La nécrologie d’une juive datant de 1 700 ans a été traduite
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La nécrologie d’une juive datant de 1 700 ans a été traduite

Une tablette en calcaire rédigée en grec rend hommage à ‘Hélène’, une femme de 60 ans ‘qui aimait les orphelins’

Une épitaphe en calcaire d'une femme juive Hélène, traduit par le professeur associé Lincoln H. Blumell de Brigham Young University (Crédit : Jaren Wilkey / BYU photo)
Une épitaphe en calcaire d'une femme juive Hélène, traduit par le professeur associé Lincoln H. Blumell de Brigham Young University (Crédit : Jaren Wilkey / BYU photo)

Une épitaphe datant du troisième siècle d’une femme juive vivant en Egypte a été récemment traduite après avoir été découverte dans une bibliothèque de l’Utah.

La tablette en calcaire avait été étiquetée comme étant un artefact copte depuis des années jusqu’à ce qu’elle soit traduite par Lincoln H. Blumell, un professeur associé à l’université Brigham Young, qui a publié ses conclusions ce mois-ci.

« Dans la paix et la bénédiction Ama Hélène, une juive, qui aimait les orphelins, [est morte]. Pendant environ 60 ans son chemin celui de la miséricorde et de la bénédiction, sur lequel elle a prospéré », décrit l’épitaphe.

Ce document est inhabituel, car il décrit la femme, Hélène, comme une juive, mais utilise également le titre honorifique « Ama » qui est normalement utilisé pour décrire les nonnes et d’autres femmes chrétiennes distinguées dans l’Egypte ancienne, selon Blumell.

« J’ai étudié des centaines d’anciennes épitaphes juives, a précisé Blumell, et il n’y a rien comme celle-ci. C’est une belle commémoration et un bel hommage pour cette femme. »

Blumell a trouvé la tablette dans une collection d’objets grecs et coptes, qui avaient été donnés à la bibliothèque J. Willard Marriott de l’université de l’Utah en 1989.

Le professeur associé Lincoln H. Blumell de Brigham Young University avec l'épitaphe qu'il a traduit (Crédit : Jaren Wilkey / BYU photo)
Le professeur associé Lincoln H. Blumell de Brigham Young University avec l’épitaphe qu’il a traduit (Crédit : Jaren Wilkey / BYU photo)

L’épitaphe a été datée comme ayant été rédigée pendant le troisième siècle de l’ère commune. Bien que des nécrologies plus anciennes aient été découvertes, celle-ci est unique car elle mentionne la religion d’Hélène et utilise le titre de « Ama ».

Une autre particularité de ce document est l’âge d’Hélène. Sur la base d’autres nécrologies datant de la même période, il semblerait que l’espérance de vie moyenne des femmes à l’époque était d’environ 25 ans. Hélène a atteint l’âge de 60 ans.

Selon les documents relatant les recensements de cette époque, Hélène faisait partie des 6 % des femmes égyptiennes de cette période qui ont vécu jusqu’à cet âge. Plus de la moitié des hommes mourraient également avant l’âge de 30 ans.

La description d’Hélène comme quelqu’un « qui aime les orphelins » peut être lié au fait qu’elle ait été juive. La Torah mentionne à plusieurs reprises que l’on ne peut pas maltraiter les orphelins et les veuves.

La bibliothèque Marriott a reçu l’épitaphe d’Aziz S. Atiya mais l’avait identifiée comme une « inscription copte, datant de l’aube de l’utilisation de l’alphabet grec, ne datant pas avant du deuxième siècle mais pas plus tard que le troisième ». Cependant, elle n’a pas été rédigée en langue copte mais en grec.

« Je me souviens quand ils l’ont sorti, j’ai été choqué parce que j’ai immédiatement vu que c’était grec », a déclaré Blumell à CNN. « J’ai passé les deux heures suivantes à l’examiner et j’ai commencé à la retranscrire ».

Luise Poulton, le conservateur de la bibliothèque qui gère les livres rares, a expliqué que la tablette a été étiquetée comme étant une inscription copte pendant 27 ans jusqu’à ce que Blumell arrive.

« Le travail du professeur Blumell sur cette pièce est aussi satisfaisant que fascinant. Le Dr Blumell a non seulement apporté des faits aux conjectures en ce qui concerne la pièce, mais il nous a aussi donné une histoire très personnelle à poser sur cette pierre froide », a déclaré Poulton dans un communiqué de presse publié par le BYU.

Blumell, qui est spécialiste du christianisme des périodes romaines et byzantines, a publié ses conclusions dans le dernier numéro du Journal for the Study of Judaism.

Le troisième siècle a suivi d’une période de grands bouleversements pour le peuple juif. Le Deuxième Temple a été détruit en 70 de l’ère commune et a été suivie par la rébellion en Judée au début de l’année 115, sous le règne de l’empereur romain Trajan. A Alexandrie, en Egypte, les juifs ont mis le feu à la ville et ont détruit les temples et le tombeau de Pompée. La rébellion a été écrasé en 117 par Quintus Marcius Turbo.

Alexandrie, qui comptait à une époque la plus grande communauté juive du monde, ne s’est jamais complètement remis de la rébellion et a cessé d’être un centre majeur d’influence dans le monde juif, bien que certains juifs soient restés jusqu’à l’époque moderne.

Le troisième siècle a été aussi une époque de formation mais également turbulente pour l’Eglise chrétienne. Le théologien Origène est né à Alexandrie à l’époque et il a vécu jusqu’à ce qu’il soit expulsé aux environ de l’an 230 par Démétrius, l’évêque d’Alexandrie.

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