La Haute Cour approuve des programmes universitaires ultra-orthodoxes non-mixtes
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La Haute Cour approuve des programmes universitaires ultra-orthodoxes non-mixtes

Mais il a également été décidé que les programmes pour hommes haredi ne pouvaient pas interdire les femmes enseignantes et a interdit la ségrégation en dehors des salles de classe

Illustration : Des hommes ultra-orthodoxes étudient pour obtenir des diplômes professionnels à Kemach, une organisation basée à Jérusalem qui guide les Haredim à travers des programmes d'études et de placement. (crédit photo : Kemach/JTA)
Illustration : Des hommes ultra-orthodoxes étudient pour obtenir des diplômes professionnels à Kemach, une organisation basée à Jérusalem qui guide les Haredim à travers des programmes d'études et de placement. (crédit photo : Kemach/JTA)

La Haute Cour de justice a approuvé lundi la loi proposée par le Conseil de l’enseignement supérieur, consistant à proposer des cours universitaires non-mixtes afin d’encourager l’intégration des étudiants ultra-orthodoxes.

La décision de la Cour limite toutefois la séparation entre hommes et femmes aux classes de licence et restreint son application aux classes de cours, pour la bannir dans le reste du campus.

Écrivant pour la majorité, le juge Hanan Melcer a indiqué qu’il n’acceptait pas « l’affirmation selon laquelle toute absence de mixité dans les universités et les collèges viole le droit fondamental à l’égalité. »

« La plupart des étudiants qui étudient dans des filières non-mixtes choisissent de le faire de leur propre gré, conformément à leurs opinions religieuses qui soutiennent la non-mixité comme mode de vie », a-t-il affirmé.

« Même s’il y a une certaine violation de l’égalité dans cet arrangement, il en vaut la peine pour pouvoir intégrer la population ultra-orthodoxe dans le monde universitaire, et répond largement aux critères de proportionnalité », a ajouté M. Melcer.

Le jugement a toutefois accepté une clause de la pétition s’opposant à l’interdiction faite aux femmes d’enseigner des cours réservés aux hommes, les juges estimant qu’une telle politique ne répond pas au critère de proportionnalité et constitue une discrimination à l’égard des femmes.

La cour a également statué que l’interdiction de la ségrégation entre hommes et femmes dans les espaces publics des campus doit être appliquée immédiatement.

Onze juges de la Haute Cour de justice assistent à une audience à la Cour suprême à Jérusalem, le 3 mai 2020. (Crédit: Yossi Zamir/Pool)

Écrivant pour la minorité, le juge Uzi Fogelman a soutenu que la loi soumise par le Conseil de l’enseignement supérieur devait être annulée car elle « constitue une autorisation institutionnelle pour la ségrégation dans le milieu universitaire et perpétue une attitude préjudiciable envers les femmes et leur rôle dans la société ».

Il a également fait valoir que la loi du Conseil ne comprend pas d’engagement à offrir des chances égales aux étudiants haredi hommes et femmes, ce qui constitue une violation supplémentaire du droit fondamental à l’égalité.

La pétition jugée dans la décision de lundi avait été déposée en 2017 par un groupe d’universitaires qui s’opposent à la politique d’intégration des étudiants haredi du Conseil de l’enseignement supérieur et demandent que la politique « inconstitutionnelle » soit abandonnée.

La politique d’intégration des Haredim est en place depuis 2012 et a suscité la controverse en donnant pour la première fois le feu vert à des cours non-mixtes.

Réagissant à la décision de lundi, la ministre de la Protection de l’environnement Tamar Zandberg (Meretz) a salué le tribunal pour avoir fixé une « limite à la ségrégation sexuelle. »

« Bien que malheureusement, il ne l’ait pas complètement abolie », a-t-elle poursuivi. « Il n’y aura pas d’exclusion des femmes conférencières, il n’y aura pas de ségrégation sexuelle en dehors des salles de classe et il n’y aura pas de séparation au-delà du premier cycle universitaire. L’accélération alarmante de la séparation est devenue la norme ces dernières années, et il est bon que la Haute Cour ait fixé une limite. »

Selon Gilad Malach, directeur du programme consacré aux ultra-orthodoxes à l’Institut israélien pour la démocratie (IDI), un centre d’analyse basé à Jérusalem, cette décision est une « bonne chose » dans la mesure où elle favorise l’insertion professionnelle des ultra-orthodoxes.

« Vingt ans en arrière il y avait 1 000 étudiants ultra-orthodoxes (dans les universités, ndlr), aujourd’hui il y en a presque 14 000 », dit-il à l’AFP, estimant que cette « cette croissance devrait se poursuivre dans les prochaines années ».

Les « haredim » (« craignant Dieu » en hébreu, ou ultra-orthodoxes) représentent environ 12% des neuf millions d’Israéliens et vivent souvent en vase clos, respectant à la lettre leur interprétation du judaïsme.

Ces ultra-orthodoxes, qui connaissent une forte croissance démographique, devraient représenter environ 20% de la population d’Israël en 2040, et 32 % en 2065, selon le Bureau israélien des statistiques.

L’insertion professionnelle des « haredim » est donc « essentielle » pour le pays, estime M. Malach précisant qu’à l’heure actuelle le taux d’emploi est de seulement 51% chez cette population active, un faible pourcentage lié au fait que les hommes orthodoxes préfèrent se consacrer aux études religieuses.

Les femmes travaillent souvent plus que leur conjoint. Les haredim restent souvent dépendants économiquement des aides publiques, un sujet politique sensible dans le pays.

Les femmes travaillent souvent plus que leur conjoint. Les haredim restent souvent dépendants économiquement des aides publiques, un sujet politique sensible dans le pays.

Après avoir soutenu pendant des années l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, les ultra-orthodoxes sont désormais inquiets face à un nouveau gouvernement laissant davantage de place aux laïcs.

Le nouveau ministre des Finances dans la coalition au pouvoir depuis la mi-juin, Avigdor Liberman, a d’ailleurs annoncé ces derniers jours la refonte du système d’allocations versées pour les gardes d’enfants. Celles-ci ne seront dorénavant versées que si les deux parents travaillent 24 heures par semaine, une mesure vivement critiquée par les partis orthodoxes.

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