Israël se prépare pour la manifestation de la Journée de la Terre à la frontière
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Israël se prépare pour la manifestation de la Journée de la Terre à la frontière

Il y a 7 ans, des émeutiers libanais et syriens ont traversé la barrière de sécurité du nord. Aujourd'hui, on craint de plus en plus la marche de Gaza prévue pour vendredi

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des Palestiniens aident à évacuer un manifestant blessé lors d'affrontements avec les troupes israéliennes, près de Khan Younès, près de la barrière frontalière entre Israël et le sud de la bande de Gaza, le 9 mars 2018. (AFP PHOTO / DIT KHATIB)
Des Palestiniens aident à évacuer un manifestant blessé lors d'affrontements avec les troupes israéliennes, près de Khan Younès, près de la barrière frontalière entre Israël et le sud de la bande de Gaza, le 9 mars 2018. (AFP PHOTO / DIT KHATIB)

Les forces de sécurité israéliennes se préparent à d’énormes manifestations pour la « Journée de la terre », qui devraient avoir lieu le long de la barrière de sécurité de la bande de Gaza vendredi, mettant en alerte des unités supplémentaires par crainte qu’un grand nombre de Palestiniens tentent de franchir la barrière et pénètrent en Israël.

Plus tôt ce mois-ci, des groupes palestiniens ont annoncé des projets pour une « Marche du retour » de six semaines, comprenant la construction d’un village de tentes en face de la barrière de sécurité de Gaza, et ont appelé des dizaines de milliers de résidents de Gaza à participer à ce qu’ils ont décrit comme une « protestation pacifique ».

La « Marche du retour » doit commencer vendredi avec la « Journée de la terre », qui commémore l’expropriation par le gouvernement israélien de terres appartenant à des Arabes en Galilée le 30 mars 1976, et les manifestations qui ont suivi, au cours desquelles six Israéliens arabes ont été tués. C’est aussi, par coïncidence, la veille de la semaine de la Pâque juive.

Les manifestations se poursuivront jusqu’au 15 mai, le lendemain de l’anniversaire de la fondation de l’État d’Israël, que les Palestiniens appellent la Nakba, ou catastrophe.

Alors que les organisateurs ont déclaré que la manifestation se veut pacifique, l’armée se prépare à ce que les manifestations ressemblent aux violentes émeutes qui ont eu lieu le long de la barrière de sécurité de Gaza sur une base hebdomadaire depuis décembre, lorsque le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël. Ces manifestations hebdomadaires impliquent généralement de jeunes Palestiniens qui brûlent des pneus et lancent des pierres ou des cocktails Molotov sur les troupes israéliennes de l’autre côté de la barrière.

Des manifestants palestiniens affrontent des soldats israéliens à proximité de la barrière frontalière à l’est de la ville de Gaza, le 22 décembre 2017 (AFP / MOHAMMED ABED)

Selon l’armée israélienne, les émeutes ont également servi de couverture à des groupes terroristes palestiniens pour placer des engins explosifs artisanaux le long de la frontière. Dans l’un de ces cas, une bombe dissimulée sous la forme d’un drapeau a été placée sur la clôture et quatre soldats israéliens ont été grièvement blessés lorsqu’ils ont tenté de l’enlever le lendemain.

Pour se préparer aux manifestations prévues, d’autres bataillons de l’armée, des unités de la police des frontières et des dizaines de tireurs d’élite seront déployés le long de la frontière de Gaza vendredi, afin d’empêcher les manifestants de traverser, a indiqué une source militaire.

Un tireur d’élite de la police des frontières vise de l’autre côté de la frontière de Gaza vers des manifestations le long de la barrière de sécurité, le 9 décembre 2017. (Police israélienne)

De plus, des policiers seront postés un peu plus loin en arrière, afin de retenir les Palestiniens qui franchiraient la première ligne de défense, selon la source.

D’autres équipes de soldats de Tsahal patrouilleront également dans les localités israéliennes les plus proches de la frontière, a rapporté le site d’information Ynet lundi.

Outre le renforcement de la sécurité sur le terrain, les forces de sécurité sont également susceptibles de déployer à nouveau des drones qui peuvent larguer des gaz lacrymogènes sur les manifestants du côté de la frontière de Gaza, une technique que la police des frontières a testée plus tôt ce mois-ci.

Selon les médias palestiniens, Tsahal a déployé des bulldozers dans la zone tampon située entre Israël et la bande de Gaza afin de dégager la zone des gravats. La chaîne télévisée israélienne Hadashot a également rapporté que ces bulldozers ont installé des barbelés supplémentaires dans la partie Gaza de la barrière de sécurité.

Des Palestiniens manifestent devant les forces de sécurité israéliennes pendant la « Journée de la Terre », devant la prison Ofer, gérée par les Israéliens, près de Betunia, en Cisjordanie, le 30 mars 2016. (Crédit : Flash90)

Ces manifestations de la Journée de la Terre et de la Journée de la Nakba ont lieu chaque année, bien que cette année, l’armée estime qu’elles pourraient être plus intenses, compte tenu des tensions actuelles en Cisjordanie et dans la bande de Gaza – tant entre Israël et les Palestiniens qu’entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. En outre, les Palestiniens ont été exaspérés par le projet des États-Unis de déplacer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem le 15 mai. Le mois saint musulman du Ramadan, qui voit régulièrement augmenter la violence des Palestiniens, commence également le 15 mai.

Cette convergence des événements conduit à une « volatilité accrue » sur le front palestinien, a déclaré le chef du renseignement militaire, le major de division Herzl Halevi dans un discours prononcé dimanche.

Même sans ces événements à venir, la situation sécuritaire le long de la frontière de Gaza est devenue de plus en plus précaire ces dernières semaines, à la suite des attaques par engins explosifs artisanaux et d’une tentative récente d’hommes palestiniens masqués de mettre le feu au matériel utilisé pour construire une barrière aérienne et souterraine autour de l’enclave côtière.

La tension est apparue le plus clairement dans le lancement inutile d’une vingtaine de missiles d’interception Dôme de fer dimanche soir, après que le radar du système ait identifié à tort des tirs de fusées comme des tirs de roquettes. Selon Tsahal, il ne s’agissait pas d’une erreur technique, mais du fait que le système Dôme de fer a été programmé de façon à être « ultra-sensible », compte tenu de la situation actuelle en matière de sécurité.

Halevi et d’autres responsables de l’armée insistent sur le fait que le Hamas, qui dirige l’enclave côtière, exploite l’agitation et la frustration des habitants de Gaza en les envoyant à la frontière pour ces manifestations.

Des soldats israéliens observent des manifestants palestiniens durant des affrontements aux abords de la barrière frontalière à l’est de Gaza, le 23 février 2018 (Crédit : AFP Photo/Mohammed Abed)

Le chef du renseignement militaire a déclaré que les récents efforts du Hamas pour « se jeter dans les bras de l’Iran » et ses appels à une action plus violente le long de la barrière de sécurité ne feraient qu’aggraver la situation pour les Gazaouis.

Halevi a ajouté que cette violence est plus probable, car les « facteurs d’apaisement ont été affaiblis » dans la société palestinienne.

Tsahal, la police des frontières et la police israélienne devront donc se préparer à toute une série de scénarios possibles, allant de manifestations pacifiques généralisées, qui exigent une touche plus douce, à une ruée violente vers Israël que les troupes devraient repousser par la force – tout en essayant de réduire au minimum les victimes palestiniennes.

La volonté de Tsahal de limiter le nombre de Gazaouis blessés ou tués lors des manifestations prévues pour vendredi n’est pas seulement un objectif en soi pour l’armée israélienne, mais aussi un objectif stratégique. Dans le passé, ces pertes ont servi de catalyseur pour des manifestations supplémentaires et parfois plus violentes, comme on a pu le voir dans le cas d’Ibrahim Abu Thurayeh, un manifestant palestinien handicapé, qui a été tué lors d’une manifestation à Gaza le 15 décembre.

Des Palestiniens portent une affiche du manifestant en fauteuil roulant Ibrahim Abu Thurayeh, qui a été tué lors d’affrontements avec des soldats israéliens près de la barrière frontalière à l’est de la ville de Gaza, le 22 décembre 2017. (AFP Photo/ Mohammed Abed)

Les Palestiniens soutiennent qu’Abou Thurayeh a été tué par un tireur d’élite israélien, alors que Tsahal affirme que son enquête sur l’affaire n’a pas été concluante et qu’il n’a pas été directement visé.

Quoi qu’il en soit, la mort d’Abu Thurayeh a servi de source de motivation pour les manifestants palestiniens pour les manifestations suivantes.

Des manifestants se rassemblent le long de la frontière syrienne avec Israël avant d’essayer de couper à travers une ligne de barbelés et de se diriger vers les hauteurs du Golan, comme on peut le voir depuis le village druze de Majdal Shams, le 5 juin 2011. (Flash90/Fichier)

Tout en s’efforçant de limiter le plus possible le nombre de victimes, les forces de sécurité israéliennes ne souhaitent pas voir se répéter les manifestations du jour de la Naksa de juin 2011 – marquant la victoire d’Israël lors de la guerre des Six Jours de 1967 et la conquête de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du désert du Sinaï et des hauteurs du Golan – au cours desquelles des foules du Liban et de Syrie ont franchi la barrière de sécurité à la frontière précipitamment.

Dans le chaos qui a suivi, plusieurs citoyens libanais et syriens ont été tués. Les chiffres exacts sont controversés, tout comme la question de savoir qui les a tués.

Onze ressortissants libanais auraient été tués, les responsables israéliens affirmant qu’ils n’avaient pas été abattus par des soldats israéliens, mais par des membres des Forces armées libanaises. Les médias syriens ont rapporté que 23 manifestants ont été tués, mais les responsables israéliens ont dit que ce chiffre était exagéré et ont affirmé que les soldats visaient les jambes des émeutiers afin d’éviter des blessures mortelles.

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