La maladie infantile VRS explose à Brooklyn, après avoir reculé pendant la COVID
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La maladie infantile VRS explose à Brooklyn, après avoir reculé pendant la COVID

Des médecins pensent qu'avec la diminution des cas de virus respiratoire syncytial pendant le confinement, les enfants n'ont pas développé une immunité normale

Deux jeunes femmes marchent avec des enfants pendant la fête juive de Souccot dans le quartier de Borough Park, dans l'arrondissement de Brooklyn, à New York, le 4 octobre 2020. (AP/Kathy Willens)
Deux jeunes femmes marchent avec des enfants pendant la fête juive de Souccot dans le quartier de Borough Park, dans l'arrondissement de Brooklyn, à New York, le 4 octobre 2020. (AP/Kathy Willens)

JTA – Des centaines de nourrissons dans les quartiers juifs orthodoxes de Brooklyn sont actuellement atteints d’un virus respiratoire qui ne circule généralement pas au printemps, ce qui suscite des craintes quant à la possibilité que les infections dans ces communautés ne deviennent à nouveau un indicateur de ce qui est à venir ailleurs dans la ville de New York et dans le pays.

Au moins 15 patients du cabinet de pédiatrie du Dr Israël Zyskind, à Borough Park, sont actuellement hospitalisés en raison du virus respiratoire syncytial, ou VRS, un virus qui ne se manifeste guère plus que par un simple rhume chez les adultes, mais qui peut être dangereux pour les nourrissons et les jeunes enfants.

En général, selon le Dr Zyskind, pas plus d’une poignée d’enfants de son cabinet ne sont hospitalisés au même moment à cause du VRS. Et ces hospitalisations ont lieu pendant l’hiver, et non pas lorsque le temps se réchauffe.

La récente explosion de cas de VRS dans le quartier orthodoxe de Brooklyn est sur le radar de la ville de New York. Selon le département de la santé de la ville, il y a eu 10 cas recensés de VRS à Brooklyn au cours de la dernière semaine de février. Pendant la semaine du 4 au 10 avril, il y en a eu 294.

Les cas sont apparus à Williamsburg, Borough Park, Bensonhurst, Kensington et Midwood.

« Les parents et personnes en charge sont encouragés à garder les enfants malades à la maison et à empêcher toute personne présentant des symptômes de rhume d’entrer en contact avec de jeunes enfants », conseille le département de la Santé. « Si les enfants ont des difficultés à respirer, un sifflement, ne mangent pas ou ne boivent pas, les parents doivent contacter immédiatement leur prestataire de soins de santé. »

Illustration : Des membres de la communauté juive orthodoxe attendent que des bus scolaires viennent les chercher dans le quartier de Borough Park, dans l’arrondissement de Brooklyn à New York, le 8 octobre 2020. (AP Photo/John Minchillo)

L’apparition inhabituelle du VRS dans les quartiers orthodoxes de Brooklyn survient un peu plus d’un an après que le quartier a connu certaines des premières épidémies de COVID-19. À l’époque, les pratiques communautaires et les familles multigénérationnelles vivant sous le même toit étaient considérées comme des facteurs créant des conditions propices à la propagation de la maladie, en particulier avant que des consignes ne soient données pour cesser les rassemblements et rester à la maison.

Ces mêmes conditions pourraient faire des communautés des indicateurs précoces des schémas de maladie qui apparaissent après le recul de la COVID-19.

Le VRS est l’une des maladies les plus courantes qui ont reculé au cours de la pandémie, ce qui a surpris de nombreux médecins. Le virus, qui provoque des symptômes tels que l’écoulement nasal, la toux et la fièvre, et peut amener l’enfant à avoir tendance à moins manger, se propage facilement dans les écoles et les crèches. La plupart des enfants contractent le virus à l’âge de 2 ans et, pour la plupart d’entre eux, le virus n’est pas dangereux. Mais le VRS peut entraîner une maladie plus grave chez les bébés, dont les voies respiratoires sont plus petites et qui ne sont pas immunisés contre le virus.

Selon le CDC, [Centers for Disease Control and Prevention – Centres pour le contrôle et la prévention des maladies] plus de 57 000 enfants de moins de 5 ans sont hospitalisés chaque année à cause du VRS. Entre 100 et 500 enfants meurent du VRS chaque année. Il n’existe pas de vaccin.

Cet hiver, une période où le VRS circule normalement beaucoup, les médecins de Brooklyn ont dit avoir vu peu ou pas de cas. Mais cela a changé ces dernières semaines.

Avant cela, le VRS s’était propagé hors saison ailleurs. L’Australie a connu une épidémie similaire à l’automne, lorsque le temps y est chaud. Les médecins du pays ont émis l’hypothèse que les mesures de confinement prises l’année dernière ont empêché les gens de contracter le VRS, réduisant ainsi le niveau d’immunité au virus dans la population générale à la sortie du confinement.

Zyskind pense que quelque chose de similaire pourrait se produire à Brooklyn.

« Les mères allaitantes, qui protègent leurs enfants par une immunité passive, ne sont pas en mesure de transmettre cette immunité robuste à leurs enfants cette année parce qu’elles n’ont pas été exposées à ces maladies virales l’année dernière comme elles le sont habituellement », a déclaré le médecin.

« De plus, un grand nombre des tout-petits qui présentent une maladie bénigne ont échappé à la saison typique du VRS l’année dernière, ne sont pas immunisés contre le VRS et le transmettent donc à leurs frères et sœurs ou à leur entourage. »

Le Dr Ben Katz, professeur de pédiatrie à la faculté de médecine Feinberg de l’université Northwestern et expert en maladies infectieuses, a proposé une autre théorie.

Illustration : Un homme juif ultra-orthodoxe se promène avec ses filles dans le quartier de Williamsburg à Brooklyn, le mardi 7 avril 2020. (AP Photo/Mark Lennihan)

« Lorsqu’un virus arrive dans une communauté, les autres disparaissent généralement », a déclaré M. Katz, expliquant qu’un virus va évincer les autres.

Cette théorie a également été utilisée pour expliquer pourquoi la saison de la grippe de cette année a été presque inexistante, contournant le scénario cauchemardesque que certains craignaient si la grippe et le coronavirus se propageaient simultanément.

La raison pour laquelle le virus circule si rapidement dans les communautés orthodoxes et apparaît beaucoup moins fréquemment dans d’autres communautés de la ville de New York n’est pas claire.

Le fait que les familles soient plus nombreuses dans les communautés orthodoxes peut expliquer l’augmentation de la propagation, car un plus grand nombre d’enfants par foyer peut attraper le virus à l’école et le rapporter à la maison à ses jeunes frères et sœurs. Les conditions de vie exiguës dans certains quartiers orthodoxes peuvent également y contribuer.

Alors que la plupart des écoles aux États-Unis dispensent des cours en ligne ou organisent des réunions en présentiel en prenant des précautions telles que le port de masques et la distanciation sociale, de nombreuses écoles orthodoxes, en particulier dans les quartiers hassidiques, ont été beaucoup plus laxistes en ce qui concerne les précautions liées au COVID. Ce laxisme peut créer un environnement dans lequel d’autres virus, et pas seulement le coronavirus, peuvent se propager plus facilement.

Mais la question de savoir pourquoi les cas se multiplient maintenant, alors que les écoles des communautés orthodoxes sont ouvertes depuis le début de l’année scolaire, reste sans réponse.

« Nous essayons de comprendre pourquoi c’est d’abord ici que cela se produit », a déclaré M. Zyskind, en faisant remarquer que les garderies du pays sont ouvertes depuis des mois. « Mais je ne sais vraiment pas pourquoi cela se produit dans notre communauté. »

Les médecins prévoient déjà la possibilité d’une saison de grippe plus intense l’année prochaine en raison du nombre moins élevé de personnes ayant contracté la maladie cette année.

« Nous vivons dans un écosystème très délicat en équilibre », a déclaré M. Zyskind. « Les confinements étaient nécessaires pour arrêter le COVID, mais il y aura un coût à l’autre bout pour les autres maladies virales qui ont été évitées pendant les confinements. »

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