborateurs sur le terrain, une surveillance aérienne et des communications directes menées par des officiers » israéliens, a dit à la presse le chef des services de sécurité à Gaza, le général Tawfiq Abou Naïm.

A.N. travaillerait pour Israël depuis 2010, en tant qu’agent humanitaire infiltré. Sa mission était de localiser les sites de la branche armée du Hamas, notamment les endroits où étaient entreposés les roquettes. Depuis courant 2016, dit-il, il surveille le quartier de Tel al-Hawa, ou vivait Foqaha.

Foqaha, 38 ans, originaire de Cisjordanie, purgeait 9 peines de prison à perpétuité pour avoir commandité des attentats-suicides qui ont coûté la vie à 9 personnes et fait 52 blessés. Il a été libéré avec 1000 autres détenus dans le cadre de l’échange de prisonniers pour la libération de Gilad Shalit en 2011. Après sa libération, Foqaha a été envoyé à Gaza.

De là-bas, Foqaha dirigeait le bureau du Hamas. Il était chargé de lancer des attentats terroristes contre Israël au sein de la Cisjordanie. Ses subordonnés dans la branche étaient spécialisés en recrutement de kamikazes, et collecte d’armes et en préparation d’explosifs.

La mystérieuse exécution en plein territoire du Hamas a suscité un accès de fébrilité dans la bande de Gaza et au sein du mouvement, ainsi que des promesses de vengeance faisant planer le spectre d’une nouvelle escalade militaire avec Israël. Le chef du mouvement Ismaïl Haniyeh a lui-même parlé de « coup douloureux ».

Le 6 avril, le Hamas avait fait un exemple en pendant trois hommes accusés de faits de « collaboration » avec Israël antérieurs à la mort de Mazen Foqaha et sans lien direct avec elle.

Toujours mardi, le groupe terroriste du Djihad islamique a diffusé une vidéo dans laquelle il menace d’assassiner des hauts-responsables de l’armée israélienne. Dans la vidéo, Ramdan Shelach, un membre du Hamas affirme que si Israël jouait avec des vies palestiniennes, le Jihad islamique mettrait fin à l’accalmie.

La vidéo montre le chef des opérations de l’armée, le général de division Nitzan Alon, vu au travers d’une paire de jumelles, alors qu’il patrouillait autour de la frontière avec l’enclave côtière palestinienne.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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