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HRW dénonce la répression menée par l’Égypte contre des groupes écologistes

Human Rights Watch a demandé aux organisateurs de veiller à ce que la COP27 soit accessible à tous et à ce que les observateurs puissent s'inscrire et protester librement

Des personnes tenant des pancartes lors d'une manifestation contre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi près de l'Assemblée nationale à Paris, le 8 décembre 2020. (Crédit : AP Photo/Michel Euler)
Des personnes tenant des pancartes lors d'une manifestation contre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi près de l'Assemblée nationale à Paris, le 8 décembre 2020. (Crédit : AP Photo/Michel Euler)

Des militants des droits de l’homme ont accusé lundi le gouvernement égyptien – qui accueillera en novembre la Conférence mondiale de l’ONU sur le climat (COP27) – de faire preuve d’une répression générale sur les groupes environnementaux locaux, d’une manière qui menace la capacité du pays à respecter ses engagements en ce qui concerne l’environnement et le climat.

Human Rights Watch (HRW) a appelé les personnes impliquées dans la planification de la COP27 à Charm el-Cheikh, qui débutera le 6 novembre, à travailler avec le gouvernement égyptien pour « fournir un espace permettant une participation diversifiée de la société civile aux négociations sur le climat ».

Il s’agit notamment de « veiller à ce que les locaux soient inclusifs et accessibles à tous et que les tous observateurs, y compris les groupes critiques à l’égard du gouvernement, aient accès aux enregistrements et aux négociations, et qu’ils puissent protester et exprimer leurs opinions librement ».

HRW a également déclaré que le Secrétariat des Nations unies devrait élaborer des critères, relatifs aux droits de l’homme, que les futurs pays hôtes des conférences de la COP devraient s’engager à respecter dans le cadre de l’accord d’accueil.

« Il est fondamental que les autorités égyptiennes délivrent les visas à temps pour les participants à la COP27 et mettent fin à toutes leurs tactiques de surveillance et d’intimidation illégales », a déclaré l’organisation dans un communiqué de presse.

Richard Pearshouse, directeur du programme environnement à HRW, a déclaré que « le gouvernement égyptien a imposé des obstacles arbitraires en matière de financement, de recherche et d’enregistrement qui ont affaibli les groupes environnementaux locaux, forçant certains militants à s’exiler, et d’autres à s’abstenir de mener d’importants travaux ».

Le Moyen-Orient est la région la plus pauvre en eau au monde comme en atteste cette terre sèche qui était autrefois verte et fertile, à Fayoum, en Égypte, le 8 août 2020. (Crédit : AP Photo/Nariman El-Mofty)

Il a ajouté que « le gouvernement devrait immédiatement lever ses restrictions onéreuses pour les organisations non gouvernementales indépendantes, y compris pour les groupes environnementaux ».

Les entretiens menés par HRW en juin avec 13 militants universitaires, scientifiques et journalistes travaillant sur les questions environnementales en Égypte ont révélé une « forte réduction de l’espace pour le travail indépendant sur l’environnement et le climat depuis que le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi est entré en fonction en 2014 », a déclaré HRW.

Six autres personnes ont refusé d’être interviewées, invoquant des problèmes de sécurité ou le fait que les restrictions gouvernementales les avaient obligées à cesser leur travail relatif à l’environnement.

Toutes les personnes qui ont accepté de répondre ont dit qu’elles s’étaient de plus en plus abstenues de faire des recherches essentielles sur le terrain, à la fois parce qu’elles craignaient qu’elles ou les personnes qu’elles interrogeaient soient arrêtées, et parce qu’il était devenu presque impossible d’obtenir des permis de recherche, qui impliquaient généralement l’approbation d’une ou plusieurs agences de sécurité.

Plusieurs personnes ont déclaré que leurs groupes avaient rencontré d’importantes difficultés pour s’enregistrer en tant que groupes non gouvernementaux, selon le communiqué.

Les personnes interrogées ont décrit des tactiques de harcèlement et d’intimidation, notamment des arrestations et des difficultés pour se déplacer – des mesures utilisées par le gouvernement contre les groupes locaux et internationaux indépendants de manière plus générale, « dans le cadre d’une répression implacable de la société civile », selon HRW.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (milieu), le prince héritier d’Abou Dhabi Sheikh Mohammed bin Zayed al-Nahyan (g) et le Premier ministre israélien Naftali Bennett photographiés à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 22 mars 2022. (Crédit : Ministère des affaires présidentielles des Émirats arabes unis/AFP)

Les questions environnementales les plus sensibles étaient celles qui mettaient en évidence l’incapacité du gouvernement à protéger les droits des personnes contre les dommages causés par les intérêts des entreprises, notamment les questions liées à la sécurité de l’eau, à la pollution industrielle et aux dommages environnementaux causés par l’immobilier, le développement touristique et l’agroalimentaire.

Les questions liées à l’impact environnemental négatif des activités dans lesquelles l’armée égyptienne a des intérêts, telles que l’exploitation de carrières, les usines de mise en bouteille de l’eau et certaines cimenteries, ainsi que les projets d’infrastructure nationaux, sont également délicates.

L’un de ces projets est la construction d’une nouvelle capitale administrative nationale, qui a débuté en 2015. La capitale, qui n’a pas encore de nom, sera située à 45 kilomètres à l’est du Caire, dans une zone à mi-chemin de la ville portuaire de Suez.

« Ces projets d’infrastructures nationales sont une ligne rouge », a déclaré un tiers. « Je ne peux pas travailler là-dessus. »

Plusieurs personnes ont déclaré que leurs organisations, largement considérées comme les plus importantes en Égypte, avaient été gravement affaiblies par les restrictions gouvernementales doublées d’un sentiment omniprésent de peur et d’incertitude, a accusé HRW. Elles n’ont donc pas été en mesure de remplir leur rôle de surveillance sur les abus de pouvoir du gouvernement.

Plusieurs lois introduites depuis l’arrivée de al-Sissi au pouvoir en 2014 « restreignent arbitrairement les subventions et les dons étrangers et nationaux », a déclaré HRW.

« Ils sont tellement paralysés par la possibilité de ce qui pourrait arriver, qu’ils ne font rien », a déclaré un militant du Caire.

« Depuis 2014, le gouvernement a de plus en plus poursuivi des dizaines d’organisations indépendantes de défense des droits humains et de la société civile, dont certaines font du travail environnemental, pour avoir reçu des fonds étrangers, et a imposé des interdictions de voyager et des gels d’actifs à des militants de premier plan. Ces poursuites ont eu un effet dissuasif sur ces groupes », a déclaré HRW.

Dans le même temps, certaines personnes ont décrit une récente augmentation de tolérance officielle pour les activités environnementales qui sont facilement conciliables avec les priorités du gouvernement et qui ne sont pas perçues comme critiques à son égard.

Ce parc central en cours de construction, fait partie d’un parc public prévu de 34 km de long, dans la nouvelle capitale administrative, à 45 km à l’est du Caire, en Égypte, le 18 octobre 2017. (Crédit : AP/Nariman El-Mofty/Dossier)

Ils ont cité le fait de ne pouvoir réellement travailler que dans des domaines techniques, tels que la collecte des ordures, le recyclage, les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire et la finance climatique.

Pearshouse a déclaré que « le monde a besoin de plus d’activisme en faveur du climat, pas moins ; il ne peut y avoir d’activisme aussi efficace lorsque le gouvernement traite les groupes civiques comme une menace et non comme un atout ».

« Les États membres de la Convention-cadre des Nations unies et le Secrétariat devraient faire pression sur le gouvernement égyptien pour que les groupes environnementaux se sentent en sécurité pour s’engager dans la COP et au-delà. »

Le gouvernement égyptien n’a pas répondu aux questions de HRW.

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