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La série israélienne « Koupa Rashit » de Kan tente le « Netflix juif »

La série hilarante et à prendre aux 18e degrés raconte le chaos quotidien dans un petit supermarché à travers le prisme de la société civile en Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Les acteurs de "Checkout", ou "Kupa Rashit" en hébreu, le mockumentaire de Kan 11, maintenant sur la plateforme de streaming juive ChaiFlicks (Crédit : autorisation : Checkout).
Les acteurs de "Checkout", ou "Kupa Rashit" en hébreu, le mockumentaire de Kan 11, maintenant sur la plateforme de streaming juive ChaiFlicks (Crédit : autorisation : Checkout).

Le supermarché, terre de caddies, de rayons alimentaires et de caissières. C’est l’un des rares endroits où les Israéliens de tous bords entrent en contact les uns avec les autres. Un parfait petit microcosme de la société, en somme.

La vie au souper, comme on l’appelle en hébreu, est la prémisse de « Koupa Rashit » en hébreu, la série comique à succès qui a été sélectionnée aux Emmys de 2021 et qui est maintenant diffusée (avec des sous-titres) sur le « Netflix juif », la plateforme de streaming ChaiFlicks disponible aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Bien sûr, ChaiFlicks n’est ni Netflix, ni Apple TV, ni HBO Max ni Amazon Prime, les autres plateformes de streaming où les créateurs de « Checkout » (le nom de la série en anglais) Yaniv Zohar et Nadav Frishman aimeraient voir leur série, désormais distribuée par Yes Studios.

« Pensez-vous que c’est trop israélien ? » ont-ils demandé à cette journaliste.

Difficile à dire. C’est extrêmement israélien, et pourtant extrêmement familier pour quiconque a déjà fait ses courses dans un supermarché.

La série se déroule à Shefa Yissachar, une petite chaîne de supermarchés fictive située dans la ville de Yavne, avec une distribution de personnages hauts en couleur joués par certains des acteurs et comiques les plus drôles du pays.

Noa Koler incarne Shira, la directrice du magasin un peu paumée, obsédée par des techniques de gestion qui n’ont que peu d’effet sur son personnel. Elle donne la réplique à Keren Mor dans le rôle de la caissière Kochava, qui fait la pluie et le beau temps.

Il y a aussi Amir Shurush dans le rôle de Ramzi, le bras droit de Shira, un assistant arabe qui prend son métier très à cœur ; Daniel Styopin et Yaniv Swissa dans les rôles d’Anatoly et Nissim, qui incarnent respectivement des bouchers russe et séfarade, complices très farceurs et blagueurs ; Aviva Nagosa dans le rôle d’Esti, la caissière éthiopienne, qui sert souvent de contrepoids comique à Kochava, et Dov Navon dans le rôle d’Amnon Titinski, le professeur célibataire qui est toujours à la recherche d’une bonne affaire ou d’une bagarre, ou de préférence les deux.

Les épisodes de moins de 30 minutes relatent les mésaventures, les réjouissances et les farces qui ont lieu au quotidien à Shefa Yissachar, tout en soulignant intelligemment les clichés, les archétypes et les affrontements raciaux et ethniques familiers à la population israélienne.

Les créateurs Yaniv Zohar et Nadav Frishman ont passé beaucoup de temps à se promener dans les supermarchés locaux pour écrire cette sitcom loufoque, comique mais surtout (très) réaliste.

Yaniv Zohar (à gauche) et Nadav Frishman, les créateurs de « Checkout », connu en hébreu sous le nom de « Kupa Rashit » sur Kan 11 (Crédit : avec l’autorisation de Kan 11).

« En faisant la queue, tout le monde est égal, que vous ayez un million de dollars ou que vous soyez pauvre, tout le monde est dans le même bateau », a déclaré Zohar. « Le supermarché, c’est l’argent, la nourriture et les files d’attente. C’est l’idée que les Israéliens se font du paradis. »

« Le conflit donne du contenu comique », a déclaré Frishman.

Les deux hommes travaillent actuellement sur la quatrième saison pour Kan.

« Nous avons repris les droits de distribution parce que nous aimons tellement cette série », a déclaré Danna Stern, PDG de Yes Studios, qui a produit des succès de la télévision israélienne tels que « Fauda« , « Shtisel« , l’incontournable « On the Spectrum » et d’autres succès locaux.

Les personnages de « Kupa Rashit », appelé « Checkout » aux États-Unis : Ramzi (à l’extrême gauche), la directrice du magasin Shira, le caissier Kochava, le boucher Nissim (au fond), Titinsky, Anatoly et Esti (Crédit : autorisation : Yes Studios).

Le programme était pratiquement inconnu pendant sa première saison, regardé surtout par les enfants, car il était diffusé sur la chaîne éducative israélienne, avant de passer temporairement sur la Dixième chaîne, aujourd’hui disparue. La première saison a ensuite été diffusée sur Kan, où elle est devenue disponible en streaming en ligne et a gagné un public considérable, ce qui a conduit à deux saisons supplémentaires et à une reconnaissance nationale.

« C’était un phénomène underground au début », a déclaré Amit Stretiner de July-August Productions, qui a co-créé l’émission. « C’était la série dont personne ne connaissait l’existence ».

C’est Stretiner qui, le premier, a demandé à Zohar et Frishman d’écrire la série, à la recherche d’une nouvelle émission de comédie à sketches pour la chaîne éducative.

Lancer une émission de comédie sur cette chaîne offrait la possibilité de tester de nouveaux talents, voire des idées avant-gardistes, a déclaré Stretiner. « Lorsque vous vous adressez à une chaîne commerciale, vous devez être très précis, connaître le ton et les prémisses », a-t-il déclaré.

Noa Koler dans le rôle de Shira, la gérante du magasin dans ‘Checkout’ (Crédit : autorisation : ChaiFlicks)

Il a contacté Frishman et Zohar qui avaient quelques idées, dont une émission à sketches sur la vie dans un petit supermarché.

Les créateurs ont d’abord pensé à un spectacle de sketches comiques ponctuels, jusqu’à ce que Frishman voie un documentaire sur les héros de la police et des pompiers, et suggère de créer un documentaire fictif sur les héros des supermarchés.

Cette idée a donné naissance à la série Koupa Rashit. La série comporte des espèces d’interviews hors caméra du personnel du supermarché, – des moments où l’un des personnages est assis sur un canapé et décrit ses réactions face à une situation donnée, dans le style des émissions de télé-réalité.

« Nous réfléchissions à des moments à filmer, mais nous essayions aussi de trouver un moyen de raconter l’histoire », a déclaré Frishman.

Les deux créateurs aiment les séries réalistes, a ajouté Zohar, en mentionnant certaines de leurs préférées, comme « Modern Family », « Parks and Recreation » et l’inclassable « The Office ».

« Quand on fait un documentaire fictif, il faut que ça ait l’air réel, avec tous les silences et la comédie décontractée », a-t-il dit.

Ce à quoi ils ne s’attendaient pas, c’est le zèle avec lequel les Israéliens, adultes et enfants, ont accueilli la série.

« Les réseaux sociaux ont fait connaître cette série », a déclaré M. Stretiner. « Les enfants l’ont relayée à leurs parents, parce qu’ils l’avaient vue sur la chaîne éducative ». Les familles ont commencé à regarder l’émission ensemble, les gens se sont déguisés en personnages pour la fête de Pourim, et le groupe Facebook de Kan dédié à la série compte désormais plus de 100 000 adeptes. Les messages postés comprennent les histoires de supermarché des téléspectateurs et leurs photos de fruits et légumes aux formes étranges (une bête noire de Ramzi).

Pour Stretiner, la série est un succès parce que les personnages sont des types sympathiques et hauts en couleur, et cohérents d’un épisode à l’autre.

« Chacun d’entre eux représente quelque chose de très clair, et le public a l’habitude de ces personnages », a-t-il déclaré. « Avec l’humour, c’est très proche, soit vous riez, soit vous ne riez pas ».

Le mockumentaire sur les épiceries « Kupa Rashit », connu sous le nom de « Checkout » aux États-Unis, est un tout.

Le message de la série est clair, ajoute Neil Friedman de ChaiFlick.

« Nous avons tous été sur cette fil d’attente à la caisse et c’est une expérience très commune et quotidienne qui était importante pour moi », a déclaré Friedman, qui a acheté les droits à son distributeur, Yes Studios, en tant que nouvelle série télévisée israélienne de ChaiFlicks pour le mois de novembre.

« Chacun des personnages représente une certaine partie de la Gestalt israélienne. C’est peut-être ce qu’il y a de mieux dans cette série. C’est juste un portrait très humain de différentes sortes de gens issues de différentes parties d’Israël. »

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