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La coalition écarte le risque de défiance alors que la Knesset reprend son activité

Si deux motions de censure ont été évitées par le gouvernement, la pression sur celui-ci demeure

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, siègent à la Knesset le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett, au centre, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, siègent à la Knesset le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Paralysée mais vivante, la coalition gouvernementale du Premier ministre Naftali Bennett a déjoué un piège de l’opposition, lundi, jour de reprise des travaux de la Knesset pour la session d’été, dans une démonstration de puissance destinée à faire taire les augures d’une censure imminente.

La session s’est ouverte sur deux motions de censure présentées par l’opposition, toutes deux bien loin de réunir les voix nécessaires pour inquiéter la coalition de Bennett du pouvoir.

La motion proposée par le Likud n’a réuni que 52 voix pour – 61 voix contre – et celle du Shas a également échoué, réunissant 52 pour et 56 contre.

Les motions de censure auraient été embarrassantes pour le gouvernement, mais limitées sur le plan pratique, car l’opposition n’a pas les 61 votes nécessaires pour effectivement renverser le gouvernement.

L’opposition peut exprimer son manque de confiance dans le gouvernement par une simple majorité de voix des députés présents, mais elle ne peut remanier le gouvernement de l’actuelle Knesset qu’en votant la « défiance constructive ».

Avant de passer au vote, il se disait que les motions avaient de bonnes chances de réunir une majorité simple – symbolique –, grâce aux fractures apparues au sein de la coalition, déchirée par les défections des députés de droite et du parti islamiste Raam, dont la participation a été suspendue du fait des tensions à Jérusalem.

Le chef de l’opposition et leader du parti du Likud Benjamin Netanyahu à la Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée Yamina Idit Silman, qui a plongé la coalition dans une spirale infernale en démissionnant le mois dernier, n’a pas pris part au vote. Le député renégat Amichai Chikli, évincé de Yamina il y a deux semaines, n’était pas non plus présent. Chikli a déjà exprimé son intention de faire appel de son éviction de Yamina – lourde de conséquences pour sa carrière politique. Il n’est pas impossible qu’il se soit abstenu de voter pour éviter de voter contre la coalition.

Contrairement à Chikli, Silman cherche à ménager sa relation avec Yamina et a même assisté à la réunion du parti, lundi.

Avec ses six membres, à majorité arabe, Raam a contribué à faire échouer la motion du Likud, ses députés ayant voté contre ou n’étant pas présents au plénum. Le parti n’a pas davantage apporté son soutien à la motion du Shas. La Douzième chaîne a indiqué que deux des députés de la Liste unie envisageaient de voter avec la coalition pour faire tomber le projet de loi visant à dissoudre la Knesset qui doit être soumis mercredi.

Pour provoquer un vote de défiance afin de faire tomber le gouvernement, les députés doivent proposer un gouvernement alternatif qui doit ensuite obtenir le soutien d’au moins 61 membres de la Knesset, et pas seulement la majorité simple des personnes présentes.

Il se disait que la proposition du Likud incluait une clause faisant du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu le Premier ministre.

« Bibi est une ligne rouge », a déclaré un porte-parole du chef du parti de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, en utilisant le surnom bien connu de Netanyahu.

Dans le débat qui a précédé le vote, Netanyahu a tenté de rallier l’opposition, narguant Bennett en affirmant que « Naftali, c’est fini ».

« On ne peut pas tromper la réalité de la politique. C’est fini, Naftali. Votre gouvernement a mis fin à sa courte et sale carrière », a déclaré Netanyahu depuis la tribune.

« Mes amis et moi allons remettre Israël sur les rails », a ajouté l’ancien Premier ministre. « Vous l’avez gâché – nous allons le réparer. Avec l’aide de Dieu, dans peu de temps, nous établirons un gouvernement national fort dirigé par le Likud, nous assurerons la sécurité, rétablirons le pouvoir et nous assurerons la prospérité de tous les citoyens israéliens. »

Netanyahu a également critiqué la coalition pour s’être associée à Raam, affirmant que cela conduisait le gouvernement à se prosterner devant les dirigeants du Hamas et le Conseil de la Choura, organe consultatif qui fait partie du mouvement religieux auquel appartient Raam.

Le Premier ministre Naftali Bennett (devant) et le ministre du Logement et de la Construction, Zeev Elkin, assistent à une discussion à la Knesset, le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Se faisant le porte-parole du gouvernement sur ce point précis, le ministre du Logement et de la Construction et de Jérusalem et du Patrimoine, Zeev Elkin, a rappelé que Netanyahu avait négocié par le passé avec Raam en vue d’une possible coalition avant que le chef du parti Sionisme religieux, le député Bezalel Smotrich, ne fasse échouer les tractations.

« Je me demande si le député Netanyahu prend son téléphone chaque matin pour dire : ‘Merci beaucoup, Betzalel, mon ami, tu m’as sauvé.’ Parce que si le député Netanyahu dit vrai, c’est le même gouvernement qu’il a tenté de former, il y a tout juste un an », a déclaré Elkin.

Lors du débat précédant le vote, le député de la Liste unie, Ahmad Tibi, a déclaré que son parti envisageait de soutenir le projet de la coalition sur la lutte contre l’économie et la criminalité dans la société arabe, programmée pour un vote lundi. Les dirigeants de la coalition ont décidé de se concentrer sur les questions économiques et sociales non litigieuses lors du premier jour d’activité législative.

« Notre opinion sur la coalition est négative, et même très négative depuis quelque temps », a déclaré Tibi, faisant allusion à la frustration du parti de la Liste unie face aux heurts sur le mont du Temple / à la Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.

Cependant, a-t-il dit, des questions telles que le coût de la vie et le Néguev sont au cœur des intérêts de la Liste unie, avec Al-Aqsa.

Ces dernières semaines, la Liste unie a hésité sur la question de savoir si la faction – elle-même composée de trois partis – coopérerait ou non avec la coalition pour soutenir des textes de loi spécifiques.

L’opposition pourrait employer une deuxième tactique cette semaine pour faire pression sur le gouvernement, en présentant une loi pour dissoudre la Knesset mercredi. En tant que projet de loi privé, la loi devrait être adoptée par une majorité simple lors de son examen préliminaire ou être déposée dans les six prochains mois.

Si une loi visant à dissoudre la Knesset et à provoquer des élections anticipées devait être présentée et adoptée à titre préliminaire mercredi, elle serait ensuite déférée devant une commission de la Knesset, avant d’affronter trois autres votes. Ce n’est qu’au terme de sa troisième lecture, ou quatrième vote, avec le soutien d’au moins 61 députés, que la Knesset serait dissoute et que de nouvelles élections seraient programmées.

Après être arrivés en tête des deux votes, Bennett et Lapid ont enregistré une déclaration commune dans laquelle ils se moquaient des spéculations selon lesquelles leur coalition allait s’effondrer le premier jour de la session d’été. « Tout le monde a dit : ‘Lundi, vous verrez que tout va s’effondrer.’ Puis lundi est arrivé et nous avons remporté les deux votes », a déclaré Lapid.

« C’est exact », a répondu Bennett. « Nous allons continuer à engranger des victoires et maintenir cet excellent gouvernement au nom des citoyens d’Israël. »

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