La chef des Amis d’Israël du Labour, anti-Corbyn, perd une motion de censure
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La chef des Amis d’Israël du Labour, anti-Corbyn, perd une motion de censure

Joan Ryan, qui a dénoncé le problème de l'antisémitisme dans le parti, a promis de ne pas démissionner après sa défaite dans l'action symbolique

Les activistes du Labour de la circonscription d'Enfield North lors d'un vote sur une motion de censure contre la députée Joan Ryan pour ses critiques sur le leader Jeremy Corbyn, le 6 septembre 2018 (Capture d'écran :  YouTube)
Les activistes du Labour de la circonscription d'Enfield North lors d'un vote sur une motion de censure contre la députée Joan Ryan pour ses critiques sur le leader Jeremy Corbyn, le 6 septembre 2018 (Capture d'écran : YouTube)

Une députée britannique à la tête du groupe parlementaire des amis d’Israël au sein du Labour a perdu lors du vote par les membres de la formation dans sa circonscription d’une motion de censure, déposée suite à ses critiques du chef de l’opposition Jeremy Corbyn en raison des problèmes d’antisémitisme qui gangrènent le parti travailliste.

Joan Ryan, députée d’Enfield North, a perdu le vote à 94 voix contre 92, un résultat qu’elle a attribué aux « Stalinistes, communistes et autre extrême-gauche assortie ».

La motion n’avait aucune valeur légale mais elle pourrait entraîner davantage d’initiatives de la part des membres pro-Corbyn du Labour visant à la démettre de ses fonctions.

Malgré la défaite, Ryan est restée intraitable à l’issue du vote, disant que ce dernier « n’a guère été une victoire décisive ».

Joan Ryan, présidente du groupe des Amis d’Israël au Labour (Autorisation : Parlement britannique)

« Pour que les choses soient claires, je ne démissionnerai pas. Je suis au Labour jusqu’au bout des ongles et je continuerai à défendre les valeurs du Labour », a-t-elle écrit sur son compte Twitter officiel.

Le groupe des Amis d’Israël du parti a pris sa défense, évoquant l’une des « personnalités les plus droites, les plus courageuses et les plus fidèles à ses principes de la politique britannique » et affirmant que « rien, concernant le vote de ce soir, n’a modifié ce fait ».

Le vote avait été organisé par des activistes locaux du Labour après que Ryan a critiqué Corbyn suite à des propos qu’il aurait tenus en 2013 – et qui ont récemment été rendus publics – disant que les « sionistes » ne comprenaient pas « l’ironie anglaise ». Corbyn a ultérieurement défendu ses paroles, considérées par ses détracteurs comme antisémites.

« Notre députée a dénigré la personnalité de Corbyn sans qu’il ait eu droit à une défense juste et équilibrée », disait la motion déposée par les activistes dans la circonscription de Ryan, selon le Times.

Elle ajoutait que Ryan « a attisé et donc enflammé le procès intenté par les médias » de Corbyn, qui est sous le feu des projecteurs ces derniers temps en raison d’un certain nombre de propos passés critiquant Israël. Il avait notamment comparé la gouvernance militaire de l’Etat juif en Cisjordanie à l’occupation nazie de l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Corbyn lui-même a soutenu le droit au vote des activistes contre Ryan, estimant que « tous les partis ont le droit d’interroger les actions de leurs députés. Tous les partis ont le droit de les récuser pour ce qu’ils font et pour la manière dont ils représentent leur secteur, et c’est là, si je ne m’abuse, très exactement ce qui arrive ici ».

De plus, Corbyn, interrogé sur l’éventuelle nécessité de protéger les députés juifs des efforts visant à les expulser du parti (Ryan elle-même n’est pas juive), a répondu : « Personne ne devrait être attaqué pour sa confession et je suis absolument clair – il n’y a pas de place pour le racisme où que ce soit dans notre société », a-t-il dit. « Il n’y a pas de place pour l’antisémitisme dans notre société ou dans n’importe lequel de nos partis politiques ».

Le Labour avait suscité l’indignation suite à l’adoption partielle de la définition de l’antisémitisme établie par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) au mois de juillet, ôtant ses clauses relatives à la critique d’Israël.

La formation a approuvé mardi la définition en entier, ajoutant toutefois une clause de « libre expression » qui a entraîné la colère des groupes juifs. Corbyn lui-même a cherché – en vain – à ajouter une disposition supplémentaire qui aurait permis de considérer que qualifier Israël et sa fondation de « racistes » n’était pas antisémite.

Rebondissement supplémentaire dans l’affaire de la motion de censure, jeudi, la rencontre semble avoir été illégalement filmée par la chaîne d’Etat iranienne Press TV, hors-la-loi au Royaume-Uni. Le chef du parti travailliste de la circonscription d’Enfield North aurait indiqué qu’il y aura une enquête sur la présence de la chaîne lors de la réunion, selon le Guardian.

Corbyn est apparu dans le passé sur la chaîne – dont l’autorisation de diffusion au Royaume-Uni a été révoquée en 2012 – accordant notamment une interview il y a sept ans dans laquelle il clamait que la BBC était « partiale lorsqu’elle disait qu’… Israël a le droit d’exister ».

Aux côtés de Ryan, le député du Labour Gavin Shuker, de Luton South, a perdu une motion de censure jeudi lancée en raison de ses critiques de Corbyn. Lui aussi a fait savoir qu’il ne démissionnerait pas.

« Je n’ai pas changé mais le parti du Labour a changé », a-t-il écrit sur Twitter.

La crise sur l’antisémitisme dans le parti a causé une scission majeure dans ses rangs et a amené les Juifs à exprimer leurs craintes sur leur avenir dans le pays.

Corbyn déclare que l’antisémitisme n’a pas sa place au sein du Labour mais il a été âprement critiqué pour des informations portant sur des préjugés antijuifs généralisés, pour ses propres déclarations et activités antisémites présumées et pour ne pas avoir soutenu la définition de l’antisémitisme mise au point par l’IHRA.

La semaine dernière, le législateur vétéran Frank Field a quitté le groupe du Labour au Parlement, disant que le parti est devenu « une force en faveur de l’antisémitisme », tandis que l’ancien grand rabbin du Royaume-Uni Jonathan Sacks a qualifié Corbyn « d’antisémite dangereux ».

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