Israël fête le vol d’Air India dans le ciel saoudien, El Al crie à l’injustice
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Israël fête le vol d’Air India dans le ciel saoudien, El Al crie à l’injustice

Un haut-responsable affirme que l'état offre aux concurrents étrangers un avantage qui pourrait causer des difficultés économiques au transporteur national israélien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le boeing 787 - vol AI139 du transporteur aérien national indien Air India, de New Delhi, fait ses manoeuvres sur le tarmac de l'aéroport Ben Gurion aux abords de Tel Aviv, le 22 mars 2018, après avoir emprunté pour la première fois l'espace aérien saoudien (Crédit : AFP PHOTO/JACK GUEZ)
Le boeing 787 - vol AI139 du transporteur aérien national indien Air India, de New Delhi, fait ses manoeuvres sur le tarmac de l'aéroport Ben Gurion aux abords de Tel Aviv, le 22 mars 2018, après avoir emprunté pour la première fois l'espace aérien saoudien (Crédit : AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Alors qu’Israël a fêté le tout premier vol traversant l’espace aérien saoudien en direction de l’aéroport Ben Gurion, les responsables d’El Al ont fustigé une « discrimination » et demandé que le gouvernement prenne en urgence des initiatives pour corriger une situation qui, selon eux, offre à une entreprise étrangère un avantage inéquitable sur le transporteur national.

« Notre gouvernement doit s’assurer de ce que la compétition est équitable. Si un transporteur aérien peut survoler un itinéraire donné alors l’autre doit pouvoir être en mesure de faire la même chose », a déclaré dimanche le vice-président pour les affaires industrielles et commerciales d’El Al, Michael Strassburger, au Times of Israel.

« Nous sommes dans une concurrence injuste et ce n’est pas quelque chose qui va pouvoir durer », a-t-il dit, ajoutant que ce nouveau statu-quo pourrait entraîner des dommages économiques pour El Al.

Jeudi, Air India a inauguré son nouvel itinéraire reliant Tel Aviv et New Delhi en grandes pompes. Le vol AI 139, qui a décollé d’Inde à 14 heures 30, a été le premier avion quittant ou à se diriger vers Israël en traversant les espaces aériens de l’Arabie saoudite et d’Oman, deux états arabes qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël.

Publicité en Inde pour le nouveau service d’Air India vers Israël, en mars 2018 (Crédit : Havas Media, via GPO)

« C’est une soirée historique. Les cieux israéliens se connectent aux cieux saoudiens à l’occasion d’un vol direct », a déclaré le ministre des Transports Israel Katz jeudi, quelques minutes après l’atterrissage du Boeing 747 d’Air India à l’aéroport Ben Gurion.

« Nous fêtons le renforcement des relations avec l’Inde et la première connexion civile avec l’Arabie saoudite et les états du Golfe », a-t-il continué.

Nous acceptons toutes les concurrences – tant qu’elles sont équitables

« Quand nous avons signé l’arrangement de l’ouverture des espaces aériens avec l’Union européenne [Accord ‘Ciel ouvert‘ en 2013], nous n’aurions pas seulement osé rêver d’espaces aériens ouverts au-dessus des pays arabes également. Et aujourd’hui, un vol historique d’Air India qui, pour la première fois depuis la fondation de l’Etat, est venu chez nous en empruntant un itinéraire traversant l’espace aérien saoudien a atterri en Israël », s’est-il réjoui.

Au cours de la réunion hebdomadaire du cabinet de dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié le vol d’Air India « d’historique ». Ce nouveau service, qui est significativement plus court – et donc moins onéreux – que tous les vols antérieurs reliant Israël à l’Inde, « est significatif aux niveaux économique, technologique, diplomatique et touristique – il possède une signification au degré le plus élevé », a-t-il commenté.

Strassburger, d’El Al, a convenu qu’ « une page de l’histoire s’est écrite jeudi », tout en ajoutant avec amertume que les vols israéliens doivent continuer à passer par l’Extrême-Orient lors de leur parcours, ce qui comprend un détour au-dessus de la mer Morte et de l’Océan indien au lieu de survoler l’Arabie saoudite et Oman.

Michael Strassburger, vice-président des affaires commerciales et industrielles à El Al (Crédit : Yonatan Blum)

« Nous avons beaucoup de respect pour ce qu’il s’est produit jeudi. L’idée des vols en provenance ou vers Israël passant au-dessus de l’Arabie saoudite est quelque chose que nous saluons », a-t-il souligné.

« Nous acceptons également toutes les concurrences – tant qu’elles sont équitables. Maintenant, la situation actuelle est quelque chose que nous condamnons. Parce qu’il s’agit d’une compétition, mais qu’elle n’est pas équitable et que nous ne sommes pas en mesure de concourir comme nous devrions pouvoir le faire ».

Jeudi, le ministre du Tourisme Yariv Levin a révélé que des transporteurs aériens des Philippines et de Singapour s’intéressaient à des vols vers et depuis Israël qui survoleraient l’Arabie saoudite.

El Al s’inquiète que de plus en plus de compagnies aériennes chercheront à obtenir l’autorisation de survoler des pays avec lesquels Israël n’entretient pas de relations. L’entreprise s’inquiète moins de l’Inde et de l’Arabie saoudite que du « principe de réciprocité et d’égalité », ont fait savoir plusieurs responsables d’El Al ces derniers jours.

« Nous ne cherchons pas des compensations. Nous ne cherchons pas des subventions. Nous cherchons une seule chose : Avoir l’autorisation de riposter », a dit Strassburger. « Actuellement, nous ne sommes pas en position de le faire ».

Quand l’information de la permission donnée à Air India de survoler l’espace aérien pour aller en Israël et en revenir a été rendue publique, El Al – qui assure des vols hebdomadaires reliant Tel Aviv à Mumbai – s’était rapproché de Netanyahu et de l’aviation civile pour bénéficier de privilèges similaires, en vain.

Au mois de février, le directeur-général d’El Al, Gonen Usishkin, avait écrit au chef de l’Association des transports aériens internationaux (IATA), Alexandre de Juniac, en lui demandant « d’intervenir et de représenter les intérêts de l’industrie de l’aviation en prônant l’égalité des droits en termes de survol pour tous les transporteurs au-dessus du Royaume d’Arabie Saoudite et de s’opposer à toute forme de discrimination ».

Je ne vois pas une autre situation où un gouvernement discrimine ou permet de discriminer son transporteur national

Les responsables de l’IATA avaient répondu en recommandant à El Al de soumettre le problème au gouvernement israélien.

Et en effet, Strassburger explique qu’il relève de la responsabilité du gouvernement de garantir qu’El Al ne subit pas de désavantages, quels qu’ils soient.

« Je ne vois pas une autre situation où un gouvernement discrimine ou permet de discriminer son transporteur national, ou de tout autre transporteur basé dans son pays », a-t-il noté.

Strassburger a rejeté l’argument selon lequel l’origine du problème serait Ryad et non Jérusalem, même s’il est possible d’estimer que l’Arabie saoudite aura permis à Air India de survoler son territoire vers Tel Aviv en geste d’amitié envers New Delhi plutôt qu’Israël. Accorder les mêmes droits aux avions israéliens pourrait toutefois représenter une démarche que le Royaume ne souhaite pas effectuer.

Dimanche, Netanyahu a déclaré que l’accord permettant à Air India de survoler l’Arabie saoudite était en cours « depuis plusieurs années » et qu’il avait compris des efforts livrés en coulisses par de hauts-responsables israéliens.

« Vous ne pouvez pas attendre de moi que je demande à survoler un pays avec lequel nous n’entretenons pas de liens diplomatiques », a dit Strassburger. « Nous devions donc nous tourner vers le gouvernement israélien et c’est très exactement ce que nous avons fait. Et le gouvernement israélien a pris une décision qui, en fin de compte, a mené à la discrimination d’El Al. »

C’est le gouvernement israélien qui décide du cadre régulatoire qui permet aux compagnies aériennes israéliennes de fonctionner, a-t-il poursuivi.

« Nous sommes une entreprise privée, bien sûr, mais la raison pour laquelle nous ne pouvons pas survoler l’Arabie saoudite est que notre gouvernement nous a dit de ne pas le faire. Ce n’est pas notre décision de faire ce détour. Nous n’avons pas d’autres choix, c’est la seule option que nous ayons », a-t-il dit.

Des avions d’El Al sur le tarmac de l’aéroport international Ben Gurion, en avril 2013. Illustration. (Crédit : Flash90)

Le bureau du Premier ministre n’a pas répondu à nos demandes de commentaires concernant les plaintes d’El Al.

Netanyahu a vivement fait l’éloge de l’accord avec Air India dans ses propos tenus devant le cabinet, dimanche. « L’économie israélienne se développera de deux façons – soit avec de nouveaux produits, ou avec de nouveaux marchés. Ce que nous faisons ici, c’est entrer dans de nouveaux marchés gigantesques et c’est un changement très important ».

Il a ajouté qu’il voulait établir des services directs de Tel Aviv à Mumbai, en faisant des vols de cinq heures. El Al propose actuellement trois à quatre vols hebdomadaires dans la ville. Ils durent huit heures.

El Al ne prévoit aujourd’hui aucun changement opérationnel, a souligné Strassburger, qui a précisé qu’il était trop tôt pour dire si le nouveau service d’Air India vers Delhi ouvrait une brèche dans les affaires d’El Al.

Permettre toutefois aux concurrents étrangers de soustraire deux heures de vols lors d’un voyage en Israël pourrait « nous amener à une situation très instable. Je ne peux pas vous dire tout de suite quelles en seront les implications mais cela va devenir très problématique pour nous ».

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