Israël développe un vaccin à ARNm contre une bactérie résistante aux antibiotiques
Selon les chercheurs de l'université de Tel Aviv et de l'IIBR, leur vaccin est administré via des nanoparticules lipidiques et offre une protection à 100 % chez les sujets animaux

Dans le cadre d’une avancée scientifique majeure, des chercheurs de l’université de Tel Aviv et de l’Institut israélien de recherche biologique (IIBR) de Ness Ziona ont mis au point le premier vaccin à ARN messager (ARNm) au monde contre une bactérie mortelle résistante aux antibiotiques.
Ce vaccin contre la peste pneumonique est administré via des nanoparticules lipidiques, à l’instar des vaccins contre le COVID-19, et a démontré un taux de protection de 100 % chez les animaux de laboratoire.
Cette étude révolutionnaire, qui a fait la couverture de la prestigieuse revue Advanced Science, a été menée par le professeur Dan Peer, directeur du laboratoire de nanomédecine de précision, et son équipe de chercheurs, dont le Dr. Edo Kon, la Dr. Inbal Hazan-HaLevy et la doctorante Shani Benarroch, en collaboration avec des scientifiques de l’IIBR.
Cette innovation pourrait permettre de lutter contre les menaces bioterroristes. Elle pourrait également servir à prévenir les infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques, qui tuent chaque année des milliers de personnes en Israël et des millions dans le monde.
« Chaque année en Israël, environ 5 000 personnes meurent à l’hôpital des suites d’infections bactériennes [nosocomiales] », a déclaré Peer au Times of Israel lors d’un entretien téléphonique.
« Imaginez que nous puissions créer un vaccin contre trois ou quatre bactéries différentes et que, au moment de l’hospitalisation, vous soyez vacciné contre ces souches courantes. Cela réduirait le nombre de personnes qui meurent d’infections. »
Comment fonctionnent les virus et les bactéries ?
Si les virus et les bactéries sont tous deux des agents pathogènes, ils se comportent toutefois différemment.
Les virus ne peuvent ni survivre ni se reproduire seuls. Ils infectent une cellule vivante et la détournent en lui envoyant de l’ARNm, qui contient les instructions génétiques nécessaires à la production de protéines virales.
En revanche, les bactéries peuvent se reproduire seules et fabriquer leurs propres protéines. C’est la raison pour laquelle les stratégies vaccinales à ARNm utilisées contre les virus ne sont pas efficaces contre les bactéries.
En 2023, des chercheurs de l’université de Tel Aviv et de l’IIBR ont mis au point un vaccin contre une forme de peste transmise par la peau, via des piqûres de puces. Ils avaient choisi Yersinia pestis, une bactérie mortelle responsable de la peste bubonique, également appelée « peste noire », qui a tué les deux tiers de la population européenne au Moyen Âge.
Travailler pour protéger les populations contre les épidémies
Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont choisi de se pencher sur la peste pneumonique, une forme beaucoup plus virulente de la maladie qui se transmet par voie aérienne et provoque des maladies respiratoires, ce qui rend la mise au point d’un vaccin particulièrement difficile.
La peste pneumonique continue de faire des ravages dans des régions comme Madagascar.
« Les maladies transmissibles par voie aérienne sont toujours plus difficiles à traiter que celles causées par des piqûres », a-t-il expliqué.
« Elle est très agressive. Si elle n’est pas traitée immédiatement avec des antibiotiques, les chances de survie sont nulles. »
Pour relever ce défi de taille, l’équipe a créé un vaccin à ARNm bivalent contenant les instructions pour produire deux protéines bactériennes différentes, ou antigènes, qui déclenchent une réponse immunitaire dans l’organisme.
« Nous avons appris qu’il ne suffit pas d’utiliser un seul antigène, mais deux », a expliqué Peer.
« Pour contourner cette bactérie et la neutraliser, il faut deux antigènes et deux doses. Nous avons optimisé ce processus, et maintenant, ça fonctionne bien. »
« Nous l’avons testé sur plusieurs souches animales et nous avons constaté qu’après deux doses, nous obtenions une protection de 100 % », a déclaré Peer.
« Les animaux infectés par la peste pneumonique n’ont pas été malades du tout. »
Augmentation des épidémies et des infections résistantes aux antibiotiques
Les épidémies humaines ont augmenté dans le monde entier, en particulier en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis ont qualifié les infections résistantes aux antibiotiques de « menace urgente pour la santé publique mondiale ».
« Il existe des souches qui sont extrêmement résistantes aux antibiotiques », a déclaré Peer. Elles sont également classées comme agents bioterroristes potentiels par l’armée américaine et le Département de la Défense.
« On peut mettre n’importe quoi sur des missiles », a-t-il fait remarquer.
« Nous ne voulons pas y penser, mais c’est quelque chose qui, en théorie, peut certainement se produire. J’espère que personne ne l’utilisera, mais c’est comme une bombe atomique. Personne ne veut l’utiliser, mais tout le monde veut l’avoir. »
Peer a déclaré que la capacité à concevoir et à produire rapidement des vaccins à ARNm est l’un des éléments qui rend cette technologie si prometteuse.
« Comme nous l’avons vu avec le vaccin à ARNm [contre le COVID-19] », a-t-il ajouté.
« Les scientifiques peuvent le produire rapidement et vacciner les gens en très peu de temps. Telle est toute la beauté de l’ARNm. En ce sens, c’est beaucoup plus facile que n’importe quel vaccin classique. »
« Les pandémies, les virus, les bactéries et les parasites sont partout autour de nous », a déclaré Peer.
« Il y a toujours un risque de pandémie à grande échelle. Je pense que nous pouvons trouver une solution, un vaccin, très rapidement. En termes de survie, vous pouvez vraiment vous assurer que les gens vivront. »







