Israël ne serait pas à l’arrêt si les hôpitaux étaient mieux financés – Shoresh
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Israël ne serait pas à l’arrêt si les hôpitaux étaient mieux financés – Shoresh

Cette situation où le gouvernement impose des restrictions toujours plus sévères sur la vie publique pour enrayer le virus aurait pu être évitée, selon le responsable de Shoresh

La directrice du service des épidémies, le Dr Karina Glick, vérifie un moniteur des signes vitaux d'un patient dans un service, tout en portant des vêtements de protection, lors d'une présentation à la presse du service d'hospitalisation des futurs patients atteints de coronavirus à l'hôpital universitaire Samson Assuta Ashdod, le 16 mars 2020, dans la ville d'Ashdod, au sud d'Israël. (JACK GUEZ / AFP)/
La directrice du service des épidémies, le Dr Karina Glick, vérifie un moniteur des signes vitaux d'un patient dans un service, tout en portant des vêtements de protection, lors d'une présentation à la presse du service d'hospitalisation des futurs patients atteints de coronavirus à l'hôpital universitaire Samson Assuta Ashdod, le 16 mars 2020, dans la ville d'Ashdod, au sud d'Israël. (JACK GUEZ / AFP)/

Les écoles seraient toujours ouvertes et Israël ne serait pas en état de blocage partiel si les hôpitaux ne souffraient pas de sous-financement, affirme un analyste des politiques publiques.

Dan Ben-David a déclaré au Times of Israel que la décision du gouvernement d’imposer des restrictions d’urgence était « justifiée au vu des circonstances, mais nous n’aurions jamais dû en arriver là ».

Il a fait ses commentaires alors que le ministère de la Santé envisageait d’étendre encore les restrictions et de confiner les Israéliens dans leurs foyers. Lundi, le directeur général adjoint du ministère, Itamar Grotto, a fait savoir que « le gouvernement envisage un confinement général de tous les citoyens, et si cela se produit, cela signifierait que toutes les tranches d’âge seront appelées à rester chez elles jusqu’à nouvel ordre. »

Directeur de la Shoresh Institution for Socioeconomic Research et économiste au département de politique publique de l’université de Tel Aviv, Dan Ben-David soutient que le sous-investissement dans la santé a directement conduit à l’arrêt de nombreux aspects de la vie en Israël. « Le fait que les gouvernements israéliens aient laissé le système de santé du pays se détériorer constamment pendant des années ne lui a laissé aucun choix lorsque la pandémie a frappé », déplore-t-il.

Le Prof. Dan Ben-David. (Autorisation)

Il a expliqué : « Si les hôpitaux avaient plus de lits, plus d’infirmières, plus d’équipements respiratoires, plus de kits de tests – en fait, plus de latitude pour faire face aux urgences – alors nous aurions peut-être pu choisir des options moins extrêmes que le blocage d’un pays entier ».

Asher Shalmon, le directeur des relations internationales du ministère de la Santé, a reconnu samedi qu’Israël sera incapable d’arrêter la propagation du coronavirus, et a expliqué que la politique est guidée en grande partie par le désir de ralentir sa progression.

Selon M. Shalmon, les tentatives visant à « aplanir la courbe » ont pour but de permettre au système de santé de fournir des services optimaux aux patients infectés par le virus qui en ont besoin et pour reconstituer les stocks.

Dan Ben-David affirme que « l’aplatissement de la courbe » est d’autant plus urgent que les budgets des hôpitaux ont été comprimés, ce qui signifie qu’Israël doit attendre plus longtemps qu’il ne le devrait avant d’être prêt pour l’afflux inévitable de patients atteints du Covid-19.

Il s’est expliqué : « Le gouvernement n’est pas responsable de la pandémie, mais il est responsable d’avoir l’infrastructure la plus congestionnée du monde développé, et d’avoir le plus haut taux de décès par infection de tout le monde développé, et cette responsabilité incombe à tous ceux qui sont au pouvoir. La situation est devenue incontrôlable ».

Il souligne que les statistiques soutiennent son point de vue, en notant qu’Israël a le taux d’occupation hospitalier le plus élevé des 36 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il a cité les statistiques de l’OCDE, qui montrent également que, de 2013 à 2016, Israël a recensé le plus haut taux de mortalité dû aux maladies infectieuses et parasitaires de tous les pays membres.

Dan Ben-David a fait ses déclarations au lendemain de l’intervention d’un éminent médecin qui a affirmé que les réglementations sévères en Israël étaient motivées par la conscience reconnue des dirigeants que le système de santé israélien serait mis à rude épreuve.

Jihad Bishara, directeur de l’unité des maladies infectieuses à l’hôpital Beilinson de Petah Tikva, a déclaré à la Douzième chaîne qu’il pense que si les règles de quarantaine à domicile sont si strictes, c’est « parce qu’ils savent que notre système de santé ne peut plus supporter de subir de nouvelles pressions, car nous sommes constamment sollicités à l’extrême ».

Prof. Jihad Bishara. (Autorisation)

Parmi les médecins qui estiment que les restrictions actuelles étaient inévitables, il est encore fréquent d’entendre des plaintes selon lesquelles le financement insuffisant de la santé a rendu la lutte contre la crise plus difficile que nécessaire.

Zeev Feldman, vice-président de l’Association médicale israélienne, estime qu’Israël aurait eu besoin des mesures actuelles même si son système de santé avait été bien financé, car « il n’y a aucun système qui puisse maîtriser un afflux de personnes malades en cas de pandémie ».

Cependant, « les conditions d’accueil sont mauvaises parce que les hôpitaux ont été négligés pendant de nombreuses années, » dénonce-t-il.

Et d’ajouter : « Nous essayons de réagir à la situation, mais tout cela repose sur une mauvaise infrastructure de base en termes de lits d’hôpitaux et de nombre de médecins et d’infirmières ».

« Il ne s’agit pas d’une mauvaise préparation, mais d’une politique officielle de limitation des dépenses de santé », estime Zeev Feldman.

Le défi dépasse désormais la question des hôpitaux qui tentent de gérer les admissions de coronavirus et toute la pression qui s’ensuit lorsque les médecins et les infirmières sont indisponibles à cause du virus et qu’il n’y a pas d’effectifs de réserve.

Le Dr Zeev Feldman fait une déclaration aux médias, au Centre médical Sheba près de Tel Aviv, le 15 septembre 2016. (Miriam Alster/Flash90)

Zeev Feldman est directeur du service de neurochirurgie pédiatrique au centre médical Sheba à Ramat Gan, où le personnel est sous le choc de la révélation, jeudi, qu’un de leurs collègues avait été diagnostiqué avec la maladie. Ce médecin était en contact avec 19 autres médecins et, conformément à la réglementation de l’État, tous les 19 sont maintenant en quarantaine depuis deux semaines.

« C’est une charge énorme pour n’importe quel service et n’importe quel hôpital », souligne-t-il.

Certains médecins disent qu’ils paient aujourd’hui le prix des restrictions dans un domaine particulier – l’achat d’équipements de protection.

Des services ont été fermés et des médecins se sont retrouvés inutilement en quarantaine à cause d’une « défaillance » dans l’approvisionnement en matériel, a écrit Rey Biton, responsable de l’association Mirsham pour les internes en médecine, dans un communiqué.

Un haut fonctionnaire du ministère de la Santé a fustigé la conduite de son bureau sur cette question lors d’une interview sur le site d’information Walla, en déclarant « Qu’a fait exactement le ministère de la Santé pendant toutes ces années, si ce n’est se préparer à quelque chose comme ça ? ».

Zeev Feldman explique qu’à Sheba, « les médecins sont inquiets ». Il
indique : « Pour l’instant, il existe des instructions strictes sur le matériel à utiliser et la protection à assurer, mais nous voulons que cela continue, et nous voulons que le gouvernement s’assure que les fournitures nécessaires soient en place pour les mois à venir. »

Selon M. Feldman, ces inquiétudes sont justifiées. « La réalité pour Israël est qu’il y a une pénurie mondiale de masques et des achats massifs, car les grands pays veillent à en avoir suffisamment. Et nous sommes un petit pays dans un grand marché ».

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