Israël et l’Iran rejoindront la zone de libre-échange dirigée par la Russie
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Israël et l’Iran rejoindront la zone de libre-échange dirigée par la Russie

Après deux cycles de négociations, Jérusalem est proche d'un accord avec l’Union économique eurasiatique ; séparément, Téhéran devrait signer l'accord "dans un futur proche"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président russe Vladimir Poutine à la résidence d'Etat Bocharov Ruchei de Sotchi, le 23 août 2017. (Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président russe Vladimir Poutine à la résidence d'Etat Bocharov Ruchei de Sotchi, le 23 août 2017. (Crédit : Alexey Nikolsky/Sputnik/AFP)

Israël s’apprête à signer un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasiatique (UEEA) dirigée par la Russie, d’après des responsables à Moscou et Jérusalem.

Parallèlement, l’Iran se trouve à un stade avancé de négociations pour créer une zone de libre-échange avec l’Union. Cependant, chaque pays devrait signer son propre accord de libre-échange, ce qui veut dire que Jérusalem ne pourrait pas commercer avec Téhéran ou d’autres pays signataire d’accords similaires.

« Les négociations avec l’UEEA ont été entamées à Moscou en avril 2018, après les conclusions positives d’une Étude commune de faisabilité exhaustive menée par les deux parties, » a fait savoir un porte-parole du ministère de l’Économie au Times of Israël lundi.

« L’accord couvrira plusieurs aspects du commerce de biens, tels que des règles sur l’origine des produits, la coopération des douanes, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires, l’e-commerce, le réglemente des conflits et autres. »

L’ambassadeur de Téhéran à Moscou Mehdi Sanaei a déclaré vendredi que le parlement iranien devrait ratifier l’accord dans « un futur proche », d’après l’agence de presse iranienne Mehr.

« Cet accord est très important pour l’Iran… car il donnera à notre pays accès à un grand marché et ouvrira également le marché iranien à la Russie et à des pays du nord, » a-t-il jugé.

Interrogé sur la signification éventuelle pour Israël de l’entrée de l’Iran dans la zone de libre-échange de l’UEEA, le porte-parole du ministère nous a renvoyés vers le cabinet du Premier ministre, qui n’avait pas encore répondu au moment de la publication de cet article.

« L’Etat d’Israël est en faveur d’un accroissement de la pression économique exercée sur l’Iran pour que le pays change de comportement, » a confié un officiel israélien au Times of Israël, s’exprimant sous couvert d’anonymat et refusant d’étayer ses propos.

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, avec le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, à Téhéran, le 23 novembre 2015. (Crédit : Alexei Druzhinin/Sputnik/AFP)

En plus d’Israël et de l’Iran, l’UEEA s’apprête à signer des accords similaires « dans un futur proche » avec Singapour, l’Inde et l’Égypte, aurait déclaré le vice-ministre de l’Industrie russe Sergey Tsyb, d’après Russia Today.

Sergey Tsyb a expliqué que les états membres de l’OMC recourent à plus de 7 5000 mesures non tarifaires, comme des quotas, des autorisations, des restrictions et des embargos, d’après le quotidien fondé par le Kremlin.

« Ainsi, d’après nous, il serait très productif si nous parvenons à conclure des accords concernant la zone de libre-échange, » a-t-il ajouté.

Lors de la première phase des négociations entre Jérusalem et l’Union eurasienne l’année dernière, les parties « se sont accordées sur la structure de l’accord, ont discuté de propositions pour l’accès mutuel aux marchés, la facilitation des échanges commerciaux, l’application de mesures sanitaires et phytosanitaires protectrices, ainsi que sur les moyens techniques de régulation, » a détaillé l’ambassadeur russe en Israël Anatoly Viktorov lors d’une interview la semaine dernière.

En octobre, au cours de la deuxième phase de ces négociations organisée dans l’État hébreu, les parties ont « eu une discussion substantielle sur les principales sections du projet d’accord, » a poursuivi l’ambassadeur, précisant que la troisième phase des pourparlers se déroulera fin février ou début mars dans l’un des pays membres de l’Union.

L’ambassadeur russe Anatoly Viktorov et son épouse accueillent le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara lors d’une réception marquant la Journée de la Russie dans la cour de Sergei, Jérusalem, le 14 juin 2018 (Amos Ben-Gershom/GPO).

« Il est prématuré d’évoquer comment un tel traité impactera la structure des échanges commerciaux russo-israéliens et quelle sera l’ampleur de ces changements, notamment parce qu’il n’est pas encore clair quand le document sera signé, » a indiqué le diplomate.

Israël est actuellement le 41e partenaire de la Russie en volume d’échanges, qui s’accroît continuellement d’année en année et s’élève à 2 milliards d’euros actuellement.

« Les champs prometteurs de cette coopération économique et commerciale comprennent des projets de création de pôles alimentaires en Russie à l’aide de technologies israéliennes, ainsi que le transfert en Israël de structures et véhicules industriels permettant pour transformer le gaz en carburant grâce à des technologies russe », a expliqué Anatoly Viktorov.

L’ambassadeur a également félicité Israël d’avoir fait fi « des fortes pressions extérieures » et refusé de se joindre aux États-Unis et d’autres pays dans l’imposition de sanctions économiques à la Russie. « Nous espérons que nos partenaires israéliens continueront de s’en tenir à cette ligne, » a-t-il ajouté.

L’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan font également partie des états membres de l’UEEA. L’Union rassemble 183 millions d’habitants et couvre une zone d’une superficie de 20 millions de kilomètres carrés.

« L’Union est là pour accroître de façon exhaustive la concurrence et la coopération entre les économies nationales, et pour promouvoir un développement stable afin d’améliorer le niveau de vie au sein des états membres, » peut-on lire sur son site Internet.

Établie en 2015, elle garantit « la libre circulation des biens, des services, des capitaux et de la force de travail et suit une politique commune, coordonnée et harmonisée » dans les espaces déterminés par son traité fondateur et des accords internationaux.

Les accords de libre-échange ont pour but d’accroître les échanges commerciaux entre les pays en réduisant ou en éliminant les obstacles au commerce tels que les droits de douane.

« Les exportateurs israéliens bénéficient actuellement d’un accès préférentiel aux marchés de 41 pays grâce à des accords de libre-échange signés et entrés en vigueur au cours des quarante dernières décennies, » a expliqué un porte-parole du ministère de l’Économie israélien.

L’État hébreu en a ainsi conclu avec les États-Unis, le Canada, la Turquie, le Mexique, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, entre autres.

Le président de l’Ukraine Petro Poroshenko, serre la main au Premier ministre Benjamin Netanyahu après la signature d’un accord de libre-échange dans le bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 21 janvier 2019 (Crédit : Jim Hollander/Pool via AP)

Plusieurs autres accords ont été signés récemment mais attendent encore d’être ratifiés avant d’entrer en vigueur, avec la Colombie et le Panama notamment.

Le mois dernier, Israël en a également conclu un avec l’Ukraine, en présence de son président Petro Poroshenko.

« Nous y travaillons depuis plusieurs années. La bureaucratie aurait pu nous y empêcher, mais nous en sommes venus à bout, » avait déclaré Benjamin Netanyahu lors de la cérémonie de signature à Jérusalem, précisant que le traite faisait 1 500 pages.

L’Administration du commerce extérieur du ministère de l’Économie, en coopération avec des officiels d’autres ministères, négocient actuellement des accords de libre-échange avec la Chine et le Vietnam.

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