La Jordanie a refusé le vol de Netanyahu en raison d’un litige au mont du Temple
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La Jordanie a refusé le vol de Netanyahu en raison d’un litige au mont du Temple

Le ministre des Affaires étrangères d'Amman, M. Safadi, a fustigé Israël d'avoir annulé la visite du prince héritier sur le lieu saint de Jérusalem : "Nous sommes très mécontents"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre le roi Abdallah II de Jordanie, en janvier 2014, en Jordanie. (Kobi Gideon/GPO/Flash90/ File)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) rencontre le roi Abdallah II de Jordanie, en janvier 2014, en Jordanie. (Kobi Gideon/GPO/Flash90/ File)

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman al-Safadi, a critiqué vendredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour l’annulation de la visite du prince héritier Hussein sur le mont du Temple à Jérusalem.

M. Safadi a confirmé que la Jordanie avait refusé d’accorder à M. Netanyahu une autorisation de survol en guise de représailles, l’obligeant à reporter une visite prévue aux Émirats arabes unis.

Cette prise de bec diplomatique a mis en évidence les irritations de la Jordanie à l’égard de Netanyahu et les tensions entre les deux voisins qui couvent depuis des années.

Sur CNN vendredi, on a demandé à M. Safadi si M. Netanyahu avait raison d’attribuer le report de sa visite de jeudi aux Émirats arabes unis aux « difficultés » rencontrées avec la Jordanie pour coordonner le survol.

« Vous reniez un accord avec la Jordanie, vous perturbez une visite religieuse, vous créez des conditions qui ont rendu impossible cette visite religieuse lors d’une occasion sainte et ensuite vous vous attendez à venir en Jordanie et à prendre l’avion depuis la Jordanie ? Soyons sérieux », a déclaré M. Safadi.

Hussein devait se rendre sur le mont du Temple mercredi pour Lailat al-Miʿraj, une fête marquant un voyage entrepris par le prophète Mahomet. Safadi a accusé Israël de violer un accord sur les modalités de la visite, tandis qu’Israël a déclaré que Hussein est arrivé avec une sécurité plus lourde que celle prévue.

« Une visite religieuse pour une cérémonie extrêmement sainte a été perturbée par des mesures israéliennes que nous ne comprenons pas et que nous n’acceptons pas », a déclaré M. Safadi dans l’interview.

« À la dernière minute, Israël a rompu ces accords, ils ont violé leurs obligations en tant que puissance occupante et ils ont également violé le droit à la liberté de culte, donc c’est quelque chose qui nous déplaît énormément et qui nous met en colère. »

En vertu de leur traité de paix de 1994, Israël reconnaît la Jordanie comme gardienne du mont du Temple, qui abrite la mosquée Al-Aqsa. Le mont du Temple est le lieu le plus sacré du judaïsme et le site du troisième lieu saint de l’islam.

Israël a repris le mont du Temple et la Vieille Ville de Jérusalem à la Jordanie lors de la guerre des Six Jours en 1967. Il a toutefois permis au Waqf jordanien de continuer à maintenir l’autorité religieuse sur le mont, où les Juifs sont autorisés à se rendre, mais pas à prier.

La veille, Safadi a déclaré que les Israéliens avaient voulu fixer unilatéralement des restrictions à la visite royale et semblé imputer la prise de bec aux prochaines élections israéliennes, dans des remarques visant apparemment M. Netanyahu.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, lors d’une conférence de presse à Berlin, le 10 mars 2021. (Kay Nietfeld/Pool/AFP)

Israël a contesté la version de Safadi, et des responsables cités par le radiodiffuseur public Kan ont déclaré que la délégation de sécurité du prince qui est arrivée à la frontière était à la fois plus nombreuse et plus lourdement armée que ce qui avait été convenu. Selon le reportage, lorsque les autorités israéliennes ont insisté pour que les Jordaniens respectent les termes de l’accord, Hussein a annulé la visite.

Netanyahu a déclaré qu’Israël avait réglé les problèmes avec la Jordanie et qu’il se rendrait bientôt dans les Émirats arabes unis.

Le Premier ministre devait rencontrer le prince héritier émirati lors de sa première visite officielle aux Émirats arabes unis depuis que Jérusalem et Abu Dhabi ont noué des liens diplomatiques l’année dernière.

Alors qu’aucune date de remplacement pour le voyage n’a été donnée, la Douzième chaîne a déclaré dans un reportage non sourcé vendredi que Netanyahu se rendra aux Émirats arabes unis cette semaine.

La chaîne a également rapporté que les États-Unis avaient demandé aux Émirats arabes unis de repousser le voyage de Netanyahu, avant qu’il ne soit annulé, en raison des craintes d’ingérence dans les élections du 23 mars en Israël. La visite prévue a été réduite à un court séjour à l’aéroport, selon le rapport.

Le prince d’Abu Dhabi, Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, sourit pendant une réunion à la Maison Blanche, à Washington, le 15 mai 2017. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Par ailleurs, un reportage de la Treizième chaîne de télévision, dont la source n’est pas précisée, a indiqué que M. Netanyahu souhaitait signer un traité de paix avec le Soudan lors de son séjour à Abu Dhabi, mais que les États-Unis avaient fait savoir aux Émirats arabes unis que l’organisation d’une telle cérémonie constituerait une ingérence électorale.

Les médias israéliens ont suggéré mercredi que M. Netanyahu espérait également rencontrer le Premier ministre soudanais Abdalla Hamdok et/ou le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane au cours de ce voyage, qui devait avoir lieu 12 jours avant qu’Israël ne procède à sa quatrième élection nationale en deux ans.

Il semble que Netanyahu ait souhaité faire ce voyage avant les élections du 23 mars.

Les sondages montrent que le Premier ministre a du mal à réunir la majorité de 61 sièges à la Knesset qui lui permettrait de former une coalition. Ses rivaux n’ont pas non plus de voie claire vers le pouvoir, et le moment choisi pour le voyage aurait pu stimuler la campagne de Netanyahu.

Ce voyage devait être l’occasion de célébrer les accords de normalisation conclus par Israël et de renforcer la crédibilité diplomatique de M. Netanyahu avant les élections. Netanyahu espérait peut-être aussi profiter de cette visite pour consolider sa campagne contre un retour des États-Unis à l’accord sur le nucléaire iranien.

Le voyage aux Émirats arabes unis était prévu depuis plusieurs mois mais a été reporté à de nombreuses reprises. Netanyahu devait initialement faire le voyage en novembre, puis en décembre, puis en janvier et février, mais la pandémie, des problèmes de calendrier et des crises politiques internes ont entraîné des retards répétés.

Des responsables émiratis ont déclaré mercredi au site d’information Walla qu’ils avaient craint que la visite ne soit perçue comme une intervention dans les élections israéliennes, mais qu’en fin de compte, Abu Dhabi avait accepté le voyage à contrecœur.

Vendredi, Israël a approuvé la demande d’entrée de 700 Jordaniens pour travailler dans l’industrie hôtelière d’Eilat et a légèrement assoupli les restrictions sur les passages frontaliers terrestres avec la Jordanie et l’Égypte.

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