La majorité des membres de la CoP adoptent la définition IHRA de l’antisémitisme
Rechercher

La majorité des membres de la CoP adoptent la définition IHRA de l’antisémitisme

Les dispositions concernant Israël, dans la définition, sont controversées, les critiques disant qu'elles veulent étouffer tout discours sur la politique israélienne

De gauche à droite : le président de la CoP William Daroff, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et  Malcolm Hoenlein et Arthur Stark, membres de l'organisation, lors d'un événement organisé par la CoP (Conference of Presidents of Major Jewish Organizations).  (Crédit : Twitter via JTA)
De gauche à droite : le président de la CoP William Daroff, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Malcolm Hoenlein et Arthur Stark, membres de l'organisation, lors d'un événement organisé par la CoP (Conference of Presidents of Major Jewish Organizations). (Crédit : Twitter via JTA)

JTA — Presque tous les membres de l’organisation-cadre des groupes juifs américains, la CoP (Conference of Presidents of Major American Jewish Organization) ont adopté une définition commune de l’antisémitisme – une définition qui fait néanmoins l’objet de débats animés.

La CoP a annoncé mardi que 51 de ses 53 membres avaient adopté la définition de travail de la haine antijuive qui a été mise au point par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance), un document de 500 mots accompagné d’une brève explication de l’antisémitisme et suivi de 11 exemples illustrant ses manifestations, dont un grand nombre implique le discours sur Israël.

La définition a été adoptée par des dizaines de pays et par une liste croissante d’organisations et d’universités pour aider à contrôler, combattre et sensibiliser à l’antisémitisme. Mais ses dispositions sur Israël sont aujourd’hui au cœur des débats et l’adoption de la définition peut signifier des choses très différentes pour les groupes divers.

Les défenseurs de la définition affirment que ses exemples sur Israël – qui comprennent les comparaisons entre l’Etat juif et les nazis, la qualification d’Israël en tant que pays raciste et l’application d’un double standard à Israël qui n’est par ailleurs appliqué à aucun autre pays – aident à identifier la limite entre les activités anti-israéliennes et l’antisémitisme. Pour ses détracteurs, néanmoins, les exemples donnés peuvent finalement transformer toute critique légitime de la politique israélienne en manifestation d’antisémitisme.

Un arrêt de bus de Londres affublé d’une affiche “Israël est un projet raciste”, installée par un groupe pro-Palestiniens pour protester contre l’adoption par le Parti travailliste britannique de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, le 6 septembre 2018. (Crédit : Twitter)

Dans un communiqué, la CoP a expliqué que l’adoption de la définition à une majorité écrasante « reflète l’important soutien qui existe en faveur de la définition la plus fiable et internationalement acceptée de l’antisémitisme en tant qu’outil éducatif, en plus du point de vue largement partagé qu’il est d’une importance cruciale de savoir définir l’antisémitisme pour le combattre avec succès ».

Les deux membres de la conférence qui n’ont pas adopté la définition – il s’agit des groupes Americans for Peace Now et Workers Circle – sont tous les deux des organisations progressistes. Americans for Peace Now, qui critique fréquemment la politique israélienne, avait déclaré le mois dernier à Haaretz ne pas souhaiter adopter la définition parce qu’elle a d’ores et déjà été « utilisée à outrance pour étouffer toute critique légitime et tout activisme dénonçant les politiques du gouvernement israélien ». L’organisation Workers Circle, un groupe culturel yiddish qui ne consacre habituellement pas ses activités à la question israélienne, n’a pas fait pour sa part de commentaire.

Plusieurs membres de la CoP, parmi les plus importants, avaient d’ores et déjà adopté la définition – cela avait été le cas de l’ADL (Anti-Defamation League), des JFNA (Jewish Federations of North America) et de l’AJC (American Jewish Committee), mais aussi de représentants des trois dénominations juives américaines majeures. D’autres membres de la CoP ont signé une lettre ouverte à Facebook qui a été écrite par des groupes pro-israéliens, demandant au géant des réseaux sociaux d’adopter la définition.

Mais William Daroff, directeur-général de la conférence, a déclaré que l’objectif de la déclaration était de montrer l’unité régnant entre les groupes sur la question de ce qui constitue l’antisémitisme.

« Dans le monde divisé dans lequel nous évoluons, où les désaccords sont souvent mis en exergue, nous pouvons nous concentrer sur l’important accord qui existe au sein de la communauté juive, de la gauche à la droite de l’échiquier politique, des Juifs réformés aux Juifs orthodoxes », a-t-il dit. « Le fait que 51 organisations sur 53, au sein de la CoP, se prononcent d’une seule voix pour afficher leur solidarité, est quelque chose qui, à l’époque que nous vivons, doit être salué ».

Des activistes aux abords des locaux où se déroule une réunion du comité exécutif du Labour à Londres lors de l’adoption par le parti de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance) avec une « réserve » sur la liberté d’expression, le 4 septembre 2018. (Crédit Stefan Rousseau/PA via AP)

Mais « l’adoption » de la définition peut avoir des significations différentes selon les groupes. Au début du mois, dix groupes juifs progressistes sur la question israélienne – dont deux organisations ayant signé l’annonce de mardi – avaient condamné les tentatives de codifier la définition en l’intégrant dans la loi ou dans les régulations. Les organisations avaient estimé que « les efforts livrés pour ancrer la définition dans les lois nationales et dans les politiques institutionnelles… risquent, à tort, de confondre ce qui peut être une activité tout à fait légitime et une manifestation d’antisémitisme ».

Lundi, le mouvement réformé a repris le même point de vue, adoptant la définition mais avertissant qu’elle « ne doit pas être codifiée en une politique qui déclencherait une action punitive potentiellement problématique permettant de circonscrire la liberté d’expression – ce type d’effort a visé, tout particulièrement, les étudiants d’université et les activistes des droits humains jusqu’à présent ».

D’autres membres de la CoP – et notamment les dirigeants de l’organisation-cadre elle-même – ont écrit un courrier au président Joe Biden réclamant que la définition et ses exemples soient pris en compte dans les travaux de la nouvelle administration. La lettre a également salué un décret adopté en 2019 par le président Donald Trump qui adoptait cette définition comme référence à utiliser dans les décisions à prendre lors de la prise en charge des plaintes liées aux droits civils sur les campus.

Daroff a reconnu que les groupes n’adoptaient pas tous de la même manière la définition, ajoutant qu’ils partageaient tous néanmoins l’avis que cette dernière offrait une orientation fiable pour identifier la haine antijuive.

« Un consensus ne signifie pas une unanimité », a-t-il expliqué. « Cela signifie que des organisations peuvent être en accord ou en désaccord avec différents éléments d’une politique mais que plus généralement, il y a tout de même un consensus qui existe ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...