Israël : la Russie accepte nos rapports sur l’avion et maintient la coordination
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Israël : la Russie accepte nos rapports sur l’avion et maintient la coordination

La délégation israélienne a "réfuté" l'affirmation selon laquelle des avions israéliens se seraient cachés derrière l'avion abattu et assure que Moscou a été notifié de la frappe

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre le ministre russe de la Défense  Sergei Shoigu, à Moscou, en Russie, le 31 mai 2018 (Crédit :  Ariel Hermoni/Defense Ministry)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman rencontre le ministre russe de la Défense Sergei Shoigu, à Moscou, en Russie, le 31 mai 2018 (Crédit : Ariel Hermoni/Defense Ministry)

Un responsable israélien a indiqué vendredi que les règles opérationnelles convenues avec la Russie pour agir en Syrie restaient inchangées malgré la mort de 15 soldats russes lundi soir, laissant entendre que l’Etat hébreu conservait sa liberté d’action chez son voisin syrien.

Des « améliorations » pourraient toutefois être apportées dans la coordination militaire avec la Russie, a ajouté ce responsable militaire.

« Il n’y a pas de changement au mécanisme de ‘déconfliction’ (entre Israël et la Russie) à la suite de cet évènement malheureux. Le mécanisme de ‘déconfliction’, les procédures opérationnelles entre nous et l’armée russe restent en place et sont inchangées », a dit à la presse ce responsable militaire sous couvert de l’anonymat.

Le mécanisme de « déconfliction » a été mis en place entre Israël et la Russie en 2015, date de début de l’intervention des forces russes aux côtés du régime de Bachar al-Assad, afin d’éviter les accrochages entre les armées russe et israélienne en Syrie.

Cette coordination a connu son plus grave accroc lundi soir quand la défense anti-aérienne syrienne a ouvert le feu après un raid israélien contre une installation de l’armée syrienne et a abattu par erreur un avion de reconnaissance russe. Les quinze membres d’équipage ont été tués.

Le ministère russe de la Défense a d’abord dénoncé des agissements « irresponsables » de la part d’Israël, accusant les pilotes israéliens de s’être servis de l’avion russe comme couverture et affirmant se réserver « le droit de riposter ».

Le président russe Vladimir Poutine a ensuite adopté un ton plus conciliant, parlant d’un « enchaînement de circonstances accidentelles tragiques ».

Israël a dépêché une délégation militaire dirigée par le général de division Amikam Norkin, chef de l’armée de l’air israélienne, qui s’est rendue en Russie jeudi pour à nouveau exprimer sa « sympathie » après la mort des soldats, mais aussi pour donner, sur la base de documents et du renseignement, sa version des évènements, a dit le responsable israélien.

La délégation israélienne a donc répondu aux questions de la Russie concernant l’incident de lundi, réfutant notamment la fausse affirmation selon laquelle des avions israéliens se seraient cachés derrière l’avion russe. Israël a également établi clairement que ses avions d’attaques avaient quitté la zone avant le tir du missile syrien responsable de l’abattage de l’appareil.

La délégation a également déclaré qu’Israël avait averti les Russes avant l’attaque et non une minute auparavant, comme Moscou l’avait initialement clamé. Et elle a rejeté l’affirmation d’un journal pro-Hezbollah qui a dit, vendredi, que la Russie avait refusé d’accepter les explications israéliennes sur l’incident, dont Israël attribue fermement la responsabilité à la Syrie.

Au cours de leurs entretiens à Moscou, la délégation menée par Norkin a dit à ses homologues russes que les militaires syriens avaient lancé plus de 20 missiles antiaériens en riposte à la frappe israélienne – un nombre comparativement important dans ce type de scénario. Quatre avions-chasseurs israéliens de type F-16 auraient participé à cette opération.

Le chef de l’armée de l’air israélienne Amikam Norkin, au centre-droit, rencontre des responsables russes à Moscou, le 20 septembre 2018 (Crédit : Armée israélienne)

De plus, l’officier a déclaré que la majorité des missiles sol-air lancés par les Syriens – notamment celui qui a abattu l’avion espion russe – ont été tirés après le départ des jets israéliens de la zone.

« La majorité de ces 20 missiles ont été lancés alors que tous nos avions se trouvaient d’ores et déjà dans l’espace aérien israélien et prêts à atterrir. Nous avons prouvé comment les tirs antiaériens irresponsables des Syriens ont été la cause directe de la frappe contre l’avion russe », a dit le haut-gradé.

La délégation a également refusé l’affirmation initiale de l’armée russe qui avait prétendu que les pilotes israéliens avaient utilisé l’avion espion Russe Il-20 comme « bouclier » pendant l’attaque.

« Nous avons souligné qu’il n’y a aucune vérité dans la théorie d’une provocation de la part d’Israël, ou que les avions israéliens auraient utilisé l’appareil russe comme couverture. Nous avons réfuté cette fausse histoire », a expliqué l’officier.

Une photo prise le 23 juillet 2006 montre un avion russe de type IL-20M (Ilyushin 20m) atterrissant dans un lieu inconnu (Crédit : AFP PHOTO / Nikita SHCHYUKIN)

Le haut-responsable a ajouté que les jets israéliens n’étaient « absolument pas proche de l’avion russe quand ce dernier a été abattu ».

Il a également réfuté une affirmation faite par les militaires et le ministre de la Défense russes qui avaient dit que l’armée israélienne avait prévenu de sa frappe moins d’une minute avant l’attaque.

L’officier n’a pas précisé toutefois à quel moment les Russes avaient été avisés de l’initiative israélienne, disant seulement que le délai était « largement supérieur à une minute ».

Le haut-responsable a démenti un article paru dans un média proche du Hezbollah, qui a clamé que les officiels russes avaient refusé d’accepter les conclusions tirées par l’armée israélienne.

« Notre impression est que les discussions ont été professionnelles et que les informations transmises ont été acceptées », a-t-il dit.

Cette délégation militaire, constituée d’officiers des forces aériennes, des renseignements militaires, de l’unité de coopération internationale, de l’administration des opérations et de l’Etat-major, est revenue vendredi matin de Moscou. A son atterrissage, les membres du groupe ont informé leurs supérieurs sur l’issue de la réunion.

Un responsable russe lors d’un briefing sur l’abattage d’un avion militaire IL-20 à proximité de la Syrie, le 18 septembre 2018 (Capture d’écran : Sputnik)

« Nous avons présenté nos données et nos conclusions. Elles ont été reçues. Nos homologues russes avaient des questions et nous y avons apporté des réponses », a-t-il commenté.

En plus des rencontres de la délégation israélienne à Moscou, l’armée israélienne a également donné des informations sur l’incident à l’attaché militaire russe en Israël.

« Les Russes ont également été invités à venir en Israël s’ils se posent des questions à l’avenir », a dit le responsable.

L’abattage de l’avion avait entraîné un torrent de condamnations à Moscou, forçant Israël à entrer dans un travail diplomatique acharné pour résoudre le problème.

Far rare, l’armée israélienne avait reconnu avoir mené la frappe en Syrie. Les hauts-responsables israéliens avaient également eu des entretiens téléphoniques avec leurs homologues russes et la délégation de Norkin avait été envoyée pour présenter directement la version israélienne des événements.

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