Israël demande l’interdiction de la pièce sur Mohamed Merah
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Israël demande l’interdiction de la pièce sur Mohamed Merah

A l'instar des proches des victimes dont Latifa Ibn Ziaten, Miri Regev enjoint son homologue française "d'empêcher que cette pièce ne soit montrée dans la sphère publique"

La députée du Likud, Miri Regev, lors d'une conférence politique à l'université de Tel-Aviv, le 18 janvier 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / FLASH 90)
La députée du Likud, Miri Regev, lors d'une conférence politique à l'université de Tel-Aviv, le 18 janvier 2015 (Crédit : Tomer Neuberg / FLASH 90)

La ministre israélienne de la Culture Miri Regev a écrit à son homologue française Françoise Nyssen pour lui demander d’interdire une pièce de théâtre controversée, sur les dernières heures du jihadiste toulousain Mohamed Merah.

La pièce intitulée « Moi, la mort je l’aime comme vous aimez la vie », écrite par l’auteur algérien Mohamed Kacimi, retrace les dernières heures de Mohamed Merah et a été écrite à partir du verbatim des derniers échanges entre les policiers et le tueur retranché dans son appartement, avant qu’il ne soit abattu par le Raid le 22 mars 2012.

Les 11 et 15 mars 2012, Mohamed Merah, 23 ans, a tué trois militaires par balle dans la rue, Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, à Toulouse et Montauban, puis, le 19 mars, trois enfants Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et un enseignant Jonathan Sandler dans un établissement scolaire juif de Toulouse.

Les victimes juives de Merah ont toutes été enterrées à Jérusalem.

The sister of 8-year-old Miriam Monsonego cries at the Jerusalem funeral of Miriam and the three other Toulouse Jewish school shooting victims. (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
La soeur de Miriam Monsonego, 8 ans, pleurant aux funérailles de Miriam et des trois autres victimes à Jérusalem (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Présentée dans la programmation off du festival d’Avignon, la pièce a suscité de vives réactions d’associations et de proches des victimes ainsi qu’une plainte pour apologie du terrorisme et antisémitisme contre son auteur algérien Mohamed Kacimi et son metteur en scène, Yohan Manca.

Déposée dans un premier temps au TGI de Paris par les avocats de proches des victimes de Merah, la plainte a ensuite été transmise au parquet d’Avignon, a précisé à l’AFP le procureur de la République d’Avignon Philippe Guémas.

« Mohamed Merah avant d’être un monstre était un être humain, un jeune homme de 20 ans qui regardait les Simpson et mangeait des pizzas », expliquait le metteur en scène Yohan Manca sur le site du théâtre de la Manufacture à Avignon, au sujet de cette pièce qui avait déjà été jouée au théâtre de la Loge à Paris du 11 au 13 novembre 2015.

Mohammed Merah, seen in a home video. (photo credit: France 2)
Mohammed Merah. (Crédit : capture d’écran France 2)

« Porter à la scène un assassin, un terroriste, lui redonner la parole est quelque chose de délicat », y explique-t-il aussi.

« Nous qui avons la responsabilité de porter la voix de ceux qui ont péri à Toulouse et Montauban et celle de leurs familles, nous considérons qu’une telle entreprise de réhabilitation dans le contexte que nous traversons sous couvert d’alibi culturel est une honte et un déshonneur. Nous vous demandons d’y renoncer », avaient écrit Me Patrick Klugman, Ariel Goldman, Elie Korchia et Jacques Gauthier-Gaujoux, avocats des proches des victimes.

Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) « reçoit un très grand nombre de protestations émanant de citoyens scandalisés et indignés », avait par ailleurs écrit le BNVCA dans un communiqué distinct, demandant la déprogrammation de la pièce.

Dans la lettre, datée du 18 juillet, Me Regev, membre du Likud de droite, connue pour ses nombreuses querelles avec le monde artistique israélien qui est traditionnellement de gauche, enjoint Me Nyssen « d’empêcher que cette pièce ne soit montrée dans la sphère publique ».

« Cette pièce doit être interdite et ne devrait être montrée sur aucune scène », a écrit Me Regev, dans la lettre, en anglais, dont l’AFP s’est procurée une copie.

« Il est grand temps que nous, les ministres d’Etat démocratiques, joignions nos forces afin d’arrêter cela, plutôt que de soutenir le terrorisme et des formes terroristes de propagande, déguisés en exercices de liberté d’expression », poursuit-elle.

« La France a été l’objet, comme de nombreux autres pays, malheureusement, d’attaques terroristes terribles et brutales. Vous devriez donc faire de votre mieux pour arrêter les spectacles et pièces de théâtre susceptibles d’encourager les sentiments de pardon et de sympathie envers les terroristes », conclue-t-elle.

Des avocats de proches de victimes de Mohamed Merah avaient demandé au metteur en scène et à l’auteur du texte l’annulation de la dernière représentation de la pièce, qui s’est finalement déroulée sans incident à Avignon le 11 juillet.

Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, un des militaires tués par Merah avait dit à l’AFP ne pas avoir apprécié la pièce : « Montrer ça […] ça peut tenter ces jeunes, ça peut montrer que c’est un héros aujourd’hui, j’ai pas trouvé ça intelligent. Je suis pour la liberté de musique, de théâtre, la liberté, mais pas de cette manière-là », avait-elle dit.

Latifa Ibn Ziaten, au centre, présidente de l'association IMAD et mère d'Imad Ibn Ziaten, soldat français assassiné par Mohamed Merah en 2012, pendant la cérémonie d'hommage à son fils, au Maroc, à M'diq, le 11 mars 2017. (Crédit : Fadel Senna/AFP)
Latifa Ibn Ziaten, au centre, présidente de l’association IMAD et mère d’Imad Ibn Ziaten, soldat français assassiné par Mohamed Merah en 2012, pendant la cérémonie d’hommage à son fils, au Maroc, à M’diq, le 11 mars 2017. (Crédit : Fadel Senna/AFP)
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