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L’ex-chef de la Banque d’Israël reproche à Netanyahu d’ignorer les avertissements

Selon Jacob Frenkel, le Premier ministre ne devrait pas ignorer les inquiétudes de JP Morgan concernant la refonte du système judiciaire

L'ancien gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Jacob Frenkel, s'adressant à la Douzième chaîne, le 22 janvier 2023. (Crédit : La Douzième chaîne)
L'ancien gouverneur de la Banque centrale d'Israël, Jacob Frenkel, s'adressant à la Douzième chaîne, le 22 janvier 2023. (Crédit : La Douzième chaîne)

Jacob Frenkel, un ancien chef de la Banque centrale d’Israël qui, jusqu’à récemment, présidait JP Morgan Chase International, a mis en garde samedi contre l’impact négatif des plans de grande envergure de la coalition pour la refonte du système judiciaire, et a fustigé le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir ignoré les préoccupations des institutions économiques internationales concernant ces projets.

« Je suis très surpris par ce que fait Netanyahu », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne.

« Lorsque JPMorgan fait une recommandation, c’est à prendre très au sérieux », a déclaré Frenkel, faisant référence à un mémo interne de la société publié vendredi, qui mettait en garde contre le risque croissant d’investir en Israël.

JPMorgan gère plus de 3 000 milliards de dollars dans le monde.

Beaucoup ont comparé la situation d’Israël à celle de la Pologne, y compris le mémo de JP Morgan. Frenkel a déclaré que cela soulignait la probabilité que « la situation puisse se détériorer ».

« Dans le cas de la Pologne, sa cote de crédit a chuté ; les citoyens ont été lésés ; les prix ont augmenté ; sa capacité à emprunter de l’argent sur les marchés internationaux a été réduite », a-t-il déclaré. « Les citoyens ont souffert dans les pays qui ont affaibli leur contrôle judiciaire. »

« Le Premier ministre avec lequel j’ai travaillé était prudent, circonspect, ne prenait pas de risques… Il est très dangereux de dire ‘j’ignore les rapports professionnels des organes compétents parce que je pense différemment' », a déclaré Frenkel, qui a présidé la Banque d’Israël de 1991 à 2000.

« Je veux éviter l’incendie… Nous lançons des avertissements… Ce Premier ministre a conduit Israël à des réalisations stupéfiantes. Il y a donc beaucoup à perdre », a-t-il déclaré.

Le logo de JPMorgan Chase & Co apparaissant au-dessus d’un poste de négociation sur le parquet de la Bourse de New York, à New York, le 16 août 2019. (Crédit : Richard Drew/AP)

« L’urgence n’est pas encore là, mais il y a un danger de perdre tout ce qui a été réalisé », a-t-il dit. « Si cela se produit, cela arrivera beaucoup plus vite que vous ne le pensez. »

« Pour le public, le moment de paniquer n’est pas encore arrivé. Mais c’est le moment d’exiger que les avis [d’alerte] soient pris en compte. Ce n’est pas comme cela que l’on mène une réforme », a déclaré Frenkel.

« Netanyahu et moi-même avons mené une réforme du marché israélien des devises étrangères », a-t-il rappelé. « Elle s’est faite progressivement, avec un travail de terrain, de transparence, et un processus. Pas de façon catégorique, rapidement, là tout de suite ! Mais qu’est-ce que c’est ? » a-t-il demandé.

Frenkel a été interrogé sur les informations de la chaîne selon lesquelles Netanyahu a désigné son confident de longue date, le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, pour parler avec les sociétés financières internationales et les agences de notation de crédit qui ont exprimé des inquiétudes sur la façon dont le remaniement judiciaire pourrait avoir un impact négatif sur l’économie.

La Douzième chaîne a qualifié cette initiative d’inhabituelle, car ces entretiens sont généralement menés par des fonctionnaires du ministère des Finances et non par des personnalités politiques.

« Cela témoigne d’un certain mépris pour ces organisations… Elles émettent des avertissements », a déclaré Frenkel.

Le ministre des Affaires stratégiques, Ron Dermer, arrivant pour la réunion hebdomadaire du cabinet au Bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 29 janvier 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Frenkel s’est déjà prononcé contre la réforme du système judiciaire, notamment dans un éditorial publié le mois dernier avec sa collègue gouverneure de la Banque d’Israël, Karnit Flug, dans lequel ils avertissaient que « cette réforme abaissera la notation du pays » et « portera un coup sévère à l’économie et à ses citoyens ». Vendredi, la chaîne publique israélienne Kan a rapporté que Netanyahu a personnellement appelé des agences de notation internationales pour tenter d’apaiser les inquiétudes croissantes sur l’impact économique de la refonte judiciaire actuellement prévue par son gouvernement.

Netanyahu a pris l’initiative d’appeler les hauts dirigeants de ces sociétés et des banques internationales pour tenter de les convaincre que les propositions judiciaires ne porteront pas atteinte à l’économie et ne justifient pas la dégradation de la notation d’Israël ou le retrait des investissements.

Netanyahu s’est entretenu avec les hauts dirigeants de JPMorgan pour tenter d’empêcher la publication du mémo vendredi, quelques jours après que le Premier ministre eut cité l’institut financier et le géant bancaire américain Goldman Sachs comme preuve que les propositions judiciaires ne faisaient pas fuir les investisseurs potentiels.

Dans le mémo interne, JP Morgan cite à la fois les projets de réforme judiciaire présentés par le ministre de la Justice, Yariv Levin, ainsi qu’une augmentation des « hostilités géopolitiques ».

JPMorgan a signalé la possibilité que le remaniement judiciaire pourrait exercer une pression négative sur la notation d’Israël, qui, selon elle, se situe actuellement « confortablement dans la catégorie d’investissement », ce qui pourrait entraîner un ralentissement des flux d’investissements internationaux.

La banque a toutefois souligné qu’elle estimait que « l’impact de cette mesure sur le marché serait limité ».

Une source proche de Netanyahu a qualifié le rapport de « propagande » et a déclaré que de nombreux commentateurs ne connaissaient pas les propositions réelles.

« Un millier de rapports comme celui-ci n’aideront pas. Les gens verront si cela vaut la peine d’investir ou non », a déclaré la source. « L’argent intelligent viendra parce que ce que nous faisons, c’est-à-dire équilibrer une situation déséquilibrée. Le système judiciaire restera indépendant comme aujourd’hui, la ‘judiciarisation’ diminuera et l’économie sera florissante. »

Netanyahu, qui était en visite officielle en France le week-end dernier, a déclaré qu’il avait rencontré 60 hommes d’affaires français, qui lui ont dit que « ce qu’ils disent à propos de la fuite des investisseurs est une absurdité ». « Nous voulons augmenter nos investissements en Israël. »

Les propositions présentées par Levin en décembre restreindraient fortement la capacité de la Haute-cour à invalider des lois et des décisions gouvernementales avec l’adoption d’une clause dite « dérogatoire » qui permettrait au Parlement de surseoir aux décisions de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple de 61 députés. Ces propositions prévoient aussi de donner au gouvernement le contrôle total de la sélection des juges ; de faire disparaître la notion juridique du « caractère raisonnable » du code pénal israélien, une notion sur laquelle s’appuient les magistrats pour juger une législation ou une décision prise par la coalition et elles prévoient également que les ministres seront autorisés à nommer leurs propres conseillers juridiques au lieu de devoir faire appel à ceux qui opèrent sous les auspices du ministère de la Justice.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant des hommes d’affaires français lors de sa visite à Paris, le 4 février 2023. (Crédit : Amos Ben Gershom/Bureau du Premier ministre)

La semaine dernière, Goldman Sachs a mis en garde contre « l’inquiétude croissante suscitée par l’évolution de la politique intérieure », qui met l’accent sur l’exposition du shekel.

« Les cinq élections récentes, au cours des trois dernières années, se sont traduites de manière limitée sur les marchés financiers », a écrit l’économiste de Goldman Sachs, Tadas Gedminas, dans un rapport diffusé vendredi. « Cela ne signifie pas que la situation actuelle n’aura pas un impact plus significatif cette fois-ci et nous allons nous montrer très attentifs face aux développements à venir. »

« Ceci étant dit, nous pensons que ces changements culturels et leurs implications pour les marchés financiers sont sous-estimés », a-t-il continué.

Les institutions financières nationales ont également fait part de leurs préoccupations quant à l’impact négatif que les plans de Levin pourraient avoir sur l’économie du pays.

Le ministre de l’Économie, Nir Barkat, a tenté d’apaiser les craintes mercredi, en assurant à la conférence Cybertech Global à Tel Aviv que, lorsqu’il s’adresse à des contacts à l’étranger, « cette question n’est même pas mentionnée ».

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