La coalition bloque l’enquête du contrôleur d’État sur la « farce » budgétaire
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La coalition bloque l’enquête du contrôleur d’État sur la « farce » budgétaire

La commission de vérification des comptes de la Knesset a discuté de la gestion du processus budgétaire, de la démission de Meridor et des accusations d'ingérence politique

Le député Ofer Shelah de Yesh Atid. (Flash90)
Le député Ofer Shelah de Yesh Atid. (Flash90)

Lundi, les députés de la coalition ont rejeté une initiative d’une commission de la Knesset visant à ce que le contrôleur d’État examine le processus de préparation du budget 2021, sur la base d’allégations selon lesquelles le budget de l’État serait détourné à des fins politiques.

Le député de l’opposition Ofer Shelah a convoqué la commission de vérification des comptes de l’État à la suite d’un vote de la Knesset visant à retarder la finalisation du budget 2020 et de la récente démission spectaculaire du plus haut fonctionnaire du ministère des Finances.

Le mois dernier, la Knesset a accepté un compromis visant à reporter la date limite d’adoption du budget, retardant ainsi l’éventualité que les Israéliens se rendent aux urnes pour la quatrième fois depuis avril 2019.

Le débat sur le budget a été au cœur d’un différend entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense de la coalition, Benny Gantz de Kakhol lavan.

Au cœur de la crise de la coalition, la question de savoir si le gouvernement devait adopter un budget qui inclut 2021, comme le stipule l’accord de coalition et soutenu par Gantz, ou un budget qui ne couvre que le reste de l’année 2020, comme l’a insisté le Likud en raison de l’incertitude causée par la pandémie.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un vote à la Knesset le 24 août 2020 pour repousser une échéance budgétaire et ainsi éviter des élections (Oren Ben Hakoon/POOL)

Kakhol lavan a accusé Netanyahu de tenter délibérément de violer l’accord de coalition avec sa demande soudaine d’un budget d’un an afin de se laisser la possibilité, lors des négociations budgétaires de l’année prochaine, de dissoudre le gouvernement. Cela lui permettrait d’éviter d’avoir à céder le poste de Premier ministre à Gantz en novembre 2021, comme le stipule l’accord de coalition.

Selon les économistes, il est plus logique d’adopter un budget qui englobe à la fois 2020 et 2021, car il ne servirait pas à grand-chose de présenter un budget 2020 quelques mois avant la fin de l’année. Selon Netanyahu, l’incertitude due à la pandémie rend impossible toute planification à aussi long-terme.

L’absence de budget signifie que le gouvernement fonctionne selon le budget 2019, limité à dépenser chaque mois 1/12e des fonds de l’année précédente.

Shelah, de Yesh Atid, a qualifié la situation actuelle de « farce la plus grave dans le processus de préparation d’un budget de l’Etat », notant qu’Israël était « au milieu d’une crise économique énorme, avec des centaines de milliers de chômeurs à travers le pays ».

Le directeur du budget du ministère des Finances, Shaul Meridor, assiste à une conférence de presse au ministère des Finances à Jérusalem le 11 décembre 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Shelah a déclaré que le « toit s’effondre sur le ministère des Finances… [qui] s’approche du détournement des fonds publics », soulignant le départ dramatique du chef du département du budget Shaul Meridor, qui a démissionné la semaine dernière en protestation contre les récentes politiques économiques du gouvernement et après des mois de luttes intestines avec le ministre des Finances Israël Katz.

Meridor a plié bagages après que des responsables ont pendant des mois accusé Katz de faire pression sur les politiques pour des raisons politiques dans le but de stimuler Netanyahu et le Likud. Katz a également été accusé d’étouffer toute dissidence de la part des responsables du ministère.

« Je ne peux pas prêter main forte à la mauvaise conduite menée ces derniers mois, et dont tous les citoyens israéliens paieront un lourd tribut dans les années à venir », a écrit Meridor dans une lettre de démission à Katz.

Dimanche, le ministre des Finances a nommé Yogev Gardos, le commissaire adjoint aux affaires macro-budgétaires, à la tête du département du budget et a remplacé Meridor par intérim.

Gardos sera chargé de diriger l’équipe qui aidera Katz à adopter le budget supplémentaire du gouvernement et à élaborer le budget pour 2021.

Lors de la discussion de lundi, Gardos a déclaré que “nous travaillons actuellement sur le cadre approuvé dans la loi de Finances 2020”.

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Israël Katz, s’exprime lors d’une réunion d’urgence au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem le 13 février 2020. (Flash90)

A la question de la commission de savoir comment son département pouvait fonctionner après des accusations graves portées par son ancien haut responsable et alors que son processus de décision a été remis en question, Gardos a répondu que « le département du budget est composé de 60 économistes qui se lèvent tous les matins pour faire leur travail. Ce qui s’est passé est désagréable. Nous allons faire ce que l’on attend de nous et aller de l’avant. »

A la fin de la réunion, les membres de la commission ont voté pour décider si le contrôleur d’Etat devait ou non revoir le processus de préparation du budget 2021. La motion a été rejetée par les membres de la coalition, qui constituent la majorité de la commission.

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