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Israël pousse Biden à placer les Houthis sur la liste des groupes terroristes

Jérusalem explique que cette initiative, réclamée par les EAU, est une opportunité de réduire l'hégémonie iranienne ; Biden hésite, craignant des répercussions humanitaires

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Les forces loyales aux Houthis prennent part à des funérailles pour des combattants morts pendant des affrontements avec les troupes gouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite, à Sanaa, la capitale du Yémen, le 8 avril 2021. (Crédit :   Mohammed HUWAIS / AFP)
Les forces loyales aux Houthis prennent part à des funérailles pour des combattants morts pendant des affrontements avec les troupes gouvernementales, soutenues par l'Arabie saoudite, à Sanaa, la capitale du Yémen, le 8 avril 2021. (Crédit : Mohammed HUWAIS / AFP)

WASHINGTON — Deux responsables ont confié au Times of Israël que l’État juif pousse actuellement l’administration Biden à intégrer les rebelles Houthis, au Yémen, sur la liste des groupes terroristes des États-Unis à la demande des Émirats Arabes Unis.

Des attaques au drone et aux missiles contre les Émirats et l’Arabie saoudite – des agressions qui n’ont cessé de prendre de l’ampleur, ces dernières semaines – ont été attribuées aux Houthis, qui sont soutenus par l’Iran.

C’est dans ce contexte qu’Abu Dabi a multiplié ses demandes visant à désigner les Houthis comme organisation terroriste, réclamant le soutien d’Israël dans ces efforts.

Jérusalem a décidé d’apporter son appui à son allié du Golfe, disant aux responsables de l’administration Biden que réimposer cette désignation terroriste pourrait aider à amoindrir l’influence « dangereuse » de l’Iran dans la région, a expliqué un officiel israélien.

« Nous ne faisons pas cela seulement pour les Émiratis. Nous pensons qu’une telle initiative est dans l’intérêt de tous », a ajouté ce dernier.

Le ministère des Affaires étrangères a refusé tout commentaire sur le sujet.

L’ancien président américain Donald Trump avait ajouté les Houthis à la liste des organisations terroristes étrangères du département d’État à la fin de son mandat. Son successeur, Joe Biden, était revenu sur cette décision environ un mois plus tard, alors que son administration tentait, sans succès, de relancer les pourparlers de paix et de trouver le moyen d’apaiser la guerre qui déchire le Yémen depuis huit ans et qui a fait 130 000 morts.

Mais suite aux dernières attaques houthies, Biden a déclaré aux journalistes, à la fin janvier, que la réintégration des Houthis sur la liste des organisations terroristes était « prise en considération ».

Les combattants yéménites progouvernement des brigades des Géants, entraînées par les EAU, dans la ville d’Ataq, à l »Est du port d’Aden, sur la mer Rouge, se dirigent vers le front pour affronter les combattants houthis pro-iraniens, le 28 janvier 2022. (Crédit : Saleh Al-Obeidi/AFP)

Une source proche du dossier a fait savoir que le Conseil national des sécurité américain était plus enclin aujourd’hui à intégrer les Houthis sur la liste, tandis que d’autres, au sein de l’administration, feraient preuve de plus d’hésitation.

Washington cherche à trouver un équilibre entre la répression des Houthis et la nécessité d’assurer la délivrance continue d’une aide humanitaire d’urgence au Yémen, où 16 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.

Les groupes humanitaires, de leur côté, affirment qu’ils ne pourront plus accéder aux secteurs du Yémen placés sous le contrôle des Houthis si ces derniers sont placés sur liste noire.

Les partisans de l’inscription des rebelles yéménites sur la liste des groupes terroristes soulignent que les États-Unis ont désigné le Hezbollah et les Talibans comme organisations terroristes et qu’ils sont encore en mesure de garantir que les aides humanitaires arrivent jusqu’aux civils au Liban et en Afghanistan.

L’État juif ne considère pas officiellement lui-même les Houthis comme un groupe terroriste mais le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a déclaré au site d’information Walla, la semaine dernière, qu’Israël devait réfléchir à le faire – qualifiant les Houthis de « groupe terroriste mandataire de l’Iran ».

Dans un courrier adressé aux responsables du cabinet, le mois dernier, Tzvika Hauser, parlementaire de la coalition au pouvoir, a déclaré que désigner comme groupe terroriste les Houthis était d’une importance primordiale pour Israël, le pays cherchant à prendre la tête du combat mondial contre le terrorisme. Hauser a estimé qu’une telle initiative encouragerait d’autres pays à suivre cet exemple et entraverait les efforts de déstabilisation de la région qui sont livrés par Téhéran.

Des débris sur le tarmac de l’aéroport régional d’Abha après une attaque des rebelles yéménites houthis à Abha, en Arabie saoudite, le 12 juin 2019. (Crédit : Agence officielle de presse saoudienne via AP)

Des rapports publiés par les Nations unies sur les Houthis soulignent leur utilisation d’enfants soldats et accusent les rebelles de viol et de tortures sur les femmes – les mettant également en cause pour la pose de mines antipersonnel sur les sols et pour la menace qu’ils représentent pour la minuscule communauté juive du pays, qui n’est composée que d’une poignée d’individus (l’un des rares Juifs du Yémen se trouve actuellement dans une prison du groupe). La devise du mouvement Houthi est : « Dieu est grand, Mort à l’Amérique, Mort à Israël, maudits soient les Juifs, la victoire pour l’Islam ».

Alors que Ryad a pris la tête de la coalition de combattants qui soutiennent un gouvernement yéménite plus acculé que jamais, les rebelles Houthis ont fait usage de drones et de missiles pour attaquer l’Arabie saoudite et des cibles pétrolières dans le golfe Persique depuis le début de la guerre civile, en 2015. Les agressions des rebelles yéménites à l’encontre des EAU ont été néanmoins plus rares, en particulier dans la mesure où Abu Dhabi a retiré ses troupes qui se battaient au sein de la coalition placée sous l’autorité saoudienne en 2020.

L’une des attaques des Houthis contre les EAU, le mois dernier, avait visé un dépôt de carburant, tuant trois personnes et faisant six blessés. Les soldats américains stationnés à la base aérienne Al-Dhafra à Abu Dhabi avaient envoyé en riposte des missiles intercepteurs Patriot – cela avait été la première fois que les soldats américains utilisaient ce système en combat depuis l’invasion de l’Irak qui avait été dirigée par les États-Unis, en 2003. Les agressions avaient eu lieu au moment des visites des présidents israélien et sud-coréen dans le pays.

Certains analystes affirment que ces frappes veulent également être des menaces implicites à l’égard d’Israël, montrant que l’État juif est à la portée des armes des rebelles Houthis.

Le président américain Joe Biden rencontre le Premier ministre Naftali Bennett dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le vendredi 27 août 2021, à Washington, DC. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

Les répercussions aux EAU de la longue guerre civile au Yémen ont placé les troupes américaines dans la ligne de mire des attaques des Houthis – renforçant le risque d’une escalade régionale au moment crucial des négociations de Vienne qui visent à redonner potentiellement vie à l’accord sur le nucléaire moribond qui avait été signé par l’Iran et les grandes puissances.

Toutes les parties en lice, dans la guerre, ont été largement mises en cause pour des abus – avec notamment des frappes aériennes de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui ont fait des morts chez les civils. L’administration Biden avait annoncé, lors de son arrivée, que les États-Unis reverraient à la baisse leur soutien de la coalition, ne fournissant aux Saoudiens que des armes défensives.

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