La gauche israélienne met en garde contre sa possible disparition
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La gauche israélienne met en garde contre sa possible disparition

Pour les chefs Travaillistes-Gesher et du Camp démocratique, les efforts de Kakhol lavan de rallier les électeurs pourraient l'amener à "gagner la bataille mais à perdre la guerre"

L'ancien Premier ministre Ehud Barak annonce la formation de son nouveau parti, à Beit Sokolov, à Tel Aviv, le 26 juin 2019. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)
L'ancien Premier ministre Ehud Barak annonce la formation de son nouveau parti, à Beit Sokolov, à Tel Aviv, le 26 juin 2019. (Crédit : Jacob Magid/Times of Israel)

Alors que leurs formations côtoient les dernières places dans les sondages et se trouvent dangereusement proches du seuil électoral de représentation à la Knesset à deux jours du scrutin de mardi, deux partis de gauche ont clamé samedi que leur présence à la Knesset était en péril, critiquant vivement l’alliance Kakhol lavan pour une stratégie qui, ont-ils affirmé, détruira toute opportunité de renverser le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ces derniers jours, Kakhol lavan a vivement recommandé aux électeurs du bloc de centre-gauche de se concentrer à son propre renforcement plutôt que de soutenir les formations plus modestes des Travaillistes-Gesher et du Camp démocratique.

Ce dernier, ces derniers jours, s’adjuge entre six et sept sièges dans les enquêtes d’opinion, tandis que le parti Travailliste chute à cinq – un siège seulement au-dessus du minimum nécessaire pour intégrer le Parlement.

Le chef du Camp démocratique Nitzan Horowitz a averti lors d’un événement politique organisé au sein du Conseil régional de Drom HaSharon que « le public laïc est apathique et s’il ne sort pas voter, alors la gauche sera effacée de la carte, le vote laïc sera effacé de même et Israël se transformera en nouvelle Turquie ».

Lors d’une interview accordée un peu plus tard à la Douzième chaîne, Horowitz a estimé que le refus opposé par Amir Peretz, dirigeant Travailliste, de se présenter sur une liste conjointe avec le Camp démocratique avait été « une erreur historique ».

Nitzan Horowitz, leader du Camp démocratique, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 12 août 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

Et l’ex-Premier ministre Ehud Barak, qui est également l’un des leaders du Camp démocratique, a déclaré lors d’un événement, à Beer Sheva, que « si les gens votent pour Kakhol lavan et que le Camp démocratique ne siège pas à la Knesset alors Netanyahu sera le futur Premier ministre ».

Pour sa part, Itzik Shmuli, député de l’alliance Travailliste-Gesher, a écrit sur Twitter que « le parti Travailliste est définitivement en danger. Nos électeurs doivent revenir vers nous de façon à ce que le parti de [Yitzhak] Rabin, [Shimon] Peres et [David] Ben-Gurion ne soit pas éradiqué ».

Shmuli a ajouté que sans sa formation, Benny Gantz, dirigeant de Kakhol lavan, perdrait un soutien déterminant à la Knesset, forte de 120 membres, tandis que Netanyahu « atteindrait facilement » les 61 sièges dont il a besoin pour former un gouvernement.

Gantz « gagnera la bataille mais il perdra la guerre », a-t-il continué.

Omer Bar-Lev, candidat sur la liste Travailliste-Gesher, a mis en garde contre « les illusions de grandeur de Kakhol lavan qui détruisent toute chance de changement ».

Le député travailliste Itzik Shmuli s’exprime lors d’une session plénière à la Knesset, à Jérusalem, le 15 juillet 2019. (Noam Rivkin Fentonl/Flash90)

Barak s’en est également pris au procureur-général Avichai Mandelblit, l’accusant de faiblesse dans le cadre des enquêtes sur Netanyahu. Mandelblit a annoncé son intention d’inculper Netanyahu pour fraude et pour abus de confiance dans trois dossiers de corruption séparés et pour pots-de-vin dans l’un d’entre eux. Les avocats du Premier ministre, qui continue à nier tout acte répréhensible, devraient se rendre à une audience de pré-inculpation avec Mandelblit le 2 et le 3 octobre, quelques semaines après les élections.

« Il comprend le droit mieux que ce n’est mon cas mais, contrairement à moi, il est faible et il n’a pas de cran », a déclaré Barak. « Quand j’étais Premier ministre, je n’ai jamais eu de rencontres privées avec le procureur-général. Rabin non plus. Netanyahu a rencontré Mandelblit à plus de cent reprises ».

Mandelblit avait continué à s’entretenir avec Netanyahu malgré les enquêtes qu’il supervise contre le Premier ministre, clamant qu’il n’imaginait pas ne pas le voir tant que leurs discussions professionnelles ne portaient pas sur les enquêtes criminelles.

« Quand l’affaire des sous-marins a émergé pour la première fois – une affaire qui est la plus grave de toute l’histoire de l’Etat d’Israël – le procureur-général a déclaré qu’il n’y avait rien de criminel là-dedans », a continué Barak.

« Il a établi avant même que l’enquête ne s’ouvre que Netanyahu n’était pas impliqué dans le dossier. Des piles de preuves se sont depuis accumulées, et elles ne font l’objet d’aucune investigation à ce jour. Quand le procureur-général en charge de l’enquête sur Netanyahu rencontre ce dernier en privé à des centaines d’occasions, sans enregistrement ou documentation, c’est pour le moins inapproprié », a déploré Barak.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le secrétaire du Cabinet de l’époque Avichai Mandelblit lors de la réunion hebdomadaire du cabinet du Premier ministre, à Jérusalem, le 2 février 2014. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’enquête de haut-niveau de l’Affaire 3000 – ou affaire des sous-marins – implique plusieurs proches conseillers de Netanyahu mais pas le Premier ministre lui-même. Ils sont soupçonnés d’avoir reçu des fonds illicites dans le cadre d’un plan massif de corruption dans l’achat par l’Etat, pour des milliards de shekels, de navires et de sous-marins auprès du fabricant naval allemand Thyssenkrupp. Certains observateurs ont indiqué que ce scandale de corruption était le plus grand de toute l’histoire de l’Etat juif.

Samedi également, lors d’un événement qui a eu lieu dans la ville côtière de Netanya, un membre du public est monté sur la scène où s’exprimait Yair Golan, candidat pour le Camp démocratique, criant que l’ancien général avait « comparé nos soldats aux nazis ».

Il a aussi dénoncé de manière répétée les « gauchistes », affirmant qu’ils « disparaîtront bientôt ».

Il s’est ultérieurement identifié, sur Facebook, comme s’appelant Tzahi Eliyahu, ajoutant qu’il s’était juré « au nom de tous les soldats de l’armée de le poursuivre avec acharnement jusqu’à ce qu’il disparaisse de nos vies ».

Golan avait entraîné un torrent de critiques après avoir dit au public, au cours d’une cérémonie d’Etat de commémoration de la Shoah, en 2016, qu’il voyait en Israël apparaître des tendances similaires à l’Europe d’avant le génocide, mettant en garde contre l’inhumanité et l’indifférence croissantes à l’égard des personnes vivant en marge de la majorité au sein de la société israélienne.

Alors que l’indignation était à son comble, Golan avait rapidement clarifié ses propos, disant qu’il n’avait eu nullement l’intention de comparer l’Etat juif à l’Allemagne nazie.

Eliyahu a été évacué de la scène et Golan a poursuivi. Il a ultérieurement déclaré que « mes amis et moi-même ne sommes pas intimidés, mais plus déterminés encore à apporter le changement dans la gouvernance d’Israël ».

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