La baisse des dons, « une peine de mort » contre le Yémen, selon l’ONU
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La baisse des dons, « une peine de mort » contre le Yémen, selon l’ONU

Une conférence internationale a permis de récolter seulement 1,7 milliard de dollars sur les 3,85 milliards espérés pour le pays touché par la pire crise humanitaire au monde

Une mère yéménite tient son enfant malnutri pendant qu'une infirmière tente de le nourrir, dans hôpital de Taez au Yémén, le 19 novembre 2018. (Crédit : Marzooq AL-JABIRY / AFP)
Une mère yéménite tient son enfant malnutri pendant qu'une infirmière tente de le nourrir, dans hôpital de Taez au Yémén, le 19 novembre 2018. (Crédit : Marzooq AL-JABIRY / AFP)

Les promesses de dons « décevantes » pour assurer une aide au Yémen, pays ravagé par la guerre et au bord de la famine, équivalent à une « peine de mort », a regretté lundi l’ONU à l’issue d’une conférence internationale où elle a récolté seulement 1,7 milliard de dollars, sur les 3,85 milliards espérés.

Gouvernements et donateurs particuliers ont participé à une réunion virtuelle co-organisée par la Suède et la Suisse, pendant que les violences s’intensifient à Marib, dans le nord du Yémen, entre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement, appuyé par l’Arabie saoudite.

À l’ouverture de la réunion, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait exhorté les donateurs à assurer une aide de 3,85 milliards de dollars (environ 3,18 milliards d’euros), afin d’empêcher la famine « d’engloutir » le pays très pauvre de la péninsule arabique où « l’enfance est un enfer ».

« Le résultat de la réunion d’aujourd’hui (…) est décevant », a regretté M. Guterres, expliquant que les promesses de dons restent moins importantes que l’aide versée en 2020, qui manquait déjà de 1,5 milliard de dollars sur les 3,4 milliards nécessaires.

« Des millions d’enfants, de femmes et d’hommes yéménites ont désespérément besoin d’aide pour vivre. Réduire l’aide équivaut à une peine de mort », a déploré le chef de l’ONU dans un communiqué.

« Je remercie ceux qui se sont engagés généreusement et je demande aux autres de réfléchir à nouveau à ce qu’ils peuvent faire pour contribuer à éviter la pire famine que le monde ait connue depuis des décennies », a insisté Antonio Guterres.

Le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a résumé la situation : « L’argent que nous avons récolté aujourd’hui ne suffira pas à contrer la famine », a-t-il prévenu lors d’une conférence de presse virtuelle.

Le conflit, déclenché en 2014 par une offensive des rebelles qui ont conquis de vastes pans du territoire, a tué des dizaines de milliers de personnes selon des ONG et poussé des millions d’autres au bord de la famine. C’est la pire crise humanitaire au monde d’après l’ONU.

Un homme yéménite, blessé lors d’explosions dans l’aéroport d’Aden la veille, reçoit des visiteurs dans sa chambre d’hôpital, le 31 décembre 2020. (Crédit : Saleh Al-OBEIDI / AFP)

Certaines des promesses de lundi, dont les 191 millions de dollars des États-Unis et les 430 millions de dollars de l’Arabie saoudite, sont inférieures aux dons de 2020. L’Allemagne a en revanche augmenté sa contribution en promettant 200 millions d’euros.

Selon les derniers chiffres de l’ONU, plus de 16 millions de Yéménites, soit environ la moitié de la population de 29 millions d’habitants, risquent d’être confrontés à la faim cette année. Près de 50 000 d’entre eux « meurent déjà de faim dans des conditions proches de la famine » et
400 000 enfants de moins de 5 ans pourraient mourir de malnutrition aiguë « sans traitement d’urgence ».

En septembre 2020, l’ONU a révélé que l’aide essentielle avait été supprimée dans 300 centres de santé du Yémen en raison du manque de financement, et que plus d’un tiers de ses principaux programmes humanitaires avaient été réduits ou interrompus.

Plusieurs organisations humanitaires ont exprimé leur frustration à l’issue de la conférence de lundi. « Le Yémen a désespérément besoin d’une augmentation et non d’une réduction de l’aide », a déclaré dans un communiqué Muhsin Siddiquey, directeur d’Oxfam pour le Yémen.

Les décombres d’un immeuble détruit qui était utilisé comme prison par les rebelles Houthis, au Yémen, qui a été frappé par un avion de la coalition dirigée par les Saoudiens à Dhamar, au sud de la capitale Sanaa, détenue par les Houthis, le 1er septembre 2019. (Crédit : AFP)

« Mettre fin au conflit »

La conférence s’est tenue à un moment où les États-Unis cherchent à relancer le dialogue pour résoudre le conflit. Washington a retiré les Houthis de la liste des « organisations terroristes » et cessé de soutenir l’intervention depuis 2015 au Yémen d’une coalition menée par l’Arabie saoudite qui aide militairement le pouvoir.

Les Houthis ont néanmoins intensifié leurs opérations contre les forces du gouvernement et l’Arabie saoudite. Et l’aviation saoudienne pilonne les positions des rebelles à Marib afin de les empêcher d’avancer.

Lundi, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a pressé les Houthis de cesser leur offensive et de « se joindre aux Saoudiens et au gouvernement du Yémen en agissant de manière constructive en faveur de la paix ».

« L’aide seule ne mettra pas fin au conflit. Nous ne pouvons mettre fin à la crise humanitaire au Yémen qu’en mettant fin à la guerre », a-t-il affirmé lors de la réunion.

L’ONU prévoit un désastre humanitaire si les combats pour Marib continuent, rappelant qu’ils ont déjà mis « des millions de civils en danger ». Cette région abrite de nombreux déplacés, dont des centaines de familles ont repris la fuite.

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