La Russie accusée de déformer la Shoah avec son concept de « Génocide du peuple soviétique »
La nouvelle journée du souvenir créée par le Kremlin, qui tombe le jour du début du soulèvement du ghetto de Varsovie, fait totalement l'impasse sur les victimes juives de la Shoah

Jeudi, Yad Vashem, le Centre mondial pour la mémoire de la Shoah en Israël, a accusé la Russie de déformer la Shoah après que Moscou a instauré une nouvelle journée commémorative du « génocide du peuple soviétique » par les nazis, sans aucune allusion aux victimes juives de la Shoah.
Le mois dernier, le président russe Vladimir Poutine avait promulgué une loi faisant du 19 avril la « Journée officielle du souvenir des victimes du génocide du peuple soviétique ».
La loi, signée le 29 décembre dernier, est entrée en vigueur le 1er janvier, ce qui implique que le 19 avril de cette année sera la première occasion de célébrer cette journée en Russie.
Dans un communiqué publié jeudi, Yad Vashem a déclaré que cette nouvelle journée commémorative russe, « en omettant toute mention des crimes atroces de la Shoah qui ont été perpétrés spécifiquement contre le peuple juif, est une nouvelle déformation de l’Histoire. »
« Cette nouvelle loi russe passe sous silence la dimension juive très spécifique de la Shoah, alors même qu’elle est la cible principale du génocide nazi », a-t-il annoncé.
« Bien que des millions de citoyens non juifs de l’Union soviétique aient été tués lors de la Seconde Guerre mondiale, nombre d’entre eux de façon ciblée, parfois dans d’autres pays, la Shoah se définit comme l’entreprise d’ensemble qui a visé à l’éradication totale… des Juifs et qui a visé à l’assassinat de six millions d’hommes, femmes et enfants juifs qui doivent, à ce titre, être reconnus et portés en mémoire », peut-on lire dans cette déclaration.
Yad Vashem a par ailleurs rappelé que le 19 avril, jour choisi par la Russie comme nouveau jour commémoratif, avait déjà une « signification profonde dans la mémoire de la Shoah », puisque l’insurrection du ghetto de Varsovie avait commencé le 19 avril 1943.
La semaine dernière, le ministère russe des Affaires étrangères a expliqué que le Kremlin avait choisi le 19 avril en référence à un décret signé par l’Union soviétique le 19 avril 1943, qui « posait les bases des poursuites judiciaires contre les criminels nazis et leurs complices ».
« Les documents collectés lors d’enquêtes menées sur la base du décret n° 39 ont constitué une partie importante de la base probatoire du Tribunal de Nuremberg, du procès de Khabarovsk et d’autres procédures judiciaires intentées contre des criminels de guerre des puissances de l’Axe », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères.
L’Union soviétique a perdu près de 27 millions de ses habitants pendant la Seconde Guerre mondiale, dont 8,6 millions environ de victimes militaires.
Ces dernières années, Israël a accusé la Russie de minimiser l’impact de la Shoah sur les Juifs.
En 2024, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Kremlin, Maria Zakharova, avait parlé de la Shoah comme de l’extermination massive de « divers groupes ethniques et sociaux », reprochant à l’Allemagne de faire l’impasse sur le sort des victimes européennes non juives, en particulier des peuples slaves d’Union soviétique.
Israël avait réagi en disant que les propos de Zakharova étaient une « déformation de la Shoah […] qui attentait aux victimes comme aux survivants ».







