Israël en guerre - Jour 196

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« La refonte judiciaire nuit à l’économie », dit l’ex-directeur de la Banque d’Israël

Jacob Frenkel intensifie sa rhétorique contre l'avancée "irresponsable" de la réforme du système judiciaire et la menace pour l'indépendance de la Banque centrale

L'ancien chef de la Banque d'Israël, Jacob Frenkel, à gauche, lors d'une interview sur la Douzième chaîne, le 22 février 2023. (Crédit : La Douzième chaîne)
L'ancien chef de la Banque d'Israël, Jacob Frenkel, à gauche, lors d'une interview sur la Douzième chaîne, le 22 février 2023. (Crédit : La Douzième chaîne)

Un économiste de premier plan, qui a autrefois défini la politique fiscale d’Israël, a intensifié sa rhétorique mercredi contre les mesures prévues par le gouvernement pour remanier le système judiciaire, avertissant avec passion qu’elles pourraient laisser l’économie en ruine et rejetant les tentatives actuelles de la coalition pour calmer les préoccupations économiques croissantes comme « une insulte à l’intelligence des gens ».

Jacob Frenkel a dirigé la Banque centrale d’Israël de 1991 à 2000 et a jusqu’à récemment, présidé JP Morgan Chase International. Il a déploré que chaque jour supplémentaire du blitz législatif du gouvernement aggrave la situation, alors que l’image d’Israël à l’international a pris un sérieux coup et que les grandes entreprises et les investisseurs commencent à quitter le pays.

« Cela devrait beaucoup nous inquiéter », a déclaré Frenkel à la Douzième chaîne lorsqu’il a été interrogé sur l’affaiblissement du shekel israélien, qui, au cours du mois dernier, a perdu près de 10 % de sa valeur par rapport au dollar américain.

« La valeur du shekel est le reflet de la réalité qui se cache derrière. Nous sommes dans une situation d’incertitude totale – incertitude économique, incertitude politique et incertitude institutionnelle, qui affecte toutes les composantes de l’économie : les consommateurs, les fabricants, les investisseurs, le citoyen ordinaire », a-t-il déclaré. « Et cette incertitude est faite maison, ce n’est pas un choc extérieur. »

« Nous avons eu un parcours étonnant des nombreuses années de stabilité. Et d’un seul coup, suite à des décisions irresponsables, tout cela est remis en question. »

Frenkel a tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises au cours du mois dernier, mais aucune de ses remarques passées n’était aussi directe que celles de l’interview télévisée de mercredi.

Il a été interrogé sur le récent appel lancé par le ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, au gouvernement pour qu’il intervienne dans le travail de la Banque d’Israël, après que son gouverneur, Amir Yaron, a une nouvelle fois augmenté le taux d’intérêt, à 4,25 %, pour la huitième fois en dix mois, afin de tenter de contenir l’inflation.

Le gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron, s’exprimant lors d’une conférence de presse à la Banque centrale d’Israël, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’incitation de Cohen à une intervention du gouvernement a déstabilisé encore plus les choses, obligeant Netanyahu à publier deux déclarations en autant de jours visant à promettre que la Banque d’Israël restera indépendante.

« Je pensais que cet argument était derrière nous », a déclaré Frenkel. « Aujourd’hui, quelqu’un remet en question l’autorité du gouverneur [de la Banque centrale] ? Nous avons de l’inflation en Israël, et le gouvernement a décidé qu’il voulait une stabilité des prix. Le principal outil pour y parvenir est le taux d’intérêt, et le gouverneur doit être autorisé à travailler. Chaque nouvelle de ce type… augmente la pression inflationniste et obligera le gouverneur à continuer à utiliser l’outil du taux d’intérêt. »

« La principale question est de savoir si nous voulons être un pays digne de ce nom, avec des autorités distinctes qui ont des rôles, des responsabilités et des professionnels – et tout n’est pas politique », a déclaré Frenkel avec véhémence.

La refonte judiciaire accorderait au gouvernement un contrôle total sur la nomination des juges, y compris à la Haute Cour, éliminerait presque entièrement la capacité de la Haute Cour à examiner et à annuler la législation, et permettrait aux politiciens de nommer – et de renvoyer – leurs propres conseillers juridiques.

Un large et bruyant chœur de critiques, allant du système judiciaire à la société civile et au monde des affaires, a averti que les mesures de remaniement vont essentiellement neutraliser le système démocratique israélien de contrôle et d’équilibre. Dans le même temps, les responsables locaux et les alliés étrangers ont exprimé leurs inquiétudes quant au fait que ces mesures pourraient ne pas protéger les droits des minorités, et les milieux d’affaires ont prévenu que l’agitation pourrait nuire à l’environnement d’investissement en Israël, augmentant ainsi la pression sur le gouvernement pour qu’il entame des pourparlers et atténue les propositions de reforme.

L’ancien gouverneur de la Banque d’Israël Jacob Frenkel, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 24 juin 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Il la met en danger, mais il n’est pas encore trop tard. Nous pouvons empêcher l’attelage de dévaler la pente. Mais chaque jour, la situation s’aggrave, car notre image subit de très sérieux coups », a déclaré Frenkel, interrogé sur l’impact du processus sur l’économie du pays.

Selon Frenkel, non seulement de plus en plus de grandes entreprises et d’investisseurs transfèrent leur argent hors d’Israël, mais le pays perd également son capital humain, et avec lui, des connaissances essentielles dans divers domaines.

« Pendant des années, nous étions fiers d’être une ‘nation de start-ups’. Pourquoi mettre cela en danger ? » a-t-il déclaré, ajoutant que la manière expéditive dont le gouvernement fait avancer ses réformes radicales donne la nette impression d’un « opportunisme sournois ».

Interrogé sur les affirmations largement répandues des membres et des partisans du gouvernement Netanyahu selon lesquelles la peur économique est créée et alimentée à dessein par des rivaux politiques, Frenkel s’est montré encore plus passionné, affirmant que la question ne portait pas sur la légitimité d’un gouvernement démocratiquement élu, mais sur la nécessité de calmer une grande partie de la population qui craint sincèrement que ses mesures nuisent à l’économie.

« Si la population n’est pas convaincue, allez la convaincre. Et si l’opinion publique a raison, écoutez-la », a-t-il déclaré, citant le plaidoyer du président Isaac Herzog en faveur de l’arrêt du processus législatif et de la tenue de négociations visant à mettre en place une réforme judiciaire largement acceptée. « Comment pouvez-vous dénigrer de manière aussi flagrante la demande du président ? »

Le président Isaac Herzog s’adressant à la nation israélienne depuis son Bureau à Jérusalem, le 12 février 2023. (Crédit : Haim Zach/Bureau du Premier ministre)

« Il n’est pas juste d’accuser toute personne qui pose une question d’avoir un intérêt politique. Les politiciens doivent comprendre que les investisseurs sont indépendants et sont capables de gérer leurs affaires sans le gouvernement », a-t-il déclaré. « Tout n’est pas politique. Les gens ont un réel patriotisme, les investisseurs et les communautés juives en Israël et à l’étranger se soucient du pays, et ils ne veulent pas assister à sa destruction. »

« S’il vous plaît, réveillez-vous, avant que le pays ne s’enfonce. Il y a de bonnes chances d’inverser la tendance, car l’infrastructure est solide. Nous avons beaucoup à perdre, et nous ne devons pas perdre notre boussole. »

« Les gens sont intelligents – c’est une insulte à leur intelligence de leur dire ‘faites-nous confiance’, alors qu’ils ne leur font pas confiance. S’il vous plaît, prouvez-le. »

Jeudi après-midi, Netanyahu n’avait pas directement commenté l’interview de Frenkel, mais il a fait référence aux inquiétudes économiques croissantes qu’il a exprimées, ainsi que de nombreux autres critiques de premier plan, lors d’une réunion du cabinet qui a discuté du prochain budget de l’État.

« Certains essaient de déstabiliser l’économie d’Israël et de créer une hystérie pour des raisons politiques, une hystérie qui n’a aucun fondement dans la réalité », a-t-il affirmé.

« L’économie d’Israël est forte et elle va continuer à se renforcer. Grâce à notre puissance, grâce à l’indépendance de la Banque d’Israël, qui sera préservée, et grâce à la politique économique responsable et active que nous menons. Ceux qui sèment l’hystérie et la peur auront tort. »

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