J’avais raison, dit celui qui avait prédit la disparition du virus sous 70 jours
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J’avais raison, dit celui qui avait prédit la disparition du virus sous 70 jours

Isaac Ben-Israel explique que le virus disparaît partout à la même vitesse, ce qui rend les mesures de lutte sans pertinence ; "il ne connaît rien à l'épidémiologie", dit un expert

Le professeur Isaac Ben-Israel dans son bureau de l'université de Tel Aviv, le 19 juin 2017 (Crédit : DH / Equipe du ToI)
Le professeur Isaac Ben-Israel dans son bureau de l'université de Tel Aviv, le 19 juin 2017 (Crédit : DH / Equipe du ToI)

Un professeur israélien qui avait suscité la polémique, début avril, après avoir insisté sur le fait que l’épidémie de coronavirus s’éteindrait d’elle-même après 70 jours indépendamment des niveaux d’intervention gouvernementale, a déclaré que ses prédictions s’étaient avérées justes, et que ceux qui clament que le virus pourrait revenir en force lors d’une seconde vague ne font finalement que spéculer.

« C’est très amusant de voir les gens parler d’une seconde vague », a commenté Isaac Ben-Israel, un éminent mathématicien, président de l’Agence spatiale israélienne et ancien général de l’armée, au Times of Israel. « Comment savent-ils qu’il y aura une seconde vague ? Et comment savent-ils qu’elle aura lieu en hiver ? »

Un expert de la santé publique a toutefois contesté ses propos, indiquant que ce dernier « n’a aucune idée de ce que sont l’épidémiologie et la santé publique ».

Isaac Ben-Israel a indiqué que depuis ses critiques des évaluations qu’il avait faites sur la pandémie, il y a six semaines, et la médiatisation de sa théorie d’un pic du Covid-19 après environ 40 jours et son déclin à presque zéro dans les 70 jours, les faits lui ont donné raison – concluant que « l’hystérie » régnant autour de lui était « aussi contagieuse qu’une maladie biologique ».

Il affirme aujourd’hui, de surcroît, que la surprise que suscitent les taux de mortalité qui s’avèrent radicalement différents parmi les personnes infectées dans les divers pays touchés est déplacée, et il avance une allégation paradoxale.

« On suppose naturellement que moins d’infections signifie moins de décès, mais ce n’est pas exact », dit-il, ajoutant : « Il n’y a pas de relation explicable entre le nombre de personnes infectées et le nombre de morts. Le taux entre les décès et les infections diffèrent parfois d’un facteur de cent ou plus entre les pays ».

Il estime que les taux de mortalité sont incompréhensibles au regard de la logique communément admise.

Des employés de la Chevra Kadisha portant des vêtements de protection, portent le corps d’un homme décédé des suites de complications d’une infection au Coronavirus (COVID-19), au salon funéraire Shamgar à Jérusalem, le 29 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une étude publiée en hébreu le 8 avril et en anglais le 16 avril, Isaac Ben-Israel, président du programme d’études sécuritaires à l’université de Tel Aviv et président du Conseil national pour la recherche et le développement, avait clamé que la durée de l’épidémie de coronavirus était préétablie et qu’elle ne varierait pas en fonction des actions entreprises.

Le 19 avril, il avait écrit qu’en Israël, « il s’avère que le pic de propagation du virus est derrière nous depuis environ deux semaines maintenant et qu’il disparaîtra au cours des deux prochaines semaines ».

Le 2 mai, un peu moins de quinze jours plus tard, le nombre de personnes infectées par jour était tombé à moins de cent pour la première fois depuis la fin du mois de mars, et se situe toujours en dessous de ce chiffre depuis.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait qualifié le résultat obtenu dans la lutte d’Israël contre l’épidémie de « réussite majeure ». Isaac Ben-Israel, pour sa part, ne partage pas ce point de vue, clamant qu’il ne reflète que le cycle naturel du virus.

Il indique que de tels résultats « ne sont pas dus au fait qu’Israël aurait fait quelque chose de spécial. La même chose est arrivée à Taïwan où il n’y a pas eu de confinement ».

Les affirmations d’Isaac Ben-Israel ont été contestées par de nombreux professionnels médicaux. Nadav Davidovitch, expert en santé publique à qui le Times of Israel a demandé ses réactions pour les besoins de cet article, convient avec celui-ci de la nécessité d’éviter « l’hystérie », mais ajoute que ce dernier « est un scientifique excellent, mais il n’a aucune idée de ce que sont l’épidémiologie et la santé publique ».

Isaac Ben-Israel n’a pas fait d’études de médecine, et estime que les mathématiques à elles seules pouvaient permettre de comprendre le modèle du virus. Ce modèle, a-t-il avancé, apporte la preuve de ce que le confinement est « non nécessaire, quoi qu’il arrive », et qu’il a pu être une perturbation inutile de la vie quotidienne et un gaspillage d’argent.

Nadav Davidovich (Crédit : BGU)

Il a apporté son soutien aux mesures de distanciation sociale et d’hygiène, déclarant néanmoins qu’elles n’auraient qu’un impact limité sur le taux d’infection. Il dit que la justesse de ce positionnement est aujourd’hui démontrée dans la mesure où il n’est pas parvenu à trouver une corrélation claire entre le degré d’hygiène d’un pays et un changement significatif dans le modèle des taux d’infection.

Pour préparer sa théorie, au début du mois dernier, il avait examiné les chiffres des pays ayant connu une épidémie de coronavirus avant les autres et conclu que le schéma était partout semblable, avec un pic atteint à 40 jours et une résolution de l’épidémie à 70 jours, indépendamment des directives mises en place par les gouvernements pour déjouer la pandémie.

Le mathématicien indique au Times of Israel qu’il apparaît dorénavant clairement que le virus « suit partout le même modèle ». Il ajoute : « Je n’ai pas d’explication à avancer à ces données mais je pense que c’est très clair. C’est un modèle universel ».

Mais Nadav Davidovitch, directeur de l’école de santé publique à l’université Ben-Gurion du Néguev, explique que ce dernier est dans l’erreur. Il se réfère à la Suède, un pays qui s’est démarqué en boudant le confinement obligatoire, et commente : « Ben-Israel n’a pas raison. En Suède, l’épidémie est toujours là ».

Isaac Ben-Israel ne précise pas quelle date de départ particulière il a utilisée dans ses calculs et explique qu’initialement, en ce qui concerne Israël, il a fait ses décomptes dès le premier malade. Pour d’autres pays toutefois, il a commencé à calculer lorsque le nombre de cas était « significatif » – sans détailler le sens de ce terme.

Il estime qu’il est raisonnable de commencer à compter lorsqu’un pays franchit les 100 cas pour évaluer sa théorie.

Des Suédois discutent autour d’un verre à Stockholm, en Suède, le 8 avril 2020 (Crédit : AP/Andres Kudacki)

La Suède avait atteint les 100 cas le 6 mars et, quarante jours plus tard, en date du 15 avril, 482 nouveaux cas apparaissaient chaque jour dans le pays.

Cela n’avait pas été le pic de l’épidémie et le nombre de nouveaux malades, là-bas, s’était élevé et avait baissé de manière alternative. Le pic avait été atteint avec 812 nouveaux cas le 24 avril mais sur plusieurs jours, entre le 8 avril et le 7 mai, le chiffre de nouveaux malades avait dépassé les 700, avec toutefois quelques jours où il y avait eu moins de 350 nouveaux cas. Le 15 mai, la Suède comptait encore 625 nouveaux cas quotidiens.

En comparaison, d’autres pays ont paru suivre de près le modèle avancé par Isaac Ben-Israel. La Belgique, grandement frappée par le virus, avait franchi le cap des 100 contaminations par jour en date du 6 mars. Le 15 avril, 40e jour, avait marqué le pic en ce qui concernait les nouveaux cas quotidiens avec 2 454. Au 70e jour, le 3 mai, le nombre de nouveaux malades avait chuté à 1 389.

Israël, pour sa part, avait connu son pic de nouveaux cas le 2 avril. Isaac Ben-Israel indique qu’initialement, il a pris en compte le tout premier cas de coronavirus comme le Jour 1 dans ses calculs, ce qui signifierait que le pic est survenu après 41 jours. Mais si le décompte commence lorsque le pays a franchi la barre des 100 cas quotidiens, alors seulement 21 jours s’étaient écoulés en date du 2 avril.

Isaac Ben-Israel indique que les statistiques qu’il favorise sont plus techniques, clamant qu’elles montrent que sa théorie est la bonne – même dans le cas de la Suède. Il refuse toutefois de les partager.

Nadav Davidovitch note que même si celui-ci a pu avoir raison, cela ne justifie aucunement ses critiques à l’égard de la politique gouvernementale – politique qui n’a jamais eu pour objectif de précipiter la fin de l’épidémie, mais plutôt d’éviter une courbe ardue des contaminations et de limiter le nombre des cas, pour préserver le système de santé.

« Personne n’a pensé que les mesures de confinement avaient été décidées pour se débarrasser du virus », explique-t-il. « Il s’agissait de réduire le taux d’infection et de ne pas surcharger le système de santé. S’il pense que ces mesures visaient à se débarrasser du virus, il a tort ».

Évoquant les propos d’Isaac Ben-Israel disant qu’il n’y a pas de relation explicable entre le nombre de personnes infectées et le nombre de personnes qui décèdent. L’expert en santé publique estime qu’ils sont « très simplistes » et que certains aspects de la corrélation ont été compris et d’autres non.

« Personne n’a jamais dit qu’il s’agissait seulement des taux d’infection », souligne-t-il.

Il affirme que contrairement à ce qu’a dit Isaac Ben-Israel, il y a une logique dans l’idée d’une deuxième vague « comme ça a pu arriver dans le passé avec d’autres virus et compte-tenu du fait que nous sommes loin de l’immunité de groupe ».

Il ajoute que « je ne suis pas un prophète et je serai heureux s’il n’y a pas de deuxième vague, mais ce n’est pas une bonne chose d’ignorer cette possibilité ».

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