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Jérusalem : des toilettes antiques parlent de luxe – et d’inconfort

Des dépôts de résidus d'il y a 2 700 ans révèlent la présence de vers intestinaux responsables de douleurs abdominales, de diarrhée ou de démangeaisons

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le siège des toilettes en pierre retrouvé pendant une fouille dans une villa antique, à Armon Hanatziv, à Jérusalem. (Crédit : Ya’akov Billig/Autorité israélienne des antiquités)
Le siège des toilettes en pierre retrouvé pendant une fouille dans une villa antique, à Armon Hanatziv, à Jérusalem. (Crédit : Ya’akov Billig/Autorité israélienne des antiquités)

Des recherches archéologiques réalisées sur des toilettes vieilles de 2 700 ans qui ont été découvertes à Jérusalem montrent que leurs propriétaires étaient riches mais souffraient de parasites intestinaux qui ravageaient le tube digestif, entraînant des douleurs abdominales et des démangeaisons, ont signalé l’université de Tel Aviv et l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), mardi.

Les œufs de vers – qui ont été identifiés dans des échantillons de résidus trouvés dans une fosse placée sous les toilettes en pierre – appartiennent à quatre types différents de parasites intestinaux : les ascaris, les ténias, les trichocéphales et les oxyures. La fosse, trouvée dans une villa antique, était recouverte d’une dalle de calcaire carrée avec un trou en son centre, ce qui a permis, pendant les fouilles, d’identifier les lieux comme étant les toilettes.

« Les vers intestinaux sont des parasites qui entraînent des symptômes tels que des douleurs abdominales, des nausées, des diarrhées ou des démangeaisons », explique dans un communiqué Dafna Langgut, chercheuse au Département d’archéologie et des cultures antiques du Proche-Orient Jacob M. Alkow de l’université de Tel Aviv.

« Certains sont particulièrement dangereux pour les enfants et peuvent entraîner une malnutrition, des troubles du développement, des troubles du système nerveux et la mort dans des cas extrêmes », note-t-elle.

La recherche, qui a été publiée conjointement avec l’IAA, a été publiée dans l’édition la plus récente de l’International Journal of Paleopathology, le journal officiel de la Paleopathology Association.

Langgut suggère que les parasites, qui se propageaient en raison des conditions sanitaires médiocres, notamment un lavage des mains inexistant, pouvaient entraîner « une contamination fécale des aliments et de l’eau potable ».

Autre source possible d’infection, l’utilisation des fèces humaines pour fertiliser les récoltes dans les champs ou manger des viandes, bœuf ou porc, qui n’avaient pas été cuites correctement.

Les œufs de parasite intestinal qui ont été prélevés dans des échantillons de résidus retrouvés sous des toilettes en pierre, à Intestinal Armon Hanatziv. (a). Enterobius vermicularis; (b). Ascaris lumbricoides; (c). Trichuris suis; (d). Trichuris trichiura. (Crédit : Eitan Kremer/Tel Aviv University)

Sans traitement, il était pratiquement impossible de guérir de ces vers intestinaux et ils devaient nuire à vie à leurs hôtes. Les découvertes à la villa semblent indiquer que les maladies gênantes ou infectieuses affectaient en réalité toute la population – comme c’est le cas des poux dans les jardins d’enfants contemporains, compare le communiqué.

Si ces parasites existent encore aujourd’hui, la médecine moderne pose des diagnostics efficaces et offre des traitements pour les empêcher de se propager de manière épidémique, explique Langgut.

Les œufs ont été retrouvés sous les toilettes en pierre du jardin « d’un bien immobilier magnifique » découvert sur la promenade Armon Hanatziv, à Jérusalem, sur un site qui devait offrir une vue panoramique sur la Cité de David et sur le mont du Temple vers le milieu de la période du Second temple. Il y avait aussi dans ce jardin des arbres fruitiers et d’ornement, et la présence de toilettes dans la villa indique que les propriétaires des lieux étaient suffisamment riches pour se payer ce luxe, selon les chercheurs.

« À l’époque, les toilettes étaient extrêmement rares et elles symbolisaient un statut – un agrément de luxe que seuls les riches et les plus haut placés pouvaient s’offrir. Comme l’enseigne le Talmud : ‘Qui est riche ?… Rabbi Yosef dit : ‘Tous ceux qui ont des toilettes à proximité de leur table’. » (Bavli Shabbat 25: 2), » indique le communiqué.

Dafna Langgut au laboratoire d’archéobotanique et des environnements antiques à l’université de Tel Aviv. (Crédit :Sasha Flit/Tel Aviv University)

Yaakov Billig, qui a dirigé les fouilles dans la villa pour le compte de l’IAA, estime qu’elle a été construite à la fin de l’âge de fer, au 7e siècle avant l’ère commune. En plus des toilettes, les archéologues ont retrouvé des artéfacts en pierre « d’un artisanat extraordinaire », notamment des chapiteaux en pierre « dans une quantité et d’une qualité jamais observées en Israël ».

L’examen des échantillons prélevés dans la fosse a eu lieu pendant le développement, par Langgut, d’un nouveau domaine de recherche, l’archéo-parasitologie, qui utilise les restes microscopiques des œufs de vers intestinaux pour mieux comprendre l’histoire des maladies et des épidémies.

« Des études comme celle-ci peuvent nous aider à mieux connaître l’histoire des maladies infectieuses actuelles et nous offrir un aperçu de la vie des populations dans les temps anciens », explique-t-elle.

Elle a l’intention de mieux examiner les échantillons de sédiments pour en apprendre davantage sur les régimes alimentaires et sur les herbes médicinales qui étaient utilisées à cette époque à Jérusalem.

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