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Kanye West, trublion du rap qui s’enfonce dans les polémiques

Ses dernières frasques - notamment des propos antisémites et un t-shirt détournant un slogan antiraciste - l'ont éloigné de certains de ses fans et de partenaires commerciaux

Kanye West arrivant à la Vanity Fair Oscar Party, à Beverly Hills, en Californie, le 9 février 2020. (Crédit : Evan Agostini/Invision/AP/Dossier)
Kanye West arrivant à la Vanity Fair Oscar Party, à Beverly Hills, en Californie, le 9 février 2020. (Crédit : Evan Agostini/Invision/AP/Dossier)

Le rappeur américain Kanye West, aussi appelé « Ye », est depuis longtemps indissociable des controverses qu’il crée, mais ses dernières frasques – notamment des propos antisémites et un t-shirt détournant un slogan antiraciste – l’ont éloigné de certains de ses fans et de partenaires commerciaux.

Une mauvaise passe de plus pour cet artiste et créateur de mode au génie jadis salué, qui a publiquement évoqué ses troubles bipolaires et dont l’anticonformisme obstiné l’a amené à flirter avec les limites de la liberté d’expression.

Lors de la dernière Fashion week de Paris, la star afro-américaine porte un t-shirt proclamant « White Lives Matter » (« La vie des Blancs compte », en anglais), détournement du célèbre slogan « Black Lives Matter », emblématique des manifestations antiracistes de l’été 2020 aux États-Unis.

Quelques jours plus tard, ses comptes Instagram et Twitter sont restreints après des publications jugées antisémites, faisant écho à des thèses complotistes sur l’influence supposée de la communauté juive.

« Je vais t’utiliser comme exemple pour montrer aux personnes juives qui t’ont dit de m’appeler que personne ne peut me menacer ou m’influencer », écrit-il par exemple dans un échange avec le rappeur Diddy, qui avait critiqué son t-shirt.

De nombreuses célébrités dénoncent immédiatement ses propos, qui promeuvent « la haine des Juifs », selon l’organisation American Jewish Committee (AJC).

Michel-Ange

Dans la foulée de l’affaire du t-shirt, Kanye West donne une interview à Fox News, la chaîne préférée des conservateurs.

L’entretien, déjà controversé, le devient encore davantage quand le média Vice publie des extraits non diffusés, dans lesquels le rappeur tenait des propos empreints de théories du complot racistes.

Les dérapages de trop ? Cette semaine, un producteur de l’émission « The Shop: Uninterrupted », avec la star du basket LeBron James, a annoncé ne pas sortir l’épisode dans lequel Kanye West intervenait, car ce dernier l’avait utilisé pour « répéter un discours haineux ».

L’artiste, qui avait déjà brusquement mis fin à son partenariat avec Gap en septembre, a vu celui qui le liait à Adidas remis en cause par l’équipementier, qui a évoqué le besoin d’un « respect mutuel et (de) valeurs partagées », quelques jours après la polémique « White Lives Matter » – sans toutefois évoquer directement cet incident.

Ces dernières controverses viennent s’ajouter à une liste si longue qu’elle éclipse peu à peu son talent.

Le rappeur de 45 ans, qui s’est déjà comparé sans ironie à Michel-Ange, explose en 2004 avec l’album « The College Dropout », début d’une carrière magistrale qui l’a vu imprégner le rap d’éléments tirés de la soul et de l’électro.

Son caractère imprévisible lui vaut certes des critiques, mais elles sont apaisées, pendant des années, par sa célébrité.

Son honnêteté lui attire même parfois des éloges, comme en 2005, quand il dénonce la réponse du président George W. Bush au dévastateur ouragan Katrina.

« Narcissique »

Mais au fil du temps, ses propos deviennent de plus en plus grandiloquents et contestés.

Après la sortie de l’album « The Life of Pablo », début 2016, Kanye West connaît des problèmes de santé mentale – troubles bipolaires notamment – et disparaît de la vie publique.

Il refait surface à la fin de l’année, se rendant à la Trump Tower pour rencontrer Donald Trump, tout juste élu président.

Ce soutien public – rare chez les célébrités – au Républicain, accusé à de multiples reprises de racisme et de sexisme, suscite des réactions étonnées et hostiles.

En 2018, Donald Trump et « Ye » se retrouvent à la Maison Blanche pour un tête-à-tête surréaliste, lors duquel le rappeur livre un monologue énigmatique de dix minutes.

Et deux ans plus tard, Kanye West se lance lui-même dans la course à la présidence, sans succès.

Cette année, il a aussi été interdit de publications sur Instagram pendant 24 heures après avoir été accusé de harcèlement, sur fond de divorce acrimonieux avec la vedette de téléréalité Kim Kardashian.

Si, par le passé, des commentateurs avaient opté pour une certaine clémence, rappelant ses problèmes de santé mentale, l’avis général semble évoluer.

Dans les pages du New York Times, l’éditorialiste Charles Blow a qualifié « Ye » d’homme « narcissique, accro à l’attention et aux éloges ».

« Il participe à sa torture. Il la soigne et l’utilise. Une partie est peut-être naturelle, mais une autre partie est fabriquée, pour étoffer la légende. »

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