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Herzog, croyant son micro coupé, évoque « l’anxiété » internationale face à Ben Gvir

Le président a mis en garde le parti Shas sur le danger représenté par le politicien d'extrême-droite sur la question du mont du Temple

Les représentants du Shas rencontrent le président Isaac Herzog à Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)
Les représentants du Shas rencontrent le président Isaac Herzog à Jérusalem, le 9 novembre 2022. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Le président Isaac Herzog a indiqué mercredi que « le monde entier » exprimait ses inquiétudes au sujet du député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir, qui devrait devenir ministre du gouvernement au sein de la coalition naissante de Benjamin Netanyahu – des propos qu’il aurait apparemment préféré conserver à huis-clos.

Les paroles de Herzog, qu’il aurait prononcées en étant convaincu que le micro était coupé, ont été dites lors d’une rencontre avec les représentants des partis, à sa résidence officielle de Jérusalem. Ces derniers sont venus lui faire part de leur recommandation de la personnalité la plus apte, selon eux, à former un gouvernement.

Des images de ces consultations sont diffusées en direct dans un souci de transparence, même si ce faux-pas a rappelé que les entretiens se font également hors des yeux du public.

Après la diffusion des échanges de Herzog avec les représentants du parti Shas – qui appartient, lui aussi, au bloc de Netanyahu – la retransmission par vidéo s’est arrêtée mais l’enregistrement audio a continué. Le président israélien est alors entendu en train de relayer ses inquiétudes à l’égard du député d’extrême-droite auprès des députés ultra-orthodoxes.

« Il y a un problème dont je n’ai pas voulu parler parce que je ne veux humilier personne », déclare Herzog dans l’enregistrement. « On va avoir un problème avec le mont du Temple. C’est une question déterminante ».

Puis, dans une allusion claire à Ben Gvir, le président ajoute que « vous avez un partenaire avec vous qui suscite l’anxiété dans le monde entier. »

« Je le lui ai dit aussi, je le lui ai dit quand nous étions entre nous. Ce n’est pas quelque chose que je veux que les médias reprennent. Je ne veux pas causer des émois. Mais je pense que vous avez une responsabilité », continue-t-il.

Un membre de la délégation du Shas riposte alors : « Mais Ben Gvir s’est modéré ». L’enregistrement s’arrête sur ces propos.

Ben Gvir, à la tête du parti extrémiste Otzma Yehudit, a demandé à recevoir le portefeuille du ministère de la Sécurité intérieure – le ministère qui est en charge de la police – dans le prochain gouvernement.

A ce poste, Ben Gvir contrôlerait les politiques de la police sur le mont du Temple, un site ultra-sensible, où les activistes juifs veulent pouvoir bénéficier de droits plus importants. Les tribunaux, de leur côté, ont donné à la police une grande marge de manoeuvre concernant les politiques à mettre en place dans le lieu saint pour y garantir le maintien de l’ordre public.

Ben Gvir, qui se rend fréquemment sur le mont du Temple et qui soutient le droit à la prière juive là-bas, a de lourds antécédents d’incitations à la violence et il a joué un rôle important dans la recrudescence des tensions qui avaient abouti, l’année dernière, sur un conflit opposant Israël et les groupes terroristes de la bande de Gaza.

Le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, s’adresse à ses partisans lors de l’annonce des résultats des élections israéliennes, au siège de campagne du parti, le 1er novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En réponse à l’enregistrement, le bureau de Herzog a indiqué qu’il avait relayé dans sa conversation « des inquiétudes entraînées par les positionnements de Ben Gvir sur certains sujets ».

Le bureau du président a répété que Herzog avait abordé le sujet au cours d’une conversation avec Ben Gvir, il y a quelques jours.

Le roi Abdallah de Jordanie a soulevé la question du mont du Temple et de Ben Gvir pendant une rencontre avec Herzog au début de la semaine, mettant en garde Israël contre des changements unilatéraux dans le statu-quo en vigueur sur le mont, a confié un diplomate moyen-oriental au Times of Israel. Herzog et le souverain se sont rencontrés en Égypte, en marge de la conférence sur le climat de la COP27.

Ben Gvir a indiqué en réponse à l’enregistrement que lui et Herzog ont eu « de nombreux échanges fructueux, ces dernières semaines ».

Il a précisé que Herzog lui avait dit qu’il était « certain que lorsque je m’adresserai au monde, on réalisera et on reconnaîtra que je ne fais pas de généralisation au sujet de tous les Arabes ».

Ben Gvir a ajouté qu’il avait « commencé à rencontrer des diplomates ». Il a affirmé que « je ferai en sorte d’expliquer les positionnements d’Otzma Yehudit dans le monde entier ».

Le président Isaac Herzog lors d’une cérémonie à sa résidence officielle de Jérusalem, le 20 septembre 2022. (Crédit :Arie Leib Abrams/Flash90)

Otzma Yehudit de Ben Gvir fait partie de l’alliance d’extrême-droite HaTzionout HaDatit, qui est dirigée par Bezalel Smotrich. La formation a remporté quatorze sièges lors des élections de la semaine dernière, ce qui fait d’elle la troisième faction la plus importante au sein du bloc israélien et la deuxième du bloc de Netanyahu et ce qui offrira à ses leaders une influence significative dans la prochaine coalition. HaTzionout HaDatit comprend aussi le parti homophobe Noam.

Même si elles se sont présentées sur une liste conjointe, Herzog rencontrera les trois factions séparément jeudi, selon un emploi du temps transmis par la résidence du président.

Otzma Yehudit était un parti considéré comme infréquentable en Israël mais Netanyahu a fait en sorte de lui accorder une légitimité dans la sphère politique.

Netanyahu a rencontré Ben Gvir pour des discussions informelles de coalition, lundi. Les deux hommes ont été photographiés ensemble pour la première fois après les refus répétés du chef du Likud d’apparaître publiquement à ses côtés pendant la dernière campagne électorale. Ben Gvir a raconté, lundi, que l’entretien s’était déroulé « dans une bonne atmosphère ».

Les alliés étrangers du pays et les groupes juifs ont mis en garde contre l’intégration de Ben Gvir au sein du gouvernement.

Des Juifs prient en quorum sur le mont du Temple de Jérusalem, le 19 juillet 2021. (Crédit : Jeremy Sharon)

Dimanche, un article paru dans les médias a annoncé que les responsables jordaniens avaient mis en garde Israël contre une possible détérioration des liens bilatéraux si le nouveau gouvernement devant tenter de modifier le statu-quo en vigueur sur le mont du Temple. La Jordanie est la tutrice du lieu saint.

Mardi, l’aile sioniste du mouvement massorti a lancé un appel extraordinaire à Netanyahu, lui demandant de ne pas offrir de poste au cabinet au député d’extrême-droite.

Une demande qui représente un tournant majeur dans la rhétorique employée par les organisations juives internationales en direction du prochain gouvernement présumé concernant l’intégration probable de politiciens d’extrême-droite, connus pour leurs propos et leurs actions qui ont pris pour cible, dans le passé, les Arabes, les membres de la communauté LGBT ou les Juifs progressistes.

Au moins deux démocrates pro-israéliens du Congrès ont mis en garde Israël, avant les élections, contre cette nouvelle légitimité offerte à Ben Gvir. Des avertissements rejetés par Netanyahu qui a fait savoir qu’il ne « s’inclinera pas » devant les Américains.

En visite à Washington avant le scrutin, Herzog a demandé de manière répétée aux officiels américains et aux leaders de la communauté juive de respecter les résultats des élections et de conserver des liens forts avec Israël, une tentative apparente de calmer le jeu en amont de l’essor attendu de Ben Gvir.

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