Je ne rencontrerai pas Mahmoud Abbas, dit Bennett aux responsables juifs US
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Je ne rencontrerai pas Mahmoud Abbas, dit Bennett aux responsables juifs US

Lors d'un appel avec la CoP, le Premier ministre a noté que le chef de l'AP avait entre autres traîné Israël devant la Cour pénale internationale

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, s'exprime via Zoom lors d'un appel avec les représentants de la CoP  (Conference of Presidents), le3 septembre 2021. (Capture d'écran)
Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, s'exprime via Zoom lors d'un appel avec les représentants de la CoP (Conference of Presidents), le3 septembre 2021. (Capture d'écran)

NEW YORK — Le Premier ministre Naftali Bennett a expliqué vendredi qu’il ne rencontrerait pas le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, notamment suite à la décision prise par ce dernier de traduire Israël en justice devant la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes de guerre présumés.

« Je viens du monde des affaires et en général, quand quelqu’un entame des poursuites judiciaires à mon encontre, je ne me montre pas très agréable à son égard », a dit Bennett au cours d’un appel via Zoom avec les responsables de la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations), selon l’un des participants à cet entretien.

Ces propos ont été tenus à un moment où la discussion n’était pas enregistrée.

Au mois de mars, la procureure de la Cour pénale internationale avait annoncé ouvrir une enquête sur des actions qui ont été commises par Israël et par les Palestiniens en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est depuis le 13 juin 2014. L’ouverture de ces investigations avait été initialement réclamée par Abbas, qui avait porté le dossier devant les magistrats de La Haye.

Pendant cet appel de vendredi, Bennett a été interrogé sur la rencontre entre Abbas et le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, et sur la signification de cet entretien sur la politique qui est mise en œuvre par le gouvernement à l’égard des Palestiniens.

Le Premier ministre israélien a répété sa conviction qu’aucune avancée politique sur ce sujet ne serait possible dans un avenir proche. Il a souligné ce qu’il considère comme une « dichotomie dans laquelle soit vous créez un État palestinien, soit on considère que vous ne faites rien », selon un autre participant présent lors de la visioconférence, qui a ajouté que Bennett avait réaffirmé qu’il y avait aussi un juste milieu.

Bennett a déclaré que même si le conflit – comme il le pense actuellement – ne peut pas être résolu, des initiatives peuvent être prises pour « réduire la portée des frictions » avec les Palestiniens, ont expliqué les participants.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. (Crédit : Composite/AP)

Si le Premier ministre n’est pas entré dans les détails, il a indiqué que ces initiatives auraient à voir avec l’économie, affirmant que permettre aux Palestiniens de gagner un bon revenu et de vivre dans la dignité serait d’une grande aide.

Son gouvernement a d’ores et déjà approuvé des milliers de permis de travail pour les Palestiniens au sein de l’État juif et il devrait aussi approuver des centaines de permis de construire pour les Palestiniens de la Zone C – où de telles approbations ont été quasiment nulles ces derniers années. Il a aussi annoncé qu’il prévoyait de verser une avance de 500 millions de shekels à l’AP, alors que Ramallah traverse actuellement une importante crise financière.

Bennett a néanmoins établi clairement qu’il ne voulait pas « créer d’illusions » sur l’imminence d’une potentielle avancée politique, affirmant que cela aurait des « conséquences négatives », ont dit les participants à l’appel.

Le Premier ministre a aussi souligné le versement continu, par l’Autorité palestinienne, d’allocations mensuelles aux prisonniers sécuritaires incarcérés au sein de l’État juif – notamment à ceux qui ont tué des Israéliens – ainsi qu’à leurs familles et aux familles des terroristes morts alors qu’ils commettaient des attentats contre des Israéliens.

L’Autorité palestinienne a fait savoir aux États-Unis qu’elle œuvrait à réformer ces allocations, selon des responsables américains et Palestiniens, mais elle n’a encore fait aucune annonce précise à ce sujet.

Bennett a répété que son gouvernement ferait en sorte de stabiliser le secteur et qu’il éviterait à la fois l’annexion de la Cisjordanie et le gel des implantations.

Des agents de la police des frontières sont déployés lors d’une manifestation de fidèles palestiniens après la prière du vendredi au Tombeau des patriarches, à Hébron, le 13 août 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

Il a également fait savoir que l’un de ses objectifs serait de nouer de bonnes relations avec les pays voisins d’Israël, comme la Jordanie et l’Égypte, ajoutant que ce travail de rapprochement avait déjà commencé.

Il a fait remarquer que les trois pays partageaient des intérêts communs – comme la lutte contre l’Iran et le maintien de la stabilité régionale. Bennett s’était rendu, au cours des premières semaines de son mandat, en Jordanie pour s’entretenir secrètement avec le roi Abdallah et il devrait se rendre en Égypte dans les prochaines semaines pour y rencontrer publiquement le président Abdel-Fattah el-Sissi.

Interrogé sur les questions sensibles qui ont pu être à l’origine de frictions entre son gouvernement et l’administration Biden – notamment le projet de cette dernière de rouvrir le consulat américain de Jérusalem qui servait d’ambassade de facto aux Palestiniens, ainsi que l’expulsion en suspens de familles palestiniennes du quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est – Bennett a indiqué que son gouvernement « ne cherchait pas les coups de théâtre » et qu’il voulait résoudre les éventuels désaccords le plus discrètement possible.

De la même manière, il n’a abordé que brièvement la question du consulat, se contentant de dire que Jérusalem était la capitale d’un seul État et que cet État était Israël.

Pour Sheikh Jarrah, Bennett a estimé que le dossier était « une poursuite judiciaire civile » et non une affaire dans laquelle le gouvernement était appelé à intervenir. Il a aussi noté que la Cour suprême israélienne avait récemment offert un compromis aux résidents palestiniens qui, selon ses termes, pourraient conserver leurs habitations en tant que « locataires protégés » – un statut qui rend plus difficile, quoique pas impossible, une expulsion. Le compromis prévoit des frais annuels d’occupation, pour les familles, à hauteur de 1 500 shekels – une somme qui serait alors versée à Nahalat Shimon, le groupe juif ultra-nationaliste qui affirme être propriétaire des biens immobiliers concernés.

Le Premier ministre a indiqué que les Palestiniens devaient dorénavant prendre leur propre décision, estimant qu’une « bonne solution » leur avait été soumise par les magistrats, des propos rapportés par un participant à la visioconférence.

Le Premier ministre s’est aussi vanté de la nature très diversifiée au niveau politique de son gouvernement, disant que ses partenaires variés faisaient preuve de beaucoup de bonne volonté les uns envers les autres. Il a ajouté que son objectif était de faire en sorte que cet « esprit de bonne volonté déborde » dans la relation entretenue par Israël avec l’administration Biden – un état d’esprit, a-t-il poursuivi, qu’il a constaté également à Washington.

Des manifestants dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-est, le 30 juillet 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il a clairement établi qu’il y avait des désaccords – et qu’il y en aurait encore, mais que les parties avaient décidé de se comporter en « mensches » et de ne pas évoquer publiquement leurs éventuels différends.

Bennett a aussi rapidement déclaré qu’il avait trouvé un véritable ami d’Israël en la personne du président américain, et que c’était également le cas de ses conseillers. Il a fait part de sa reconnaissance à leur égard pour leur volonté affichée de le rencontrer, la semaine dernière, dans un contexte marqué par l’attaque tragique survenue à Kaboul et le retrait difficile d’Afghanistan. Bennett a précisé œuvrer en faveur de la restauration du soutien bipartisan à l’État juif. Il a d’ailleurs rencontré un groupe de sénateurs américains qui se trouvaient à Tel Aviv dans la journée de vendredi, a indiqué un assistant de l’un de ces législateurs.

La guerre froide avec l’Iran

Bennett a profité de l’opportunité offerte par cette visioconférence pour informer les participants des propos qu’il a tenus à Biden au cours de leur entretien de la semaine dernière, concernant la question iranienne.

Il a réaffirmé sa conviction que ce conflit régional était finalement analogue à la Guerre froide, avec un Israël qui aurait endossé le rôle des États-Unis et l’Iran celui de l’Union soviétique. Il a fait remarqué qu’une approche multidimensionnelle avait permis de renverser l’URSS, notant qu’il faudrait mettre un œuvre une approche similaire pour s’attaquer à la république islamique. Il a qualifié Israël « de solution pour le monde », vantant les « neuf millions de bottes sur le terrain » pour combattre la menace croissante représentée par Téhéran, a dit un participant à l’appel.

Bennett a expliqué avoir présenté un plan « à quatre piliers » pour combattre l’Iran à Biden – qui vise à mettre un terme aux activités d’enrichissement de l’uranium de la république islamique, à son armement, à son programme de missiles balistiques et à ses agressions régionales » en place et lieu du JCPOA, l’accord sur le nucléaire conclu entre la république islamique et les puissances mondiales.

Bennett a indiqué qu’il était opposé au JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action) qui avait été signé par l’ex-président Barak Obama en 2015 et abandonné par l’ex-président Donald Trump en 2018. Le Premier ministre a dit reconnaître le positionnement des États-Unis dans ce dossier mais avoir apprécié que Biden, lorsqu’il l’a rencontré la semaine dernière, lui ait affirmé qu’il était bien déterminé à ce que l’Iran n’obtienne jamais l’arme atomique, et qu’il était prêt à réfléchir à d’autres options s’il n’était pas possible de redonner vie au JCPOA moribond.

Le Premier ministre a fait savoir que lui et Biden avaient convenu de former une équipe conjointe, réunissant Israéliens et Américains, qui serait chargée de prendre en charge la problématique du nucléaire iranien, en empêchant le pays d’acquérir les capacités nécessaires à la fabrication d’une arme atomique. Cette équipe serait dirigée par le Conseiller à la sécurité nationale américain Jake Sullivan et par son homologue israélien Eyal Hulata, a continué Bennett.

Il a insisté sur le fait qu’il ne demanderait jamais aux États-Unis d’envoyer des soldats pour protéger Israël mais qu’il demanderait le soutien et l’aide des Américains dans la formation d’une coalition pour vaincre l’Iran, ainsi que des ressources. Bennett a fait remarquer qu’une « menace énorme » planait sur l’État juif et que ce dernier devait avoir les moyens de se défendre grâce « au Dôme de fer, aux lasers et autres ».

Le président américain Joe Biden rencontre le Premier ministre Naftali Bennett dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le vendredi 27 août 2021, à Washington, DC. (AP Photo/Evan Vucci)

Interrogé sur les initiatives prises par le gouvernement pour lutter contre la pandémie de coronavirus, Bennett a prédit que le nombre de cas quotidiens commencerait à baisser au cours des dix prochains jours grâce aux efforts livrés par le gouvernement – évoquant, entre autres, l’administration d’une injection de rappel et le dépistage de tous les enfants en amont de la rentrée scolaire.

L’Accord sur le mur Occidental

Alors qu’il lui était demandé si son gouvernement mettrait en vigueur un accord, actuellement gelé, qui prévoit l’élargissement du pavillon de prière pluraliste au mur Occidental – Nachman Shai, ministre des Affaires de la Diaspora, avait évoqué récemment cette possibilité – Bennett s’est montré plus prudent.

Notant qu’il avait été, quand il était ministre, à l’origine de la construction du pavillon en 2014, le Premier ministre a répondu que cette question ne serait abordée qu’après l’adoption du budget par la Knesset, au mois de novembre.

« Une fois que le budget sera adopté, nous aurons alors deux ans de stabilité et là, nous pourrons commencer à nous attaquer à des dossiers plus compliqués », a-t-il dit.

Quand l’appel s’est achevé, Bennett a remercié le groupe pour son soutien apporté à Israël, ajoutant que l’État juif lui apportait également son appui.

Dans un communiqué qui a suivi la visioconférence, le directeur-général de la Conférence des présidents, William Daroff, a qualifié la discussion de « très chaleureuse et productive ».

« Au vu de la relation historique entretenue par la Conférence des Présidents et le Premier ministre, cette réunion de 30 minutes a été un échange ouvert et significatif de points de vue, ainsi que l’opportunité donnée d’échanger mutuellement nos vœux en amont des fêtes, nos vœux d’une nouvelle année productive, pacifique et salutaire », a dit Daroff.

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