Israël en guerre - Jour 199

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Israël a inspecté l’aide avant le départ du 1e navire de Chypre ; une ONG la distribuera

L'augmentation de l'aide aux Gazaouis étant cruciale, Tsahal s'assurera qu'il n'y a pas d'attaques ou de pillages sur le nouveau corridor construit pour la réception des denrées

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un navire, à gauche, appartenant au groupe d'aide Open Arms quittant Larnaca, à Chypre, à destination de Gaza avec 200 tonnes de riz et de farine, le 12 mars 2024. (Crédit : Petros Karadjias/AP Photo)
Un navire, à gauche, appartenant au groupe d'aide Open Arms quittant Larnaca, à Chypre, à destination de Gaza avec 200 tonnes de riz et de farine, le 12 mars 2024. (Crédit : Petros Karadjias/AP Photo)

Un premier bateau espagnol empruntant un couloir maritime entre Chypre et la bande de Gaza pour livrer de l’aide humanitaire est parti mardi vers le territoire palestinien au bord de la famine, a indiqué à l’AFP l’ONG propriétaire de cette embarcation, qui devrait être suivie par une autre.

Le bateau éponyme de l’ONG espagnole Open Arms est parti du port chypriote de Larnaca vers 06H50 GMT, a déclaré Laura Lanuza, porte-parole de cette organisation qui intervient habituellement en Méditerranée centrale pour secourir des migrants.

Il transporte environ 200 tonnes de vivres (riz, farine, conserves…) qui doivent être distribuées à Gaza par l’organisation du chef hispano-américain José Andrés, World Central Kitchen (WCK).

Israël travaille depuis trois mois à l’acheminement de l’aide à Gaza par bateau depuis Chypre, a déclaré un haut fonctionnaire israélien au Times of Israel lundi soir, quelques heures avant qu’un navire inaugurant la voie maritime ne prenne la mer depuis Larnaca.

Le fonctionnaire a déclaré qu’Israël avait compris très tôt qu’il avait besoin d’une légitimité internationale pour poursuivre la campagne contre le Hamas, et que « la légitimité internationale est principalement une question humanitaire ».

Gaza est confrontée à une crise humanitaire croissante depuis que la guerre a éclaté avec l’assaut du groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre, qui a vu des milliers de terroristes faire irruption en Israël, tuant 1 200 personnes et en enlevant 253 autres, pour la plupart des civils, dans le cadre d’actes horribles de brutalité et d’agression sexuelle.

Des paquets d’aide à gauche, sur une plate-forme près du navire amarré appartenant au groupe d’aide Open Arms, au centre, alors qu’il se prépare à transporter quelque 200 tonnes de riz et de farine directement vers Gaza, dans le port de Larnaca, à Chypre, le 11 mars 2024. (Crédit : Petros Karadjias/AP Photo)

La situation humanitaire à Gaza a fait l’objet de critiques internationales sur l’effort de guerre d’Israël, y compris de la part de la Maison Blanche. Selon des responsables américains anonymes ayant parlé à Politico, le président américain Joe Biden a envisagé de poser des conditions à l’aide militaire à Israël si celui-ci lance une vaste incursion terrestre dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, où plus d’un million de Palestiniens déplacés à l’intérieur de leur propre pays sont hébergés.

Les routes maritimes constituaient une option intéressante pour Israël, car elles permettaient d’acheminer l’aide à Gaza sans nécessiter de traversée terrestre depuis Israël, ce qui contribuait à rompre les liens avec la bande de Gaza, a déclaré le fonctionnaire.

« Il y avait une condition : que tout soit inspecté, supervisé, que nous le contrôlions », a-t-il ajouté. « Nous pouvons ainsi dire, sur le plan de la sécurité, que toutes sortes de choses dont nous ne voulons pas n’entrent pas. »

Un Palestinien transportant des sacs d’aide humanitaire au centre de distribution de l’UNRWA à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2024. (Crédit : AFP)

Le président chypriote Nikos Christodoulides a proposé il y a plusieurs mois d’utiliser le port de son pays à Larnaca comme voie maritime pour l’acheminement de l’aide à Gaza, un trajet de près de 390 kilomètres.

Chypre a invité les autorités israéliennes, américaines et d’autres pays européens à se joindre aux agents chypriotes pour contrôler toutes les cargaisons afin que le groupe terroriste palestinien du Hamas ne puisse pas les utiliser contre Israël. L’offre a suscité un vif intérêt de la part des Américains, des Européens et d’autres pays, et une planification étendue a suivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche), le ministre de la Défense Yoav Gallant (à droite) et le chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi, à la base militaire « Bahad 1 » dans le sud d’Israël, le 7 mars 2024. (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Des représentants du ministère des Affaires étrangères et du COGAT (Coordinateur des activités gouvernementales dans les Territoires palestiniens) se sont rendus à Larnaca pour examiner le port et déterminer avec Chypre les modalités exactes de sécurisation des cargaisons.

« Nous étions en contact avec plusieurs pays qui voulaient le faire, dans notre voisinage, les États-Unis et les États du Golfe », a déclaré le fonctionnaire.

La cargaison a été examinée par l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet et les douaniers israéliens à Larnaca, avant d’embarquer pour Gaza. Pour l’instant, les navires accosteront à un quai temporaire construit au sud de la ville de Gaza par WCK.

WCK déchargera la cargaison, la placera dans des installations de stockage temporaires qu’il est en train de construire, puis l’enverra aux civils de Gaza.

« L’aide fournie par WCK a mis le cap sur Gaza dans le bateau d’Open Arms », a confirmé WCK dans un message publié sur X, en indiquant « oeuvrer pour envoyer autant de bateaux que possible ».

World Central Kitchen a déjà des équipes à Gaza depuis le début de la guerre et s’est chargé de construire une jetée pour pouvoir décharger la cargaison une fois le bateau arrivé. La localisation de cette jetée n’a pas été précisée pour des raisons de sécurité.

L’armée israélienne placera des troupes à distance des installations de WKC afin de s’assurer qu’il n’y a pas d’attaques contre les travailleurs humanitaires ou de pillage des marchandises.

Les convois d’aide se rendront d’abord dans le nord de la bande de Gaza pour s’assurer que le mécanisme fonctionne, puis se dirigeront également vers le sud au fur et à mesure que l’opération se déroulera plus harmonieusement.

« Notre objectif est d’établir une voie maritime de bateaux et de barges remplis de millions de repas qui se dirigeront en continu vers Gaza », ont déclaré dans un communiqué le fondateur de la WCK et le célèbre chef cuisinier José Andrés, ainsi que la directrice générale Erin Gore.

La majeure partie de l’aide arrive actuellement dans le sud de Gaza par les points de passage terrestres de Kerem Shalom et de Rafah, en Égypte, mais le responsable a déclaré que l’utilisation de ces postes-frontières serait restreinte une fois que les combats commenceraient à Rafah. Cela signifie qu’Israël devra ouvrir des points de passage directement dans le nord de la bande de Gaza.

Des troupes de l’armée israélienne opérant à Gaza, sur une image publiée le 7 mars 2024. (Crédit : Armée israélienne)

En l’absence d’infrastructures portuaires, WCK construit une petite jetée d’atterrissage à Gaza avec des matériaux provenant de bâtiments détruits et de décombres. L’organisation a indiqué qu’elle disposait de 500 tonnes d’aide supplémentaires accumulées à Chypre qui seront également acheminées.

Le célèbre chef espagnol Jose Andres, fondateur de WCK, a indiqué sur X, après le départ de l’Open Arms, que le port provisoire était toujours en cours de construction.

« Nous pouvons échouer, mais le plus grand échec sera de ne pas avoir essayé », a-t-il écrit, accompagné d’une photo prise de nuit montrant des habitants de Gaza en train de construire l’embarcadère à l’aide de véhicules de chantier.

WCK, une organisation mondiale créée par Andrés après le tremblement de terre dévastateur de 2010 en Haïti, s’est également associée à des restaurants israéliens et à des sociétés de restauration pour livrer des milliers de repas aux civils et aux soldats israéliens, notamment à Sderot, à Beer Sheva et sur le plateau du Golan.

L’armée israélienne n’organise pas ses propres convois, a souligné le fonctionnaire, car elle doit mettre ses troupes au service des missions de combat.

« Nous voulons faire le maximum possible, avec un minimum d’effectifs, pour permettre une aide humanitaire maximale », a expliqué le responsable.

Il a ajouté qu’Israël n’imposerait aucune limite à la quantité de nourriture, de médicaments et d’eau acheminée.

Israël est convaincu qu’une fois que la voie maritime fonctionnera correctement, les risques d’une mêlée autour des cargaisons, comme l’incident meurtrier du mois dernier, diminueront considérablement.

« Plus la population verra qu’il y a un système, un mécanisme, plus elle comprendra. Les gens ne pilleront pas et ne se battront pas pour l’aide », a souligné le responsable.

Quant à la jetée construite par les États-Unis, annoncée par Joe Biden lors de son discours sur l’état de l’Union la semaine dernière, les détails sont encore en cours d’élaboration, a déclaré le fonctionnaire.

Le personnel militaire se préparant à charger de l’aide humanitaire dans des avions C-130 de l’armée de l’air américaine dans un lieu non divulgué, dans le cadre d’une opération conjointe des États-Unis et de la Jordanie, le 5 mars 2024. (Crédit : US Central Command/AFP)

« Un groupe Tsahal/CENTCOM étudie les modalités exactes de son fonctionnement », a précisé le responsable.

Le CENTCOM (Commandement central des États-Unis) a déclaré qu’un navire avait été envoyé dans la région avec du matériel de construction. Les responsables américains ont déclaré qu’il faudrait probablement des semaines avant que l’embarcadère ne soit opérationnel. La construction devrait coûter des dizaines de millions de dollars et prendre jusqu’à 60 jours, selon le New York Times.

Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a exprimé son soutien au plan dimanche, affirmant que l’initiative contribuerait à accélérer l’objectif d’Israël de renverser le groupe terroriste palestinien du Hamas.

« Le processus est conçu pour apporter de l’aide directement aux habitants et poursuivre ainsi l’effondrement du pouvoir du Hamas à Gaza », a déclaré Gallant alors qu’il visitait la côte de Gaza à bord d’un patrouilleur de la marine de classe Dvora.

« Le temps presse »

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a vu dans cette opération « un signe d’espoir ». « Nous allons travailler dur pour que beaucoup d’autres bateaux suivent », a-t-elle affirmé sur le réseau social X.

Chypre a annoncé préparer un deuxième cargo, « bien plus grand », avant d’envisager « un processus plus systématique avec des volumes plus importants », a déclaré son chef de la diplomatie, Constantinos Kombos.

« Si tout se déroule comme prévu […], nous avons déjà mis en place le mécanisme pour un deuxième cargo, bien plus grand, et ensuite nous oeuvrerons à en faire un processus plus systématique avec des volumes plus importants », a-t-il indiqué plus tard lors d’une conférence de presse à Beyrouth où il a rencontré son homologue libanais.

Ces derniers jours, plusieurs pays ont largué par voie aérienne des cargaisons d’aide sur la bande de Gaza.

Un navire militaire américain a également quitté samedi les Etats-Unis avec le matériel nécessaire à la construction d’une jetée.

Mais l’ONU, tout en saluant le départ d’un premier bateau, a répété mardi que l’envoi d’aide par mer et les parachutages ne pouvaient se substituer à la voie terrestre. « Nous avons besoin d’un accès terrestre et de livraisons sécurisées et régulières », a déclaré le porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), Jens Laerke.

« Le temps presse » pour éviter la famine dans le nord de Gaza, a averti la directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, Cindy McCain.

Les responsables de l’ONU et de diverses organisations humanitaires affirment que la nourriture et l’aide humanitaire ont été lentes à entrer dans la bande de Gaza et à être distribuées, en particulier dans le nord de la bande de Gaza, entravées par les inspections israéliennes, l’emplacement des points de passage dans le sud de la bande et les habitants désespérés de Gaza, ainsi que les pillards, qui nettoient les camions avant qu’ils ne puissent atteindre la partie nord de l’enclave.

Face aux menaces de famine, les États-Unis, la Jordanie et d’autres pays ont intensifié leurs efforts pour acheminer l’aide par voie aérienne et maintenant maritime. Mais l’envoi d’aide par mer et les parachutages par plusieurs pays, devenus quotidiens ces derniers jours, ne peuvent se substituer à la voie terrestre, martèle l’ONU.

L’AFP a contribué à cet article.

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