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La 4G, bientôt disponible pour les Palestiniens ?

Jusqu'en 2018, Israël empêchait l'installation de la 3G par les Palestiniens et des années pourraient s'écouler avant le déploiement de la 4G, alors que la 5G se démocratise

Un vendeur propose des contrats de téléphonie mobile depuis un stand situé dans une rue de Naplouse en Cisjordanie, le 15 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)
Un vendeur propose des contrats de téléphonie mobile depuis un stand situé dans une rue de Naplouse en Cisjordanie, le 15 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Israël a provisoirement accepté d’autoriser les sociétés de téléphonie mobile palestiniennes à mettre en place des réseaux mobiles de quatrième génération – leur permettant de profiter tardivement d’une technologie considérée comme standard dans une grande partie du globe – dans le cadre d’une série de mesures destinées à renforcer l’Autorité palestinienne (AP) au détriment du groupe terroriste palestinien du Hamas.

L’approbation, qui doit encore être finalisée, a été officiellement présentée lors d’une récente réunion à huis clos des équipes de télécommunications israéliennes et palestiniennes, ont déclaré des responsables israéliens et palestiniens au Times of Israël.

« Le système 4G sera disponible pour les Palestiniens dès que possible. Il a déjà fait l’objet de discussions et d’un accord », a déclaré au Times of Israël, sous couvert d’anonymat, un haut fonctionnaire israélien impliqué dans la promotion de l’initiative.

Depuis des années, Israël n’autorise pas les fournisseurs de téléphonie mobile palestiniens à moderniser leurs réseaux, la plupart des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza ayant donc des connexions nettement plus lentes que celles d’Israël et du reste du monde.

Un porte-parole du ministère de la Défense n’a pas répondu à une demande de commentaire sur les raisons du refus de l’accès aux réseaux améliorés.

L’accord intervient alors que des responsables du gouvernement israélien ont déclaré qu’ils espéraient faire avancer les initiatives visant à améliorer le quotidien des Palestiniens. Les responsables israéliens ont déclaré que le renforcement de l’AP très en difficultés – notamment en permettant l’amélioration des télécommunications – contribuera à maintenir le calme dans la région.

Les équipes israéliennes et palestiniennes chargées des télécommunications ont tenu une réunion privée le 14 novembre, au cours de laquelle les responsables israéliens ont exprimé leur approbation provisoire de la mise à niveau 4G, ont indiqué des responsables.

« Nous assisterons bientôt à la signature d’un accord officiel. Les équipes techniques des deux parties commenceront à travailler dès que possible », a déclaré le responsable israélien, estimant que l’opération devrait se poursuivre dans les mois à venir.

Mais un responsable palestinien a déclaré que les Israéliens les avaient informés que les discussions techniques conjointes ne commenceraient pas avant avril. « Nous avons demandé aux Israéliens d’organiser des réunions immédiates dans l’intervalle, car cette date est très éloignée », a-t-il déclaré.

Le responsable a ajouté que les Israéliens n’avaient pas encore fait d’offre concrète sur la quantité de bande passante qui serait mise à la disposition des Palestiniens. Une précédente proposition israélienne, en 2019, a été rejetée par les Palestiniens parce qu’elle ne prévoyait qu’un nombre infime de fréquences pour les sociétés de téléphonie mobile palestiniennes, ont-ils ajouté.

Selon le responsable, l’AP a demandé à Israël de s’appuyer sur une étude indépendante sur la question de la 4G commandée par le Bureau du Quartet, composé des États-Unis d’Amérique, de la Russie, de l’Union européenne et des Nations unies, qui soutient le développement économique palestinien.

« Dans tous les cas, une fois que nous aurons terminé les discussions techniques et reçu les fréquences pour la 4G, nos entreprises auront besoin de six mois à un an pour importer les équipements de l’étranger et pour lancer et exploiter le système 4G », a ajouté le responsable.

Même l’introduction tant attendue d’un réseau 4G plus rapide laisserait les opérateurs palestiniens un pas derrière leurs homologues israéliens. Israël met déjà en œuvre des réseaux 5G extrêmement rapides dans tout le pays – avec des vitesses au moins 10 fois supérieures à celles du réseau précédent.

Les Palestiniens de Cisjordanie n’ont été autorisés à utiliser des télécommunications de troisième génération qu’en 2018, quatre ans après qu’Israël eut déjà passé à la 4G. Et à Gaza, où Israël n’a pas autorisé l’entrée des équipements 3G, les opérateurs palestiniens ne proposent que la 2G – un service initialement introduit dans les années 1990.

Un policier palestinien se tient à côté d’une affiche informant le président américain Barack Obama :  » Nous n’avons pas de 3G en Palestine « , dans la ville de Ramallah en Cisjordanie en 2013 (Crédit : Issam Rimawi/Flash90).

Le manque d’accès à des vitesses de service cellulaire plus rapides constitue un sérieux obstacle au développement économique palestinien, selon les observateurs.

L’homme d’affaires palestino-américain Sam Bahour, membre fondateur de Paltel, le fournisseur national de télécommunications, a déclaré que les entreprises palestiniennes doivent avoir accès à des réseaux plus rapides pour prospérer.

« Prenez le développement d’applications mobiles – les nouvelles technologies ouvrent la porte à de nouveaux types d’applications à développer. Cette porte est fermée en Palestine en raison de notre manque de capacité à interagir avec les nouvelles technologies », a déclaré Bahour.

Les restrictions israéliennes sur les fréquences cellulaires et l’emplacement des tours ont entraîné une hausse des prix de la téléphonie mobile pour les consommateurs palestiniens, qui reçoivent également un service plus lent, a déclaré Bahour.

Mais Bahour a également jugé l’initiative 4G insuffisante et tardive : les entreprises cellulaires palestiniennes viennent d’investir plus d’environ 156 millions de shekels dans la technologie 3G en 2018 – près d’une décennie et demie derrière leurs homologues israéliens.

« Maintenant, on nous demande, tardivement dans le contexte de la 4G, d’envisager d’avoir la possibilité d’investir à nouveau des dizaines de millions de dollars supplémentaires dans cette technologie – maintenant que le reste du monde a déjà atteint la 5G », a déclaré Bahour.

« C’est un jeu très cruel qui est en train de se jouer. Cela n’a rien à voir avec le développement du secteur des télécommunications », a-t-il ajouté. « Cela a beaucoup plus à voir avec la politique : Israël veut pouvoir parler d’un sujet ‘économique’ plutôt que ‘politique’. »

Une femme palestinienne parle sur un téléphone portable à Ramallah, le 28 octobre 2014. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Les compagnies israéliennes de téléphonie cellulaire opèrent largement en Cisjordanie, et la couverture atteint la plupart des zones palestiniennes. De nombreux Palestiniens préfèrent les réseaux cellulaires israéliens, qui sont moins chers et fournissent un service plus rapide, que leurs homologues palestiniens plus lents.

Les réseaux israéliens sont censés desservir les implantations de Cisjordanie sans empiéter sur les zones de l’AP, conformément aux accords conclus entre les deux parties. Mais dans les faits, les signaux cellulaires israéliens atteignent souvent profondément les villes palestiniennes.

Selon la Banque mondiale, l’économie palestinienne a perdu jusqu’à environ 4,7 milliards de shekels entre 2013 et 2015 en raison du « siphonnage » des clients palestiniens par les opérateurs israéliens, soit environ 30 % du marché cellulaire palestinien total.

Le ministre des Communications, Yoaz Hendel, qui est un fervent partisan du mouvement des implantations israéliennes, a promis d’étendre considérablement la couverture cellulaire israélienne en Cisjordanie. Cette décision a suscité l’inquiétude des Palestiniens, qui craignent que davantage de clients ne se tournent vers les opérateurs israéliens.

La demande palestinienne d’amélioration des réseaux cellulaires a été évoquée à plusieurs reprises au cours des derniers mois lors de réunions avec des responsables israéliens.

« Nous sommes prêts, dès maintenant, à appliquer ces technologies en Cisjordanie et à Gaza. Plus vite ce sera fait, mieux ce sera pour l’économie et le développement palestiniens », a déclaré Ishaq Sidr, ministre des Télécommunications de l’AP, dans une interview accordée en octobre au Times of Israël.

Après que la question eut été soulevée lors d’une réunion en août entre le ministre de la Défense Benny Gantz et le président de l’AP Mahmoud Abbas, le principal conseiller de ce dernier, Hussein al-Sheikh, a annoncé sur Twitter que les réseaux 4G seraient bientôt disponibles en Cisjordanie et à Gaza.

Le secrétaire adjoint américain pour les affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, atterrit à l’aéroport international Ben Gurion, le 14 mai 2021. (Crédit : Unité des affaires palestiniennes de l’ambassade des États-Unis/Twitter)

Mais les responsables israéliens ont refusé de commenter publiquement les déclarations d’al-Sheikh, et Israël n’a officiellement donné le feu vert aux Palestiniens que lors de la réunion du 14 novembre, selon des responsables.

Le ministère israélien de la Défense, le ministère israélien des Communications et la liaison de l’armée israélienne avec les Palestiniens (COGAT) n’ont pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israël.

Les États-Unis et les pays européens ont exprimé leur soutien à la modernisation des réseaux palestiniens, selon le fonctionnaire israélien anonyme.

Lors d’un discours officieux devant des diplomates à Oslo mercredi dernier, l’important et confirmé diplomate américain Hady Amr s’est dit satisfait de l’évolution apparente de la question.

« Il y a eu des progrès lors de la récente réunion sur les télécommunications. Et nous sommes heureux de voir ces progrès sur la mise en œuvre de la 4G en Cisjordanie et à Gaza, nous l’espérons aussi. Nous espérons simplement que cela pourra se faire le plus rapidement possible », a déclaré M. Amr, qui occupe le poste de secrétaire adjoint américain pour les affaires israéliennes et palestiniennes.

« Il n’y a aucun moyen pour l’économie palestinienne de progresser sans accès à la technologie », a-t-il ajouté. « Nous espérons donc que nous pourrons avancer sur la 4G, au minimum ».

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