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La France refuse d’ordonner l’expulsion du Libanais Georges Abdallah

Le fondateur des FARL est incarcéré pour complicité d'assassinat des diplomates américain et israélien, Charles R. Ray et Yaacov Bar-Simantov

Un autocollant demandant la libération de Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France pour complicité d'assassinat d'un  condamné à la perpétuité pour complicité d'assassinat de diplomates américain et israélien en 1987. (Crédit : Jove/Wikimedia)
Un autocollant demandant la libération de Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France pour complicité d'assassinat d'un condamné à la perpétuité pour complicité d'assassinat de diplomates américain et israélien en 1987. (Crédit : Jove/Wikimedia)

La justice administrative française a refusé jeudi d’ordonner l’expulsion de l’un des plus anciens détenus du pays, le Libanais Georges Ibrahim Abdallah, condamné à la perpétuité en 1987 pour complicité d’assassinat de diplomates américain et israélien.

Au début des années 80 et alors que le Liban était en pleine guerre civile, Georges Abdallah avait co-fondé les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), groupuscule terroriste marxiste pro-syrien et anti-israélien qui a revendiqué cinq attentats, dont quatre mortels, en 1981-1982 en France.

Il avait été arrêté à Lyon en 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité après avoir été reconnu coupable de complicité dans l’assassinat à Paris en 1982 de deux diplomates.

Le lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire adjoint de l’ambassade des États-Unis à Paris, est abattu le 18 janvier 1982 devant son domicile, dans le XVIe arrondissement.

Le 31 mars 1982, Yaacov Bar-Simantov, qui était le deuxième secrétaire de l’ambassade d’Israël en France ainsi qu’un officier du Mossad, a été abattu à Paris par une terroriste inconnue. Elle s’est échappée par une bouche de métro après avoir été poursuivie par le fils du diplomate, Avi, alors âgé de 17 ans et qui avait été témoin du meurtre. Il a presque failli la rattraper jusqu’à ce qu’elle le menace de le tuer s’il faisait « un autre pas ».

L’ambassadeur d’Israël en France, Meir Rosenne, avait pointé du doigt l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) pour « le meurtre impitoyable » et avait également blâmé « les pays qui accordent une reconnaissance diplomatique » à l’OLP. Rosenne avait appelé tous les gouvernements démocratiques à « extrader vers Israël les tueurs afin qu’ils puissent être jugés et punis pour leurs actes ». Il avait également exhorté « tous les amis d’Israël à se rappeler que chaque fois qu’ils lèvent la main en faveur de l’OLP aux Nations unies ou ailleurs, c’est ça le résultat ».

Les FARL, jusque-là inconnus et basés à Beyrouth, ont alors revendiqué le meurtre de Bar-Simantov, affirmant qu’il s’agissait d’un acte « de vengeance pour l’agression sioniste-impérialiste contre le sud du Liban ».

Bar-Simantov fut le premier diplomate israélien assassiné en France. Des diplomates israéliens ont été tués par des terroristes palestiniens dans d’autres capitales d’Europe occidentale.

Le président François Mitterrand, dans un message adressé au président israélien Yitzhak Navon, a promis que la France « fera tout son possible » pour retrouver et traduire en justice le meurtrier.

La dépouille de Bar-Simantov a été exposée à l’ambassade d’Israël le 5 avril, où une petite foule s’est rassemblée pour les services commémoratifs. Le grand rabbin René Sirat de France avait récité le Kaddish.

René-Samuel Sirat, ancien grand rabbin de France, inaugure la toute nouvelle Maison Rachi, à Troyes, le 10 septembre 2017. (Crédit : Maxime Bokobza)

Georges Ibrahim Abdallah est aussi impliqué dans la tentative d’assassinat du consul général des Etats-Unis, Robert Homme, à Strasbourg (Est), en 1984.

L’arrêté d’expulsion de France était, selon sa défense, une étape nécessaire en vue d’une possible libération. Incarcéré depuis près de 38 ans, Georges Ibrahim Abdallah a vu ses neuf demandes de libération conditionnelle rejetées.

Dans sa décision, consultée par l’AFP, le tribunal administratif de Paris explique qu’il ne peut ordonner au ministère de l’Intérieur de prendre un tel arrêté.

« Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général, n’impose au ministre de l’Intérieur de prendre une mesure d’expulsion à l’encontre d’un ressortissant étranger qui, toujours en détention, ne constitue pas une menace à l’ordre public », indique le tribunal.

Contacté par l’AFP, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité réagir.

Georges Ibrahim Abdallah est libérable depuis 1999. La justice avait répondu favorablement à sa demande de libération en 2013, sous réserve qu’il fasse l’objet d’un arrêté d’expulsion du ministère français de l’Intérieur, que le ministre de l’Intérieur d’alors, Manuel Valls, n’a jamais pris.

Georges Ibrahim Abdallah (Crédit : Wikipedia / Orkajina)

En 2020, Georges Ibrahim Abdallah a tenté à nouveau sa chance avec l’actuel ministre, Gérald Darmanin. Ses courriers restés sans réponse, il a alors saisi le tribunal administratif.

« Pas surpris » par la décision du tribunal, son avocat Jean-Louis Chalanset a regretté que l' »on tourne en rond » : « Tant qu’il n’y a pas de garantie d’expulsion on ne peut déposer une nouvelle demande de libération ». « Une nouvelle fois, le pouvoir politique et exécutif empêche la libération conditionnelle de Georges Ibrahim Abdallah », a-t-il estimé.

A l’audience fin janvier, la rapporteure publique avait recommandé le rejet de sa requête, sur la base de l’argument repris par le tribunal dans sa décision.

« Une telle solution n’est guère satisfaisante, mais aucune autre ne nous paraît envisageable dans le cadre juridique », avait-elle commenté.

« Il est bien évident que le maintien en détention » de Georges Abdallah « obéit à des considérations de nature extra-juridiques et qui vous échappe », avait-elle conclu, espérant que sa situation « puisse évoluer par d’autres voies ».

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