Jean-Pierre Bacri est mort d’un cancer à 69 ans
Rechercher

Jean-Pierre Bacri est mort d’un cancer à 69 ans

Je "ne crois pas aux types éclatants de bonheur" : "traquer le vécu, la sobriété, la pudeur", "refuser la tricherie" est une profession de foi, confiait l'acteur

L’acteur et scénariste juif Jean-Pierre Bacri est mort lundi d’un cancer à l’âge de 69 ans.

« Il est mort en début d’après-midi », à Paris, a indiqué à l’AFP son agente Anne Alvares-Correa.

De nombreuses personnalités politiques ont fait part de leur « tristesse » à l’annonce de son décès, saluant ses talents de scénariste et de comédien, son humour, l’homme « engagé » qu’il était.

« Jean-Pierre Bacri c’était un ton, une voix, un caractère au service d’un jeu d’acteur exceptionnel, au cinéma comme au théâtre. Comédien populaire, scénariste de talent et homme engagé, il me manquera énormément, » a écrit la maire de Paris, Anne Hidalgo.

« Bacri était drôle et touchant. Le ‘râleur’ le plus aimé des Français et surtout un formidable scénariste qui a co-écrit avec Agnès Jaoui, des comédies et des films inoubliables. Merci pour tous ces moments de rires et d’émotions, » a écrit le maire de Nice, Christian Estrosi.

L’homme, figure incontournable du théâtre et du cinéma français, occupait une place de choix auprès du public pour ses rôles d’anti-héros râleurs et désabusés mais toujours profondément humains et sincères.

Il avait écrit plusieurs pièces de théâtre et des films avec Agnès Jaoui, son ex-compagne rencontrée en 1987 au théâtre dans « L’anniversaire » de Harold Pinter. Ils seront en couple jusqu’en 2012 mais continueront à travailler ensemble. Alain Resnais les surnommera les « Jacri ».

« On se voit toujours de 15H à 19H avec nos cahiers et nos stylos », confiait Agnès Jaoui en 2018. « On joue ensemble, on se joue tous les dialogues bien sûr ».

Sur cette photo prise le 22 mai 2004, la réalisatrice française Agnès Jaoui (d) et l’acteur français Jean-Pierre Bacri posent avec leur prix du meilleur scénario pour le film « Comme Une Image », au 57e Festival de Cannes (Crédit: Pascal GUYOT / AFP)

Très vite, ils ont mis en commun leur humour acide et leur don d’observation pour écrire à quatre mains.

Leur première pièce « Cuisine et dépendances » (1992) est un succès vite adapté au cinéma, tout comme « Un air de famille » (1996).

Au cours de sa carrière Jean-Pierre Bacri a reçu cinq César, les récompenses du cinéma français : quatre fois le trophée du meilleur scénario avec son ex-compagne Agnès Jaoui (pour « Smoking/No Smoking », « Un air de famille », « On connaît la chanson » et « Le Goût des autres ») et une fois celui du meilleur acteur dans un second rôle pour « On connaît la chanson ».

Il a été nommé six fois pour le César du meilleur acteur (pour « Kennedy et moi », « Le Goût des autres », « Les Sentiments », « Cherchez Hortense », « La Vie très privée de Monsieur Sim » et « Le Sens de la fête »).

Parfois catalogué comme l’acteur d’un seul rôle, celui de l’éternel bougon, il détestait pourtant qu’on lui colle « cette étiquette »: « Je ne joue pas toujours des personnages râleurs ! », s’était emporté l’acteur auprès de l’AFP en 2015.

« Depuis le début. La motivation, c’était de l’avoir lui. On est allé le voir dans un café pour lui demander s’il était d’accord pour bosser avec nous. Il nous a dit ‘faites voir le scénario’, on lui a dit ‘on n’en a pas’. C’est tout l’intérêt de venir vous voir avant que vous disiez non’. Car il a la réputation de dire non facilement et rapidement. Il s’est marré et plus tard on lui a présenté une ébauche d’un truc qui faisait 50 pages et qui était mauvais. Mais on lui a demandé de ne pas encore nous jeter. Et puis, petit à petit, on a commencé une collaboration qui a durée presque un an. On se voyait régulièrement, il a participé à certains dialogues, il a proposé pas mal d’idées et après on lui a dit s’il voulait être mentionné au générique pour l’écriture, il a dit non, » confiaient les réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache en octobre 2017, lors de la sortie en Israël du « Sens de la fête ».

Dans les rôles qu’il choisissait, ou ceux qu’il écrivait avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri pourfendait le sectarisme culturel, le conformisme, les chapelles, la servilité…

C’est son père qui lui avait transmis cette morale, lors de son enfance à Castiglione (Algérie), où il naît en mai 1951. Facteur, il travaillait le week-end dans le cinéma de la ville et avait fait découvrir le 7e Art à son fils.

En 1962, la famille émigre à Cannes, où Jean-Pierre Bacri entreprend des études de lettres. Il se politisera et se situe à la gauche de l’échiquier.

Quand il monte à Paris, « son lieu d’adoption » à 25 ans et pousse la porte d’un cours d’art dramatique, c’est d’abord l’écriture qui l’intéresse. Il y rencontrera son ami Grégoire Oestermann, qui joue à ses côtés notamment dans l’excellent « Comme une image » en 2004.

En 1977, il écrit sa première pièce, « Tout simplement », vite suivie de trois autres. Parallèlement, Jean-Pierre Bacri décroche de petits rôles à la télévision et sur les planches.

En 1982, son personnage de proxénète dans « Le Grand Pardon » d’Alexandre Arcady le fait connaître du grand public.

Deux ans plus tard, il est nommé aux César comme meilleur acteur dans un second rôle pour son personnage de flic dépassé et taciturne dans « Subway » de Luc Besson.

Alain Resnais fait appel au duo pour les scenarii de « Smoking/NoSmoking » (1993) et « On connaît la chanson » (1997).

Puis Agnès Jaoui passe derrière la caméra pour « Le goût des autres » (2000).

Ces dernières années, l’acteur tournait moins, se limitant à deux films par an et revendiquant son droit à la paresse.

En 2017, il avait également joué dans « Grand froid » de Gérard Pautonnier et « Santa et Cie » d’Alain Chabat.

Et dans « Le Sens de la fête » d’Olivier Nakache et Eric Toledano, il est irrésistible dans le rôle de Max, organisateur d’un mariage où rien ne se déroule comme prévu, un rôle d’éternel bougon taillé sur mesure. Parmi ses tout derniers films, « Place publique », d’Agnès Jaoui, en 2018.

« Moi aussi, j’ai envie d’être aimé. Pas à n’importe quel moyen. Pour moi, le sourire doit être spontané ou ne pas être. Je n’ai rien à vendre, je ne suis ni VRP ni animateur de télévision. Les gens qui me connaissent savent que je suis un joyeux luron. J’aime rire et faire rire, mais quand quelque chose me gonfle, je le dis !, » écrivait-il en 2003 dans les colonnes du Monde.

Le comédien et auteur confiait il y a quelques années ne pas aimer les héros. Je « ne crois pas aux types éclatants de bonheur » : « traquer le vécu, la sobriété, la pudeur », « refuser la tricherie » est une profession de foi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...