Il y a vingt ans, le calvaire d’Ilan Halimi commençait
Ce visage doux tristement célèbre sur cette photo de coucher de soleil en été nous rappelle les trop nombreux assassinats de Français parce que Juifs. Des assassinats trop souvent en lien avec l'importation du conflit israélo-palestinien en France

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Jour pour jour et à quelques heures près. Un calvaire qui n’a pas dit son dernier mot.
C’était un vendredi soir, après le dîner de Shabbat, et en dépit des réticences de sa mère, Ruth, Ilan, 23 ans et toute la vie devant lui, décide de retrouver une femme qui lui avait demandé, plus tôt dans la semaine, son numéro alors qu’il travaillait dans un magasin de téléphonie situé sur le boulevard Voltaire, dans le XIe arrondissement à Paris.
Il se fera piéger, parce que juif, « parce qu’ils sont bourrés de thunes », dira Youssouf Fofana, le chef du « Gang des barbares », condamné depuis à la perpétuité et qui n’exprimera jamais le moindre regret – au contraire. L’avocat Francis Szpiner qui avait représenté la famille Halimi s’est récemment insurgé du fait « qu’à part Youssouf Fofana, tous les autres protagonistes [sont libres], ou sur le point de l’être, » – à l’instar de Sorour Arbabzade, dite « Emma », la femme qui avait servi d’appât pour séduire Ilan et qui était même parvenue à obtenir les faveurs de Florent Goncalves, le directeur de la prison de Versailles où elle a été détenue.
Né dans une famille juive modeste d’origine marocaine, le jeune vendeur de téléphones sera séquestré puis torturé à mort dans un appartement situé à Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, pendant 24 jours.
Il sera retrouvé nu, menotté et agonisant, avec des traces de tortures et de brûlures sur 80 % du corps, au bord d’une voie ferrée du RER C près de la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois dans l’Essonne, le 13 février 2006. Il succombera à ses blessures lors de son transfert à l’hôpital, sans jamais parvenir à s’exprimer.
Enterré une première fois à Pantin, sa mère fera exhumer sa tombe pour qu’il soit enterré au cimetière Har Hamenuhot [« mont des Répits » en hébreu], à Jérusalem, afin que « les assassins de mon fils ne puissent jamais venir cracher sur sa tombe ». « Je crois que c’est certainement la meilleure décision qu’on ait prise », a récemment affirmé la sœur d’Ilan, Anne-Laure, qui déplore qu’aucune leçon n’ait été tirée depuis l’assassinat de son frère et songe de plus en plus à s’installer en Israël pour pouvoir « vivre normalement ».
En effet, pas plus tard que le 12 janvier dernier, à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, une plaque érigée en hommage à Ilan, victime de l’antisémitisme, a été tordue.
Quelques jours seulement auparavant, « les services de la Ville de Saint-Genis-Laval [près de Lyon] ont constaté avec effroi ce matin que l’olivier planté le 3 septembre 2025 dans le parc de la Villa Chapuis, en mémoire d’Ilan Halimi, avait été en partie scié dans la nuit de samedi à dimanche ».
Fin octobre, le parquet de Bobigny a fait appel du jugement prononcé contre deux frères jumeaux tunisiens de 19 ans dans l’affaire de l’abattage d’un arbre planté en mémoire d’Ilan à Epinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis, contestant ainsi le fait que le tribunal n’ait pas reconnu le caractère antisémite de leur acte. Aussi, leur ADN avait également été prélevé sur des morceaux de pastèque retrouvés autour du tronc d’arbre coupé – un fruit utilisé par les pro-Palestiniens, surtout depuis le pogrom du 7-Octobre mené en Israël, en référence aux couleurs du drapeau palestinien.
Qu’il s’agisse d’une plaque commémorative, d’un arbre planté en sa mémoire car son prénom veut dire « arbre » en hébreu, ou de la haine du polémiste Dieudonné instillée dans son spectacle « La Bête immonde », le souvenir d’Ilan Halimi n’aura jamais été épargné.
Pour tenter d’alerter sur les conséquences de cette tragédie, plusieurs films ont vu le jour, dont celui de Richard Berry « Tout, tout de suite » en 2016, ou celui d’Alexandre Arcady en 2014 et pour lequel il dira avoir eu beaucoup de mal à réunir les fonds nécessaires pour réaliser « 24 jours : la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », inspiré du livre éponyme d’Émilie Frèche co-écrit avec Ruth Halimi.
« C’était difficile à produire car le système de la justice française et les gens ne voulaient pas le voir comme un crime antisémite, » avait précisé le cinéaste à succès. Il a en effet fallu beaucoup de temps avant qu’un tribunal français ne reconnaisse le caractère antisémite comme une circonstance aggravante dans l’assassinat d’Ilan Halimi…
Arcady avait décidé de faire le film en raison notamment de cette phrase prononcée par Ruth Halimi : « Je veux que la mort de mon fils sonne l’alarme ».
Mais les spectateurs ne seront pas au rendez-vous. « Votre film est un miroir dans lequel les Français ne veulent pas regarder, » lance Manuel Valls, alors Premier ministre, au réalisateur du « Grand pardon ».
Alors on crée des prix pour sauver ce drame de l’oubli et lutter contre l’antisémitisme qui ne cesse d’augmenter.
Créé en 2014 dans l’Essonne par Jérôme Guedj, alors président du conseil départemental, le prix Ilan Halimi est devenu un prix national sur décision du Premier ministre Edouard Philippe en mars 2018.
« Ce prix, doté de 10 000 euros, viendra, chaque année le 13 février récompenser toute initiative, conduite en Essonne ou ailleurs dans le pays, visant à déconstruire les stéréotypes antisémites : travail de recherche universitaire, initiative culturelle, projet associatif, scolaire ou périscolaire, » avait alors expliqué Jérôme Guedj au moment de sa création.
En octobre 2018, la ministre de la Culture Françoise Nyssen déclarait que ce prix « viendra récompenser des projets portés par des jeunes de moins de 25 ans pour lutter contre les stéréotypes racistes et antisémites ».
« A la mémoire d’Ilan Halimi s’est ajoutée, depuis, celle de dix autres de nos concitoyens, assassinés sur le sol français parce qu’ils étaient juifs », avait rappelé Mme Nyssen, citant les noms de Myriam Monsonego, Arieh, Gabriel et Jonathan Sandler, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada, Sarah Halimi et Mireille Knoll.
Onze autres, plus précisément si l’on inclut Sébastien Selam, alias « DJ LamC », 23 ans, tué le 19 novembre 2003. Même si son assassin, son meilleur ami et voisin, avait crié « J’ai tué un Juif, j’irai au paradis », la circonstance aggravante de l’antisémitisme – tout juste créée en 2003 en France -, n’avait pas été retenue. La chambre de l’instruction de la cour d’appel avait jugé en 2010 Adel Amastaibou, irresponsable pénalement, écartant toute perspective d’un procès pour la famille du jeune disc-jockey qui repose depuis 2022 à Netanya.
Myriam Monsonego a été assassinée le 19 mars 2012 par le terroriste islamiste Mohamed Merah d’une balle dans la tête tirée à bout portant, à l’école Ozar Hatorah de Toulouse. Elle avait 8 ans.
Gabriel, 3 ans, Arieh, 6 ans et leur père Jonathan Sandler, 30 ans, ont aussi été assassinés le 19 mars 2012 par le terroriste islamiste Mohamed Merah à l’école Ozar Hatorah de Toulouse.
Mohamed Merah avait dit vouloir « venger la mort d’enfants palestiniens ».
Quant à Yoav Hattab, 20 ans, Yohan Cohen, 20 ans, Philippe Braham, 45 ans, et François-Michel Saada, 64 ans, ils ont été assassinés lors de l’attentat terroriste perpétré par le terroriste islamiste Amedy Coulibaly à l’Hyper Cacher de Vincennes le 9 janvier 2015.
Sarah Halimi, née Lucie Attal et âgée de 65 ans, a été pour sa part rouée de coups et jetée par-dessus le balcon du troisième étage de son immeuble du XIe arrondissement de Paris aux cris d’insultes, de versets du Coran et de « Allah Akbar » par son voisin musulman Kobili Traoré, le 4 avril 2017. Il n’y a pas eu de procès car il aurait été, selon plusieurs experts interrogés, en proie à une « bouffée délirante » en raison de sa consommation de cannabis…
Mais le 26 février dernier, le journal Le Canard enchaîné révèle de nouveaux éléments susceptibles de relancer l’affaire. Depuis son appartement, situé en face de celui de la sexagénaire, un riverain assiste à la scène. Il enregistre l’agression avec son téléphone portable. Un document dans lequel on peut entendre l’agresseur hurler à une voisine essayant d’intervenir : « Ta gueule, je vais tout faire à cette sale juive ! ». Après avoir défenestré Sarah Halimi, ce dernier hurle : « Les Palestiniens t’enculent ! »
Mireille Knoll, 85 ans, très affaiblie par la maladie de Parkinson et qui avait réussi à échapper à la rafle du Vel d’Hiv, a elle été retrouvée morte en mars 2018 dans son modeste appartement d’un HLM du XIe arrondissement de Paris, après avoir été brûlée et lardée de onze coups de couteaux par Yacine Mihoub, son voisin qui la connaissait depuis l’enfance et qui avait agi pour lui voler de l’argent aux côtés d’Alex Carrimbacus, rencontré en prison.
Mireille Knoll repose dans le carré juif du cimetière de Bagneux, la ville des supplices d’Ilan Halimi, qui lui repose aux côtés de Myriam Monsonego, Arié, Gabriel et Jonathan Sandler, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada, et de Sarah Halimi à Jérusalem.
Alexandre Arcady a alors fait un court documentaire intitulé « Sarah et les autres ».
Mais ce n’est pas tout. Du 2 au 6 février prochain, le procès de Rachid Kheniche, l’assassin présumé de René Hadjadj, Juif de 89 ans d’origine algérienne et dont le corps sans vie a été découvert à l’aplomb de son immeuble du 9e arrondissement de Lyon le 17 mai 2022, aura lieu devant la Cour d’assises du Rhône.
L’homme de 55 ans est accusé, après une dispute, d’avoir étranglé sa victime, qu’il côtoyait régulièrement, soulevé, traîné jusqu’au balcon, arraché à la manivelle à laquelle il se cramponnait, puis jeté dans le vide.
En garde à vue, puis devant la juge d’instruction, Rachid Kheniche affirme qu’il avait entendu une voix lui enjoindre « de le jeter dans les abîmes ». Il sera jugé pour « meurtre commis en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion ». L’enquête a été élargie à la piste antisémite.
Et ce mardi, Caroline Yadan, députée apparentée Ensemble pour la République, va aussi tenter de « sonner l’alarme » en défendant une proposition de loi destinée à lutter contre les formes (ô combien) renouvelées de l’antisémitisme en France. Une proposition critiquée sans surprise par l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et qui appelle à un rassemblement près de l’Assemblée nationale.
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