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La Banque d’Israël relève son taux d’intérêt à 4,25 %, au plus haut depuis 2008

La banque centrale relève les coûts d'emprunt de 50 points en raison d'une inflation supérieure à 5 %, de la dépréciation du shekel et dans un contexte d'incertitude économique

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Le gouverneur de la Banque d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse à la Banque centrale, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le gouverneur de la Banque d'Israël, Amir Yaron, s'exprimant lors d'une conférence de presse à la Banque centrale, à Jérusalem, le 2 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Banque centrale d’Israël a relevé son taux d’intérêt de référence pour la huitième fois consécutive, augmentant son taux directeur de 50 points de base pour le porter à 4,25 %, soit son plus haut niveau depuis 2008, pour combattre la pression inflationniste et l’affaiblissement du shekel.

La commission monétaire de la banque centrale a décidé de faire passer le taux directeur de 3,75 % à 4,25 %. Cette décision fait suite à une accélération inattendue de l’inflation, en janvier, dans un contexte de croissance économique forte, toutefois teintée d’incertitudes quant aux effets de la réforme judiciaire qui ont par ailleurs affaibli le shekel.

La monnaie locale a jusqu’à présent perdu 3 % par rapport au dollar, en février.

« L’économie israélienne enregistre une forte activité, accompagnée d’un marché du travail tendu et d’une augmentation des tendances inflationnistes », a expliqué la Canque centrale dans sa déclaration de décision sur les taux.

« La commission a donc décidé de poursuivre le processus de relèvement des taux d’intérêt. »

« Depuis la précédente décision, les taux de change sont devenus beaucoup plus volatiles : au début, le shekel s’est renforcé, avant que la tendance s’inverse et que le shekel se déprécie d’environ 5 % le mois dernier », a-t-il ajouté.

La Banque centrale d’Israël n’a de cesse de relever son taux d’intérêt de référence, qui atteint donc aujourd’hui 4,25 % contre 0,1 % en avril dernier, afin de contenir l’inflation et la ramener dans la fourchette cible du gouvernement, entre 1 % et 3 %. Parallèlement, un shekel plus faible rend les produits importés plus chers, ce qui a pour effet d’augmenter les prix à la consommation, comme le coût de l’essence.

« L’ampleur de l’expansion budgétaire et l’évolution des salaires auront un impact sur la convergence du taux d’inflation vers sa cible », a mis en garde la Banque d’Israël dans son communiqué de lundi.

Les gens font se pressent au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 25 septembre 2022, à la veille de Rosh Hashanah. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen a critiqué la décision de la Banque d’Israël de relever à nouveau son taux directeur.

« J’ai demandé à mon ami, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, d’élaborer un plan avec le gouverneur de la Banque d’Israël pour mettre fin à la hausse des taux d’intérêt », a écrit Cohen, membre du parti au pouvoir, le Likud, sur Twitter.

Soutenant que l’inflation est en train de se modérer, Cohen a affirmé que « rien ne justifiait l’augmentation du taux d’intérêt aujourd’hui », ce qui, selon lui, conduira à de nouveaux « abus » des Israéliens ayant contracté des prêts hypothécaires.

David Bitan, également du Likud et président de la commission des affaires économiques, s’en est pris à la décision du gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron, l’appelant à freiner les hausses de taux d’intérêt, « même si cela doit faire durer la baisse de l’inflation… le public n’est pas à la hauteur. »

« Le coût de la vie est en train de monter en flèche. [Avec la politique actuelle] nous pouvons vaincre l’inflation, mais les victimes seront les citoyens d’Israël », a déclaré Bitan.

Smotrich a ensuite défendu la banque dans une déclaration publiée en anglais et en hébreu sur son compte Twitter.

« L’indépendance de la banque centrale d’Israël est fondamentale pour notre économie forte et innovante. En tant que ministre des Finances, je m’oppose fermement aux déclarations populistes qui menacent l’indépendance de la Banque d’Israël », a déclaré Smotrich. Le communiqué en hébreu reconnaît également que la hausse des taux « rend effectivement la situation difficile pour de nombreux ménages. »

Les économistes de la Banque Hapoalim, la Banque Discount et de Leader Capital Markets s’attendaient à une hausse de 0,5 % et estiment aujourd’hui que le coût de l’emprunt restera supérieur à 4 % tout au long de cette année, face à des pressions inflationnistes croissantes.

« Si le shekel s’affaiblit encore, ce qui se répercutera sur les prix des produits importés, cela pourrait contribuer davantage à une inflation « collante », qui ne diminuera pas au rythme souhaité pour revenir vers l’objectif de stabilité des prix (1-3%) », a écrit Gil Bufman, économiste en chef de la Banque Leumi, dans une note faisant suite à la décision de taux de lundi. « Dans ces conditions, la Banque d’Israël devrait continuer à relever les taux d’intérêt lors de la prochaine décision, début avril, de 25 points de base, à 4,5 %. »

« Toutefois, si l’affaiblissement du shekel, parallèlement à d’autres facteurs, se traduit par une augmentation supplémentaire de l’inflation, et que celle-ci reste autour de 5 %, alors la portée de nouvelles hausses des taux d’intérêt devrait être plus élevée », a ajouté Bufman.

Malgré les hausses régulières des taux d’intérêt de la Banque d’Israël au cours des derniers mois, l’indice des prix à la consommation (IPC), une mesure de l’inflation qui suit le coût moyen des biens ménagers, a augmenté de 0,3 % en janvier, portant la hausse annuelle sur les 12 derniers mois à 5,4 %, le niveau le plus élevé depuis 2008, selon les données publiées par le Bureau central des statistiques le 15 février. Les économistes s’attendaient à ce que les chiffres de janvier s’établissent à 0,1 % tout au plus.

L’économie israélienne a connu une croissance de 6,5 % en 2022, soit un rythme plus lent que la rapide expansion de 8,6 % enregistrée en 2021, a déclaré jeudi le bureau des statistiques. Le produit intérieur brut a augmenté de 5,8 % en données corrigées des variations saisonnières et annualisées au quatrième trimestre de 2022, dépassant les attentes des analystes. En 2022, la croissance moyenne des pays de l’OCDE était de 2,8 %.

Dès le mois dernier, les économistes de la banque centrale ont déclaré qu’ils s’attendaient à ce que le taux d’inflation diminue à 3 % au cours de l’année à venir, et passe à 2 % en 2024. L’économie devrait croître à un taux annuel de 2,8 % en 2023 et de 3,5 % en 2024, selon les estimations de la Banque d’Israël.

lllustration : Des billets israéliens de 100 shekels, le 31 décembre 2017. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Ces dernières semaines, les investisseurs se sont montrés de plus en plus préoccupés par le fait que les propositions gouvernementales en cours visant à réduire le pouvoir du système judiciaire affaibliraient le système judiciaire israélien et auraient un impact négatif sur sa notation de crédit, ce qui à son tour nuirait à l’économie prospère du pays et à sa monnaie locale et déclencherait le début d’une sortie de fonds.

« Si le gouvernement continue à faire avancer la législation dans sa forme actuelle, la pression sur le taux de change [shekel] augmentera et devrait conduire à une augmentation de l’environnement inflationniste qui soutient un cycle plus long de hausse des taux d’intérêt », a écrit Rafi Gozlan, économiste en chef de la société d’investissement IBI, dans une note aux investisseurs.

Le gouverneur de la Banque d’Israël Amir Yaron, a également évoqué les réformes judiciaires imminentes, déclarant lundi à la chaîne publique Kan que l’indépendance de la Banque d’Israël est « cruciale » pour l’économie du pays.

« Nous savons, et il y a beaucoup de recherches dans le monde économique qui montrent que l’indépendance et la force des institutions sont des composantes cruciales du développement économique et de la prospérité », a-t-il déclaré.

Notant que les institutions financières internationales examinent l’impact économique potentiel des changements proposés au système judiciaire, Yaron a déclaré à Kan qu’il « est vraiment capital de sauvegarder ces caractéristiques, l’indépendance et la force de ces institutions, dans toute démarche qui est avancée. »

Pour l’avenir, le stratège en chef de la Banque Hapoalim, Modi Shafrir, a cité la faiblesse du shekel comme l’un des principaux facteurs de risque de hausse de l’inflation pour l’année à venir.

« Il y a la crainte d’une dévaluation continue du shekel alimentée par les préoccupations concernant la sortie des fonds des citoyens israéliens et des capitaux étrangers, si un compromis n’est pas atteint sur la réforme juridique », a écrit Shafrir dans une note de recherche.

Un certain nombre d’entreprises et de startups locales ont déjà commencé, à la demande de leurs investisseurs étrangers, à transférer de l’argent hors des comptes bancaires locaux pour diversifier les risques et couvrir leurs actifs avant que les réformes prévues ne soient approuvées.

« Il est difficile de quantifier l’ampleur des mouvements de capitaux à l’étranger par les ménages et les entreprises israéliens, mais c’est un processus progressif qui devrait affecter le shekel », a déclaré Jonathan Katz, stratège macro pour Leader Capital Markets. « Dans l’environnement actuel, les institutions augmenteront leurs avoirs en actions étrangères au détriment des actions israéliennes ainsi que leur exposition aux devises étrangères. »

« En outre, les investissements réels dans l’économie israélienne sont déjà en baisse considérable cette année. Sans un compromis raisonnable dans la réforme, la tendance à la dévaluation se poursuivra, l’environnement inflationniste augmentera et avec lui le taux d’intérêt de la Banque d’Israël », selon Katz.

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