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La Berlinale supprime le prix « Alfred Bauer »

Le festival a chargé l'Institut d'histoire contemporaine (IfZ) de Munich d'enquêter sur la réalité des liens de son fondateur avec le régime d'Adolf Hitler

Le Palais du festival international du Film de Berlin. (Crédit : CC BY-SA 3.0)
Le Palais du festival international du Film de Berlin. (Crédit : CC BY-SA 3.0)

Entachée par les révélations sur le passé nazi de son fondateur, la Berlinale, qui s’est achevait samedi, s’est frottée cette année aux enjeux de mémoire, du IIIe Reich au racisme au Brésil et à la décolonisation.

La 70e édition du festival berlinois n’avait pas encore débuté qu’elle était confrontée au parcours d’Alfred Bauer, nazi de haut rang et père de la Berlinale.

Dotée d’une nouvelle direction, la Berlinale a dû réagir, en supprimant notamment le prix « Alfred Bauer » remis jusqu’ici chaque année.

Le festival a également chargé l’Institut d’histoire contemporaine (IfZ) de Munich d’enquêter sur la réalité des liens de son fondateur avec le régime d’Adolf Hitler.

L’Ours d’or du meilleur film, plus prestigieuse récompense décernée lors du Festival de Berlin depuis 1951. (Crédit : Solar ikon / Wikimedia / Creative Commons Attribution 2.0 Générique)

« Sous le tapis »

« Au sujet d’Alfred Bauer, il est probable que certaines voix se soient élevées à l’époque (au sujet de ses liens avec le nazisme), mais cela a été mis sous le tapis et ne ressort que maintenant », a déclaré à l’AFP Andreas Wirsching, directeur de l’IfZ.

Le festival, tout en se débattant avec sa propre histoire, a cette année proposé plusieurs films qui bousculent des représentations bien ancrées. Comme la supposée modération du dirigeant nazi Albert Speer, un des rares à avoir échappé à la peine capitale au procès de Nuremberg.

Dans « Speer Goes To Hollywood », la réalisatrice israélienne Vanessa Lapa décrypte les efforts de l’architecte nazi pour réécrire, dans ses Mémoires notamment, son propre rôle.

« Speer est un parfait exemple de comment un nazi peut raconter sa propre histoire comme si lui et ceux de son milieu n’y étaient pas pour grand chose », explique à l’AFP M. Wirsching.

La réécriture du passé est également un enjeu dans le Brésil contemporain, selon le réalisateur Marco Dutra, dont le film « All the Dead Ones » était en compétition pour l’Ours d’or.

Le président brésilien Jair Bolsonaro du parti d’extrême-droite Social libéral durant une conférence de presse, à Rio de Janeiro, le 25 octobre 2018. (Crédit :AP/Leo Correa)

Le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro a ainsi affirmé que le racisme était « rare » dans le pays et n’a pas hésité à nommer récemment à la tête de l’Institut de la culture afro-brésilienne Sergio Camargo, pour qui l’esclavage avait été « bénéfique » aux personnes d’origine africaine.

M. Dutra adopte un point de vue opposé dans « Tous les morts », un film qui se déroule à Sao Paulo à la fin du XIXe siècle, une décennie après l’abolition de l’esclavage.

« Malgré les nombreuses théories encore en cours prétendant que le Brésil est construit sur un mélange d’identités, la réalité est très différente. C’est un pays très raciste », dénonce-t-il.

« Cri »

Un autre candidat à l’Ours d’or, le Franco-Cambodgien Rithy Panh, juge lui que le cinéma a un rôle à jouer dans la « lutte contre le totalitarisme ».

Son film, « Irradié », confronte le spectateur à des images poignantes d’Hiroshima et de la Shoah.

« En fait, le film c’est toujours un cri. Un cri d’espoir ou un cri pour conjurer le malheur parce qu’on pense que c’est le dernier siècle, mais les choses se répètent encore et encore », met-il en garde.

Le réalisateur et archiviste nigérian Didi Cheeka, de la Lagos Film Society, estime quant à lui que le cinéma peut aider une société à faire face à son passé. Dans le court-métrage « Memory Also Die », il exhume ainsi des images du Nigeria, jusqu’ici oubliées.

Les archives filmées peuvent, explique-t-il à l’AFP, permettre de remettre en question les « récits officiels » sur la guerre du Biafra, qui a divisé le Nigeria tout juste indépendant à la fin des années 1960.

Parce que les Nigérians ont été encouragés pendant des décennies à ne pas évoquer le conflit, des ressentiments hantent aujourd’hui le pays, le plus peuplé d’Afrique, fait-il valoir.

En restaurant des images de la guerre issues des archives de l’époque coloniale, M. Cheeka veut contribuer à « combler ce fossé » entre diverses régions du pays et à permettre aux « gens d’accepter ce qui s’est passé ».

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