Jonathan Weisman révèle l’antisémitisme qui couve en Amérique
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Interview"Et maintenant, j'ai plus peur pour mon pays que pour moi"

Jonathan Weisman révèle l’antisémitisme qui couve en Amérique

Le rédacteur en chef adjoint du New York Times explique qu'un establishment trop préoccupé par Israël en vient à ignorer l'antisémitisme qui redresse la tête dans le pays

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Jonathan Weisman. (Autorisation)
Jonathan Weisman. (Autorisation)

WASHINGTON — Tout a commencé avec un tweet. C’était au mois de mai 2016, au milieu d’une campagne présidentielle plus sale que ce n’est le cas habituellement. Et Donald Trump, qui était alors le candidat républicain, avait brusquement fait tomber les Etats-Unis dans une surenchère politique.

Un jour, Jonathan Weisman, rédacteur en chef adjoint du New York Times, a fait ce qu’il fait par ailleurs la majorité du temps : Il a partagé un article sur Twitter.

Mais le partage de cet article – une colonne de l’auteur néo-conservateur Robert Kagan parue dans le Washington Post avertissant que l’ascension de Trump marquait la manière dont « le fascisme arrive en Amérique » – a libéré quelque chose qu’il n’a pas été en mesure de prévoir.

En vingt-quatre heures, son compte Twitter a été inondé de vitriol antisémite, depuis des trolls anonymes le qualifiant de « youpin » à d’autres postant des images où son visage apparaissait en surimpression sur le corps d’un prisonnier d’Auschwitz.

Les violences ont été si intenses que Weisman a quitté Twitter pendant un moment et que l’ADL (Anti-Defamation League) a réuni un groupe de travail chargé d’étudier cette tendance croissante de journalistes juifs faisant l’objet d’abus antisémites.

Récemment, l’antisémitisme a fait son retour dans la conscience nationale : Selon l’ADL, les incidents antisémites aux Etats-Unis ont fait un bond de 57% de 2016 à 2017.

Que ce soit à travers l’émergence publique de l’alt-right, une série d’alertes à la bombe commises dans des institutions juives de tout le pays, un rassemblement de suprématistes blancs qui a dégénéré ou, selon Weisman, l’ascension d’un homme qui a dirigé « la campagne présidentielle la plus antisémite de toute l’histoire américaine », cette haine anti-juive, la plus ancienne du monde, est ressortie encore une fois de l’ombre.

C’est le sujet du nouveau livre de Weisman, intitulé (((Semitism))): Being Jewish in America in the Age of Trump, qui tente de dévoiler les courants à l’origine d’une recrudescence de l’antisémitisme aux Etats-Unis.

Un homme devant les pierres tombales profanées du cimetière juif du mont Carmel à Philadelphie, le 26 février 2017. (Crédit : Dominick Reuter/AFP)

En partie un mémoire, en partie une thèse, (((Semitism))) doit son titre à l’une des toutes premières prises de conscience de Weisman. Les triple parenthèses – comme un écho – ont été l’emblème utilisé par les fanatiques de l’alt-right durant la campagne pour identifier les noms juifs qu’ils souhaitaient prendre pour cible.

Après que le site internet Mic a publié un article expliquant sa tactique, Weisman explique avoir « réalisé qu’il s’agit en fait d’un effort très sophistiqué et organisé ».

L’un des points essentiels soulevés par le livre – et qui a suscité les réprimandes des leaders juifs américains – est que la communauté juive organisée aux Etats-Unis n’a pas mis en place d’effort global et coordonné pour lutter contre l’antisémitisme. Il désigne spécifiquement l’AJC (American Jewish Committee) et le JFNA (Jewish Federations of North America).

Mais tandis qu’il affirme que ces groupes devraient faire plus, certains ont déclaré que le livre manquait de prescriptions sur les actions que les organisations pourraient être en charge de mener.

Dans un récent entretien accordé au Times of Israel, Weisman a évoqué ces inquiétudes et d’autres, notamment son assertion – à laquelle il consacre un chapitre entier – que les responsables juifs américains seraient trop obsédés par Israël.

Vous découvrirez ci-dessous une version révisée et condensée de cet entretien.

Beaucoup d’encre a coulé sur l’antisémitisme au cours des deux dernières années. Qu’est-ce qui vous a décidé d’écrire un livre à ce sujet maintenant ?

J’ai pensé qu’il y avait urgence à rappeler aux gens ce qui est en train de se passer, ce qui était arrivé pendant les élections et que tout simplement, s’il est vrai qu’une partie des attaques sur internet se sont calmées, il y a eu une véritable effervescence du côté du mouvement nationaliste blanc aux Etats-Unis et dans le monde.

Et il ne semble pas qu’il y ait une réponse organisée pour contrer ce phénomène.

Les leaders juifs ont riposté à ce sujet. Quelle est votre réponse à leur réponse ?

Je ferais une distinction entre les principales organisations juives dont les bureaux sont abrités dans les édifices massifs en verre de New York et certains groupes plus modestes.

Ces derniers sont dans les tranchées, oeuvrant non seulement à condamner l’antisémitisme, mais s’associant également aux groupes musulmans, latinos et afro-américains, ainsi qu’aux églises et aux mosquées, pour tenter de créer un front unifié contre le nationalisme blanc.

Je dirais encore que – manifestations mises à part – les organisations juives dominantes se concentrent avant tout sur Israël. Au-delà de ce qu’elles ont pu me rétorquer, elles n’ont pas véritablement fait d’effort dans ce domaine.

Revenons-en à Israël, mais que pourraient-elles faire – ou que devraient-elles faire – pour s’investir davantage dans cette lutte ?

Il y a en fait des initiatives individuelles et des petits groupes qui tentent de combattre la haine sur internet, de faire un travail de proximité auprès des responsables chargés de l’application de la loi, des commissariats locaux, et d’apprendre aux gens comment se protéger lorsqu’ils sont visés par des attaques. Ces personnes, ou ces groupes, sont véritablement sollicités, certains abandonnent parce qu’ils n’ont pas les ressources et je ne vois pas beaucoup de sensibilisation à ce type d’efforts.

Je pense que les gens devraient se montrer plus véhéments. Vous savez, j’avais un ami dont je n’avais pas entendu parler depuis un moment et quand le livre est sorti, il m’a appelé. Il est au bureau de l’AJC. Il m’a dit : « Je sais que l’AJC va contredire ce que tu affirmes » – cela a été le cas – mais j’ai toujours été frappé par la dissonance de la réponse, parce que l’organisation est piégée depuis longtemps dans la politique tribale et elle ne veut pas donner l’impression de s’opposer d’une certaine manière à ses membres ou à ses donateurs conservateurs.

Mais, comme je l’ai dit mille fois, il ne s’agit pas d’être libéral ou conservateur, il ne s’agit pas d’être républicain ou démocrate, il s’agit de défendre les institutions américaines.

Mais, comme je l’ai dit mille fois, il ne s’agit pas d’être libéral ou conservateur, il ne s’agit pas d’être républicain ou démocrate, il s’agit de défendre les institutions américaines.

L’une des critiques les plus importantes que vous avez à l’encontre des institutions juives américaines est leur trop forte focalisation sur Israël, ce qui les amène à négliger l’antisémitisme ici, dans le pays.

J’ai le sentiment qu’Israël est le dénominateur commun des organisations juives. C’est le sujet sur lequel vous pouvez collecter de l’argent, c’est le sujet où vous pouvez éviter d’offenser les gens avec des problèmes de politique intérieure. La politique peut être un sujet brûlant aux Etats-Unis, mais la question qui unit démocrates et républicains est notre soutien à Israël – c’est donc la manière la plus facile d’orienter une organisation.

Alors les initiatives de proximité menées par les principales organisations juives sur les politiques intérieures aux Etats-Unis – sur l’éducation, les aides sociales et la sensibilisation interconfessionnelle, interethnique – ont diminué, l’intérêt se portant sur Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président de la Conférence des présidents, Stephen M. Greenberg, au centre, et son vice-président exécutif Malcolm Hoenlein, à l’ouverture de la 42e conférence de la Mission du Leadership, à Jérusalem, le 14 février 2016. (Crédit : Avi Hayoun)

Je ne suis pas en train de suggérer que nous pourrions ne pas prendre en compte les attitudes des Juifs américains envers Israël mais je pense que pour un nombre trop important d’organisations juives, Israël est devenu le thème dominant.

Je pense que la querelle intérieure à la communauté juive américaine, la querelle incessante sur la politique israélienne, est l’une des raisons qui explique pourquoi l’alt-right a réussi à se faufiler et pourquoi il y a soudainement cette vague de nationalisme blanc qui, pensons-nous, sort de nulle part.

Vous détaillez dans votre livre comment l’alt-right a émergé comme force durant la campagne, même si le mouvement était déjà présent depuis un moment dans le paysage. Comment se porte-t-il aujourd’hui, selon vous ? Vous dites que l’alt-right s’est emparée du débat sur la liberté de parole de manière pernicieuse.

L’alt-right est une force qui couve depuis les dernières années de l’administration Bush. Elle est véritablement sortie de la guerre en Irak et de l’effondrement du système financier. C’était en 2008. Le fait qu’il ait fallu huit ans pour que les gens viennent à remarquer le mouvement est le témoignage remarquable de ce que nous n’avons pas su observer les choses.

Richard Spencer, cadre de l’extrême-droite américaine, à l’université A&M du Texas, le 6 décembre 2016. (Crédit : Capture d’écran)

Mais l’alt-right émergente – le mouvement nationaliste blanc – s’est emparée du débat sur la liberté d’expression. Elle a créé un langage entier autour des « flocons de neige spéciaux », du « déclenchement » et autres concepts similaires et elle a décidé que toute tentative de défense venant de l’extérieur était une attaque à l’encontre de sa liberté de parole. Ces gens considèrent que tout discours est protégé, indépendamment du vitriol ou du mépris qu’il exprime, et ils provoquent.

Quand ces personnalités de l’alt-right, comme un Richard Spencer, vont sur des campus à Berkeley, ou dans l’état du Michigan, ou dans des établissements d’enseignement supérieur dans tout le pays, ils tentent d’obtenir une réponse.

Ils tentent d’obtenir des mouvements de protestation massifs ou des émeutes pour pouvoir dire : ‘Vous voyez, on entrave ma liberté d’expression’. Et c’est en fait l’un des grands défis que nous devons affronter en ce moment, parce qu’il y a des moments pour riposter et il y a des moments pour ignorer. Quand Richard Spencer va sur un campus universitaire, je voudrais que les gens se contentent de tourner le dos et de l’ignorer parce que lui ne cherche qu’à provoquer une réponse.

Vous mentionnez sans ambages dans le livre que Donald Trump a été à l’origine de ‘la campagne la plus antisémite de l’histoire américaine’. Il a connu manifestement d’autres complications, si l’on peut dire, depuis qu’il est président : la déclaration faite lors de la journée sur la Shoah où il n’a pas mentionné les Juifs, ses propos faisant état « de gens biens » lors de la marche des néo-nazis de Charlottesville. Qu’avez-vous à dire sur la relation qu’il entretient avec la communauté juive organisée ?

Il y a une dissonance remarquable qui émane en partie de sa politique envers Israël.

Il y a eu une tolérance de l’intolérance à Washington, parce que ‘Hé ! Donald Trump vient de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ! Donald Trump a fait d’Israël l’un des premiers arrêts à l’étranger de sa présidence !’

Israël est devenu un baume pour toutes les autres choses qui, le cas échéant, auraient retenu notre attention. Il a vraiment fallu Charlottesville pour que la communauté juive organisée commence à s’exprimer.

Le président américain Donald Trump tient un mémorandum signé après avoir prononcé son discours concernant Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017, sous le regard du vice-président américain Mike Pence (Crédit : Saul Loeb / AFP)

Revenons à l’été 2016. Quand avez-vous réalisé, après avoir partagé l’article de Kagan, que vous alliez être pris pour cible à un niveau que vous n’auriez jamais imaginé être possible ?

En une journée. C’est Mic qui a découvert l’existence de l’indication de coïncidence – cette partie de logiciel de plug-in Google qui peut découvrir les trois parenthèses. Quand Mic a écrit un article à ce sujet, j’ai réalisé qu’il s’agissait en fait d’une initiative très sophistiquée et organisée visant à prendre pour cible les Juifs en général et les journalistes juifs en particulier.

Mais c’est vraiment seulement lorsque l’ADL a publié son rapport [sur le ciblage des journalistes juifs] que j’ai réalisé combien tout cela était organisé, et que tout était orchestré très largement par deux hommes du Daily Stormer [un site internet néo-nazi], Andrew Anglin et Andrew Auernheimer. Ce sont eux qui ciblaient les Juifs et organisaient les attaques de leurs partisans.

Mais manifestement, il n’a pas fallu longtemps. Il a fallu 24 heures pour réaliser : « Ouaouh, je ne peux pas croire à ce qui est en train de se passer ».

Qu’ont ressenti votre famille et vos enfants ?

Mes enfants ont eu peur. J’ai passé beaucoup de temps à dire : ‘Allez… Personne ne va traverser l’écran et nous attaquer’.

Lorsque Bethany Mandel a écrit son article [en 2016 dans le Forward] sur l’achat d’une arme, cela m’a donné en quelque sorte du répit. J’ai parlé à mon épouse et je lui ai dit : ‘Est-ce que nous devons acheter une arme à feu ?’ Nous ne l’avons pas fait.

Mais en fin de compte, il y a eu un malaise initial : Etais-je, oui ou non, réellement en danger ? Puis ça a diminué. Et maintenant, j’ai plus peur pour mon pays que pour moi.

Qu’a apporté cette épreuve à votre judéité ? Spinoza disait que c’est l’antisémitisme qui assure finalement le maintien de la continuité et de la cohésion juives.

C’est un point très intéressant parce que, d’une certaine manière, j’ai l’impression que depuis la fondation d’Israël, c’est Israël qui a maintenu les Juifs ensemble.

En fait, durant l’écriture de ce livre, j’ai parlé à beaucoup de gens sur les réponses que pourraient apporter les Juifs. Je me suis entretenu avec un rabbin qui m’a dit qu’il fallait simplement ignorer, que ça passerait. J’ai parlé au rabbin [Avram] Rothman à Whitefish, Montana, qui m’a apporté une réponse plus nuancée. Puis j’ai parlé à celui qui est maintenant mon rabbin, [Daniel] Zemel du Temple Micah à Washington, et c’est lui qui m’a dit qu’il fallait se référer à la Torah.

La Torah dit que là où il y a de l’injustice, il faut se dresser contre.

La Torah dit que là où il y a de l’injustice, il faut se dresser contre

Ce n’est pas une question tactique, c’est une question religieuse. Quand il m’a dit ça, ça m’a terriblement frappé.

J’ai pensé : ‘Dire que j’ai tenté de trouver des réponses et que je n’ai jamais pensé que je pourrais en trouver dans ma propre religion, cette spiritualité a une réponse aux questions dans ma vie’. Cela m’a fait beaucoup réfléchir sur la manière dont je m’étais identifié en tant que juif à une culture, sans avoir suffisamment réfléchi au sujet de la religion. Cela m’a rendu beaucoup plus religieux.

Vraiment ?

Oui. Non que je sois passé de réformé à conservateur puis de conservateur à orthodoxe. Je suis plus spirituel, je pense, à cause de cela.

Manifestation des membres de Jewish Voice for Peace, à Chicago, le 24 mars 2017. (Crédit : Inbal Palombo)

Mais j’évoque dans ce livre cette enquête sur ce qui, selon les Juifs, leur donne leur sentiment d’appartenir au judaïsme. Un énorme pourcentage parle de l’identification et de la défense d’Israël. Mais je crains que, pour la génération de juifs qui se trouve actuellement à l’université et qui va rentrer dans la vie adulte, elle ait grandi à une époque où Israël est beaucoup plus identifié à la politique du Likud qu’à une nation opprimée se battant pour son existence.

Ces jeunes ne s’identifient pas à Israël.

Certains d’entre eux sont anti-israéliens, certains d’entre eux sont anti-sionistes, mais je pense que ce qui prévaut davantage parmi les adolescents et les jeunes adultes en Amérique, c’est qu’ils ne s’identifient tout simplement pas avec Israël en tant que partie importante de leur vie ou de leur identité juives. Si c’est le cas, les Juifs doivent trouver autre chose pour assurer leur cohésion. Ce que je dirais, c’est que j’espère que les Juifs reviendront à leur religion et feront de la spiritualité et des enseignements juifs cet élément d’union entre les Juifs.

J’ai une belle-fille à Barnard qui est maintenant anti-israélienne, et j’ai parlé aux universitaires à ce sujet – de leur vie au niveau universitaire – et ce n’est pas que le sentiment anti-israélien ou le mouvement BDS soient les forces dominantes aujourd’hui sur le campus. Non, c’est que si je suis un étudiant de gauche, je vais être favorable aux droits des personnes transgenres, aux droits civils, à la justice sociale sous toutes ses formes, mais je vais aussi être pro-palestinien et anti-Israël. C’est comme un plat sur un menu. Si vous êtes un combattant pour la justice sociale, c’est comme une case obligatoire à cocher.

Des étudiants musulmans pendant une manifestation anti-Israël à l’université de Californie d’Irvine, en 2006. (Crédit : Mark Boster/Los Angeles Times via Getty Images/JTA)

Dans le livre, vous dites que la première fois que vous êtes allé en Israël, vous étiez principalement intéressé par la cause palestinienne. Pouvez-vous nous parler de ça ?

C’était il y a longtemps. J’étais à l’université du Suffix à l’époque. Mon rabbin… entretenait une amitié étroite avec un religieux palestinien. Il était imam dans un village situé entre Haïfa et Karmiel et j’avais un oncle à Karmiel. Je vivais en Europe et je pensais que je me rendrais en Israël pour me rendre compte des choses par moi-même. J’y suis allé pendant environ huit semaines.

Je suis resté pendant deux semaines dans ce village qui s’appelait Ibilim et j’ai travaillé pour ce religieux. Il était un adhérent important de la « solution du canton ». Il pensait qu’Israël devait inclure la Cisjordanie et la bande de Gaza et qu’il devait y avoir deux gouvernements séparés, un peu comme ça se passe en Suisse. Il y aurait eu un gouvernement israélien et un gouvernement palestinien avec un gouvernement-cadre national qui aurait été chargé de gérer la défense et la politique étrangère.

Quand j’y réfléchis maintenant, je pense à combien ce serait difficile de faire fonctionner cela, mais lorsque j’étais revenu d’Israël, j’était déterminé à faire avancer cette cause et à la faire mienne. Cela a été une période assez brève de mon existence mais après mes études supérieures, j’ai rejoint le corps de la paix et à ce moment-là, je ne me suis pas vraiment impliqué dans toutes ces causes. Mais il est certain que pendant un moment, quand je faisais mes études, les droits des Palestiniens et la recherche d’une solution aux problèmes des relations israélo-palestinienne ont été des causes importantes pour moi.

Avez-vous évolué là-dessus ?

C’est drôle que vous me le demandiez mais je ne veux pas particulièrement parler d’Israël maintenant parce que je consacre un chapitre entier du livre à dire que nous parlons trop d’Israël. Je crois en l’Etat juif. Je ne suis certainement pas anti-sioniste. Mais ce n’est pas ce sur quoi je veux me focaliser actuellement, et je ne veux pas que cela soit mon centre d’intérêt.

C’est le sujet le plus surreprésenté dans le monde.

Des fidèles juifs prient devant le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant la bénédiction sacerdotale traditionnelle lors de la fête de la Pâque, le 2 avril 2018 (Hadas Parush/Flash90).

Je disais à ma mère dans le passé : ‘Oui, je suis inquiet au sujet d’Israël. Je suis également inquiet pour le Darfour et le sud-Soudan et je suis inquiet pour les Rohingya au Myanmar’. Vous savez, il y a beaucoup de choses qui doivent nous inquiéter dans ce monde alors je ne vais pas être obsédé par l’Etat juif à ce moment de mon existence.

Etes-vous inquiet pour les Juifs américains ?

Je m’inquiète de ce que ce pays va devenir cet endroit terriblement divisé où, dans les grands centres urbains du pays – mais particulièrement sur les côtes – le pluralisme et les minorités seront les bienvenus. Mais où dans les profondeurs du pays, il y aura de la suspicion et de la haine envers les groupes minoritaires. Et les Juifs eux-mêmes devront affronter cette vague ascendante de suspicion.

Je vis à Washington. C’est là que les gens de tout le pays viennent pour devenir actifs au niveau politique – pas seulement les membres du Congrès, mais leurs personnels et autres – et je constate déjà que cette suspicion s’accroît.

Ma crainte c’est que la prohibition actuelle d’un antisémitisme affirmé à droite comme à gauche semble déclinante. Quand vous avez un homme qui se présente au Congrès, ce type, Paul Niehlen, qui se présente contre Paul Ryan, et qui considère comme un avantage politique d’être un antisémite acharné, ça me fait peur parce que ce qu’il me dit, c’est qu’il y a un public prêt à entendre ça.

Je ne pense pas que Paul Niehlen va remporter un fauteuil au Congrès mais Steve King en est l’un des membres. Ce n’est pas un antisémite mais il a dit des choses véritablement intolérantes concernant les Latinos, les Mexicains, les Afro-américains et les musulmans – et cela n’a permis que de cimenter sa position.

Ça m’inquiète. Je m’inquiète au sujet de la communauté juive et je m’inquiète au sujet des minorités en général aux Etats-Unis.

Je m’inquiète du pluralisme aux Etats-Unis.

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