La Sierra Leone pleure ses morts, dont une centaine d’enfants
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La Sierra Leone pleure ses morts, dont une centaine d’enfants

L'ambassade d’Israël au Sénégal a envoyé 20 000 portions de nourriture et “de l'eau propre, des couvertures et d'autres produits nécessaires vont suivre”

Des victimes des inondations cherchent à identifier leurs proches à la morgue de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 16 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)
Des victimes des inondations cherchent à identifier leurs proches à la morgue de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 16 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Les habitants de Sierra Leone pleuraient mercredi leurs morts, dont plus de 100 enfants, emportés par les coulées de boue et les inondations qui ont frappé Freetown tôt lundi matin.

Les drapeaux ont été mis en berne pour une semaine de deuil national sur les bâtiments publics du pays.

A midi, une minute de silence a été observée dans la capitale, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Alors que l’aide internationale commence à arriver 48 heures après la catastrophe pour aider les milliers de survivants désormais sans abris et que les efforts se poursuivaient pour retrouver les corps de 600 disparus, parfois à l’aide d’engins de chantier, parfois avec des outils de fortune.

A la morgue centrale, où règne une odeur pestilentielle, des habitants tentaient d’identifier leurs proches dans des amas de corps.

« Je suis venu pour retrouver le corps de ma sœur. J’allais la voir le [lundi] matin, j’ai vu un morceau de la montagne tomber sur eux et tout le monde est mort. Sa maison a été détruite », a confié à l’AFP Ishmeal Tomboyeke.

Inondations dévastatrices qui ont fait plus de 300 morts près de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 14 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)
Inondations dévastatrices qui ont fait plus de 300 morts près de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 14 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Cette catastrophe, une des pires de l’histoire du pays, causée par trois jours de pluies torrentielles, a fait plus de 300 morts à Freetown dans la nuit de dimanche à lundi, selon la Croix-Rouge locale.

« Aujourd’hui, quand les eaux se sont retirées, nous avons trouvé 15 corps mutilés, en décomposition, sous un pont effondré à Lumley », un quartier du bas de la ville inondé lundi, a expliqué Abdul Nasir, de la Croix-Rouge internationale.

« Nous savons que le bilan sera plus élevé » que les 312 morts officiellement recensés, a-t-il ajouté.

Des responsables à la morgue centrale de la capitale sierra-léonaise ont déjà évoqué le nombre de 400 morts.

« Nous avons reçu 105 enfants« , a précisé mercredi à l’AFP Mohamed Sinneh Kamara, un employé de la morgue.

« Il n’y a pas assez de gants, d’équipements de protection et de bottes en caoutchouc » pour les familles, a-t-il déploré.

La famille de Mabinty Sesay participait dimanche soir à une veillée de prière à l’église du quartier de Regent, dans les faubourgs de la ville, l’une des zones les plus touchées, lorsqu’une coulée de boue a dévalé la colonne et recouvert l’édifice.

« J’ai perdu 13 membres de ma famille mais je n’ai pu en identifier que deux », a-t-elle expliqué, alors qu’une autre femme perdait connaissance en identifiant son mari.

Inondations dévastatrices qui ont fait plus de 300 morts près de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 14 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)
Inondations dévastatrices qui ont fait plus de 300 morts près de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, le 14 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Les victimes qui n’auront pas pu être identifiées en fin de journée mercredi seront enterrées dans la localité proche de Waterloo jeudi et vendredi, aux côtés des tombes de personnes décédées pendant l’épidémie du virus Ebola (4 000 morts en Sierra Leone en 2014 et 2015).

Les survivants quant à eux sont confrontés à des conditions difficiles.

« Il y a un besoin en nourriture, en eau, en équipements sanitaires et en aide médicale. Comme nous sommes toujours en saison des pluies, d’autres inondations sont encore possibles », a expliqué Adele Fox, coordinatrice santé pour l’ONG Concern Worldwide.

Située en bordure de mer, Freetown, ville surpeuplée avec environ 1,2 million d’habitants, est frappée chaque année par des inondations qui entraînent leur lot de maladies : dysenteries et choléra notamment. Des habitations précaires sont régulièrement emportées par des pluies torrentielles, mais jamais jusqu’ici à une telle échelle.

« Il y a de la frustration par rapport à la régularité des inondations et des destructions pendant la saison des pluies », a relevé Fox.

L’aide internationale s’organise

Les messages de condoléances et de solidarité se sont multipliés mercredi, dont celui du pape François, qui s’est dit « profondément attristé », ou ceux des dirigeants des pays voisins.

Le président de la Guinée et chef de l’Union Africaine, Alpha Condé, qui a effectué mardi une visite à Freetown, a lancé un appel à la mobilisation internationale pour la Sierra Leone, l’un des pays les plus pauvres au monde.

« Nous sommes débordés », avait reconnu mardi, très ému, le chef de l’État, Ernest Bai Koroma, lors d’une visite à Regent.

Ernest Bai Koroma, 2e à gauche, président de la Sierra Leone, sur le site d'un glissement de terrain près de Freetown, le 15 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)
Ernest Bai Koroma, 2e à gauche, président de la Sierra Leone, sur le site d’un glissement de terrain près de Freetown, le 15 août 2017. (Crédit : Saidu Bah/AFP)

Et l’aide internationale commence à arriver : l’ambassade d’Israël au Sénégal a envoyé 20 000 portions de nourriture et « de l’eau propre, des couvertures et d’autres produits nécessaires vont suivre ».

Le Programme alimentaire mondial de l’ONU a également commencé à distribuer de l’aide à 7 500 personnes, tandis que le Royaume-Uni participe à la coordination des opérations avec les autorités de son ancienne colonie, indépendante depuis 1961.

La Croix-Rouge a quant à elle débloqué 275 000 dollars pour les opérations de recherche et pour apporter les premiers secours à quelque 9 000 habitants de Freetown.

A Bruxelles, la Commission européenne a annoncé mettre à disposition une première aide humanitaire d’urgence de 300 000 euros.

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